ÉLÉGIE
Sur ce palmier qui le balance ,
Dors , tendre fruit de mon amour; Mes bras , quelques instants , ont porté (on enfance , Ce fragile palmier te soutient à son tour;
Ainsi me berçait l'espérance.
Dors en paix sur ce frêle appui.
Si le vent vient gémir sur ta tombe légère ,
Le vent te dira que ta mère
Gémit sans cesse comme lui.
Aussi longtemps que les pleurs de l'aurore Mouilleront ton front pAle, en arrosant les fleurs , Aussi longtemps , mon fils , ta mère qui t'adore ,
Te viendra baigner de ses pleurs.
Tout sur l'arbre de mort te peindra ma souffrance. Si pourtant le ramier de ses accords touchants
Te fait entendre la cadence , Ne crois pas de ta mère entendre les doux chants , Car ta mère avec toi veut garder le silence.
Tu n'es donc plus ! mes yeux ne te verront jamais
Rire et folAtrer dans nos plaines , Poursuivre le chevreuil de sommets en sommets ,
Et gravir le vieux tronc des chênes !
Je ne te verrai point dans l'c^ge des amours , Quand un duvet léger l'embellirait à peine , A la craintive amante apportant tous les jours
Le fruit d'une chasse lointaine , Lui demander , pour prix des dépouilles des ours,
L'une de ses tresses d'ébène.
Nos guerriers ne me diront pas :
« Ton tils est digne de son père ; « Il porte sans frémir la lance des combats ,
n Et le calumet de la guerre. »
Je vivrai comme une étrangère ,
El Ton dira : « Son fils est le jouet du vent , n II n'est point mort en brave , étendu sur la terre ;
» C'est lui dont le cercueil mourant
0 Courbe le palmier solitaire. »
Tu n'es plus , quel est mon malheur !
Tes yeux, ^i peine ouverts , sont fermés à l'aurore ; Je fus un instant mère : hélas ! à ma douleur ,
Cher enfant , je crois l'être encore !
Au sommet du triste palmier ,
Ce berceau qui te sert de tombe
Servira de nid au ramier ,
Ou de demeure à la colombe ;
Et quand demain l'astre des jours Teindra Ion froid cercueil de sa couleur riante ,
Au fond de sa couche odorante L'oiseau s'éveillera : lu dormiras toujours ! Quand , pour bénir l'enfant dont sa fille est la mère ,
Viendra mon père aux cheveux blancs ,
Je guiderai ses pas tremblants
Au pied de l'arbre funéraire.
Que lui dirai-je? Hélas ! son regard attristé Se remplira des pleurs dont ici je l'arrose.
Le fils que j'ai porté repose
Sur le palmier qu'il a planté !