‹ uvres de Victor HugoChapitre 35 sur 599 · L'AVARICE ET L'ENVIE · texte numérisé non relu

L'AVARICE ET L'ENVIE

'Avarice et l'Envie, à la marche incertaine , Un jour s'en allaient par la plaine Chez un méchant ou chez un fou , hez vous , ou chez quelqu'autre , ou chez moi-même... Elles allaient je ne sais où , [en somme

Comme le héron du Bonhomme.

Bien que sœurs , ces monstres hideux e s'aiment pas ; aussi, tout le long de la route, Sans se parler ils cheminaient tous deux.

L'Avarice , le dos en voûte , Examinait ce coffre hasardeux

Pour qui sans cesse elle redoute.

L'Envie aussi l'examinait sans doute , omplant tous les écus dans son coffre entassés. Chemin faisant , dame Avarice Se répétait pour son supplice :

« Je n'en ai point encore assez ! »

De son côté , l'Envie , au regard louclie , Lorgnant cet or, objet de tous ses soins , Disait en se tordant la bouche :

« Elle en a trop, car j'en ai moins. » Chacune à sa façon méditait sur ce coffre :

Désir soudain à leurs yeux s'offre , )ésir , ce dieu galant , qui seul peut exaucer Tous les souhaits qu'on lui veut adresser.

Désir dit aux deux sœurs : « Mesdames ,

» Je suis galant , vous êtes femmes , •> Choisissez donc tout ce qui vous plaira ,

» Trésors, honneurs, efcœfera;

» Surtout expliquons-nous sans trouble :

» La première qui parlera

fl Aura tout ce qu'elle voudra ; —

« La seconde en aura le double. »

Vous jugez dans quel embarras

Ce discours mit nos deux luronnes ; Avares , envieux , que faire en un tel cas ? Chacune des deux sœurs en muimurant tout bas : « Que me font , ô Désir ! tes trésors , tes couronnes ? » Que m'importent ces biens que m'accorde ta loi?...

» Une autre en aura plus que moi ! »

— Et chacune à ce mot funeste ,

D'hésiter sans savoir pourquoi.

Le Désir , dieu léger et leste ,

Les donne au diable , jure , peste ,

Et s'indigne de rester coi.

L'Envie , enfin , toujours implacable et cruelle ,

Regarde sa sœur en grondant ,

Puis , tout à coup , se décidant :

« Que l'on m'arrache un œil , » dit-elle !

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