GILBERT, SIMON RENARD
SIMON RENARD, faisant un pas.
Moi.
GILBERT
Toi ! qui es-tu ?
SIMON RENARD
Je suis l'homme que tu désires.
GILBERT
Sais-tu qui je suis ?
SIMON RENARD
Tu es l'homme qu'il me faut.
GILBERT
Je n'ai plus qu'une idée, sais-tu cela? être vengé de lord Clanbrassil , et mourir.
SIMON RENARD
Tu seras vengé de lord Clanbrassil , et tu mourras.
GILBERT
Qui que tu sois, merci !
SIMON RENARD
Oui, tu auras la vengeance que tu veux; mais n'oub pas à quelle condition. Il me faut ta vie.
SIMON RENARD
SIMON RENARD
Prends-la.
C'est convenu ?
Oui.
Suis-moi.
Où?
Tu le sauras.
GILBERT
Songe que tu me promets de me venger !
SIMON RENARD
Songe que tu me promets de mourir !
GILBERT
SIMON RENARD
îlcuïtème 3ournfe.
LA REINE
rne chambre de Tappartement de la Reine. — l'n évan( ouvert sur un prie-tlieu. La couronne royale sur un escabe — Portes latérales. Ine large porte au fond.— Une partie fond masquée par une grande tapisserie de haute lice.
LA REINE , splendidement têtue, couchée sur un de repos ; FABIANO FABIANI , assis sur un plie à côté; magnifique costume , ia jarretière.
FABIANI, une guitare à la main , chantant.
Quand tu dors, calme et pure, Dans l'ombre sous mes yeux , Ton haleine murmure Des mots harmonieux.
Ton beau corps se révèle Sans voile et sans atours.... —
Dormez, ma belle,
Dormez toujours!
Quand lu me dis : Je l'aime !
G ma beaulé, jecioi Je crois que le ciel même S'ouvre au-dessus de moi !
MARTE TUDOR
Ton regard étincelle
Du beau feu des amours.... —
Aimez, ma belle,
Aimez toujours!
Vois-lu ? loule la vie Tient dans ces (|ualre mots , Tous les biens qu'on envie , Tous les biens sans les maux !
Tout ce qui peut séduire Tout ce qui peut charmer... —
Chanter et rire.
Dormir, aimer !
Il pose la guitare à terre.
Oh ! je vous aime plus que je ne peux dire, madame ! nais ce Simon Renard ! ce Simon Renard , plits puissant jue VQUs-même ici ! je le hais.
LA REINE
Vous savez bien que je n'y puis rien , mylord. Il est ci le légat du prince d'Espagne , mon futur mari.
FABIANI
Votre futur m;iri î
LA UEINE.
Allons, mylord, ne parlons plus de cela. Je vous ïime, que vous faut-il de plus? Et puis, voici qu'il est ;emps de vous en aller.
FABIAIVI.
Marie , encore un instant !
LA REINE
Mais c'est l'heure où le conseil étroit va s'assembler. il n'y a eu ici jusqu'à cette heure que la femme , il faut laisser entrer la reine.
FABIAiM.
Je veu.x , moi , que la femme fasse attendre la reine à !a porte.
LA REINE
Vous voulez , vous ! vous voulez , vous ! Regardezmoi, mylord. Tu as une jeune et charmante tète, Fabiano !
FABIANI
C'est vous qui êtes belle , madame ! Vous n'auriez besoin que de votre beauté pour être toute-puissante. Il y a sur votre tête quelque chose qui dit que vous êtes la reine, mais cela est encore bien mieux écrit sur votre front que sur votre couronne.
LA REINE
Vous me flattez !
FABIANI
Je t'aime.
LA REINE
Tu m'aimes, n'est-ce pas? Tu n'aimes que moi? Redis-le-moi encore comme cela , avec ces yeux-là. Hélas ! nous autres pauvres femmes , nous ne savons amais au juste ce qui se passe dans le cœur d'un lomme ; nous sommes obligées d'en croire vos yeux , 'f les plus beaux, Fabiano , sont quelquefois les plus
menteurs. Mais dans les tiens, mylord , il y a tant de loyauté , tant de candeur, tant de bonne foi , qu'ils ne peuvent mentir ceux-là , n'est-ce pas ? Oui , ton regard est naïf et sincère, mon beau page, oh ! prendre des yeux célestes pour tromper, ce serait infernal. Ou les yeux sont les yeux d'un ange, ou ils sont ceux d'un démon.
FABIANI
Ni démon, ni ange. Un homme qui vous aime.
LA REIWE.
Oui aime la reine ?
Qui aime Marie.
LA REINE
Écoute, Fabiano, je t'aime aussi, moi. Tu es jeune, il y a beaucoup de belles femmes qui te regardent fort doucement, je le sais. Enfin, on se lasse d'une reine comme d'une autre. Ne m'interromps pas. Si jamais tu deviens amoureux d'une autre femme, je veux que tu me le dises. Je te pardonnerai peut-être si tu me le dis. Ne m'interromps donc pas. Tu ne sais pas à quel point je t'aime , je ne le sais pas moi-même ! Il y a des moments, cela est vrai, où je t'aimerais mieux mort qu'heureux avec une autre j mais il y a aussi des moments où je t'aimerais mieux heureux. Mon Dieu ! je ne sais pas pourquoi on cherche à me faire la réputation d'une méchante femme,
FABIANI
Je ne puis être heureux qu'avec loi, Marie. Je n'aime que toi.
LA REINE
Bien sûr ? regarde-moi. Bien sûr ? Oh ! je suis jalouse par instants ! je me figure,— quelle est la femme qui n'a pas de ces idées-là ? — je me figure quelquefois que tu me trompes. Je voudrais être invisible , et pouvoir te suivre, et toujours savoir ce que tu fais , ce que lu dis , où lu es. Il y a dans les contes des fées une bague qui rend invisible; je donnerais ma couronne pour cette bague-là. Je m'imagine sans cesse que lu vas voir les belles jeunes femmes qu'il y a dans la ville. Oh ! il ne faudrait pas me tromper, vois-tu !
FABIANI
Mais ôtez-vous donc ces idées-là de l'esprit, madame ! Moi vous tromper, madame , ma reine , ma bonne maîtresse ! Mais il faudrait que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes pour cela ! Mais je ne vous ai donné aucune raison de croire que je fusse le plus ingrat et le plus misérable des hommes ! Mais je t'aime , Marie! mais je t'adore! mais je ne pourrais seulement pas regarder une autre femme ! Je t'aime , te dis-je ! mais est-ce que tu ne vois pas cela dans mes yeux? Oh! mon Dieu ! il y a un accent de vérité qui devrait persuader, pourtant. Voyons, regarde-moi bien, est-ce que j'ai l'air d'un homme qui le trahit? Quand un homme trahit une femme, cela se voit tout de suite. Les femmes ordinairement ne se trompent pas à cela. Et (juel mo-
MARIE TUDOR
ment choisis-tu poiir me dire des choses pareilles , Marie? le moment de ma vie où je l'aime peut-être le plus ! C'est vrai , il me semble que je ne t'ai jamais tant aimée qu'aujourd'hui ! Je ne parle pas ici à la reine. Pardieu, je me moque bien de la reine. Qu'est-ce qu'elle peut me faire la reine? elle peut me faire couper la tête, qu'est-ce que cela ? Toi , Marie, tu peux me briser le cœur! ce n'est pas Voire Majeslé que j'aime, c'est toi. C'est la belle main blanche cl douce que je baise et que j'adore, et non votre sceptre, madame !
LA REINE
Merci , mon Fabiano. Adieu. — Mon Dieu ! mylord, que vous êtes jeune ! les beaux cheveux noirs et la charmante tête que voilà! — Revenez dans une heure.
FABIAIVI.
Ce que vous appelez une heure , vous, je l'appelle un
siècle, moi !
Il sort.
Silùt qu'il est sorti, la Heine se lève prt^cipitammnnt , v.-» A une porte masquée , l'ouvre et introduit Simon Renard.