‹ uvres de Victor HugoChapitre 402 sur 599 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

HOMODEI, RODOLFO, enveloppé d'un manteau.

HOMODEI.

Entrez.

Où suis-je?

HOMODEI.

Peut-être sur la planche de votre

Où vous êtes?

échafaud.

RODOLFO

C>ue voidcz-vous dire ?

HOMODEI.

Est-il venu jusqu'à vous qu'il y a dans Padoue un« chambre. chambre redoutable, quoique pleine de Heurs, de parfums et d'amour peut-être, où nul homme ne peul pénétrer, quel cpril soit, noble ou sujet, jeune ou vieux , car y entrer, en enlr'ouvrir la porle seulement . c'est un crime puni de mort ?

RODOLFO

Oui , la chambre de la femme du podcsla.

HOMODEI.

.lustement.

Hé bien , celte chambre...

HOMODEI.

Vous y êtes.

RODOLFO

Chez la femme du podesla !

HOMODEI.

Oui.

RODOLFO

Celle que j'aime?...

HOMODEI.

S'appelle Catarina Bragadini , femme d'Angelo Mali pieri , podesla de Padoue.

RODOLFO

Est-il possible ? Catarina Bragadini ! la femme di

podesla !

HOMODEI.

Si vous avez peur, il est temps encore, voici la porU ouverte , allez-vous-en.

RODOLFO

Peur pour moi , nonj mais pour elle. Qui est-ce qu me répond de vous !

HOMODEI.

Ce qui vous répond de moi , je vais vous le dire puisque vous le voulez. Il y a huit jours, à une heur( avancée de la nuit , vous passiez sur la place de San- Prodocimo. Vous éliez seul. Vous avez entendu ur bruil d'épées et des cris derrière l'église. Vous y ave; couru.

RODOLFO

Oui , et j'ai débarrassé de trois assassins qui l'allaien tuer un homme masqué...

HOMODEI.

Lequel s'en est allé sans vous dire son nom e sans vous remercier. Cet homme masqué, c'était moi Depuis celte nuit-là , monseigneur Ezzelino, je vou; veux du bien. Vous ne me connaissez pas, mais je vou:

ANGELO

connais. J'ai cherché à vous rapprocher de la femme que vous aimez. C'est de la reconnaissance. Rien de plus. Vous fiez-vous à moi maintenant?

RODOLFO

Oh ! oui ! oh ! merci ! Je craignais quelque trahison pour elle. J'avais un poids sur le cœur, tu mel'ôtes. Ah! tu es mon ami , mon ami à jamais ! tu fais plus pour moi que je n'ai fait pour toi. Oh ! je n'aurais pas vécu plus longtemps sans voir Catarina. Je me serais tué , vois-tu ; je me serais damné. Je n'ai sauvé que ta vie ; toi, tu sauves mon cœur, tu sauves mon âme !

HOJIODEF.

Ainsi vous restez ?

RODOLFO

Si je reste ! si je reste ! je me fie à toi, te dis-je ! Oh ! la revoir ! elle ! une heure , une minute , la revoir ! Tu ne comprends donc pas ce que c'est que cela, la revoir ! — Où est-elle ?

HOnODEI.

Là, dans son oratoire.

RODOLFO

Où la reverrai-je ?

HOMODEI.

RODOLFO

Quand ?

UOMODEI.

Dans un quart d'heure.

RODOLFO

Oh mou Dieu !

HOMODEI , lui montrant toutes les portes Tune après l'autre.

Faites attention. Là , au fond, est la chambre de nuit du podesta. Il dort en ce moment , et rien ne veille à cette heure dans le palais , hors madame Catarina et nous. Je pense que vous ne risquez rien cette nuit. Quant à l'entrée qui nous a servi , je ne puis vous en communiquer le secret qui n'est connu que de moi seul ; mais au matin , il vous sera aisé de vous échapper.

Allant au fond,

— Cela donc est la porte du mari. Quant à vous , seigneur Rodoifo, qui êtes l'amant ,

11 montre la fenêtre, —je ne vous conseille pas d'user de celle-ci. En aucun cas. Quatre-vingts pieds à pic, et la rivière au fond. A présent je vous laisse.

\ ous m'avez dit dans un quart d'heure i*

HOMODEI.

Oui.

RODOLFO

Viendra-t-elle seule ?

UOMOIiKI.

Peut-être que non. Mellez-vous à l'écart quelques instants.

RdDOLFO.

Où :'

HOMODEI.

Derrière le lit. Ah ! tenez ! sur le balcon. Vous vous montrerez ([uand vous le jugerez à propos. Je crois qu'on remue les chaises dans l'oratoire. Madame Catarina va rentrer. Il est temps de nous séparer. Adieu.

RODOLFO , près du balcon.

Qui que vous soyez, après un tel service , vous pourrez désormais disposer de tout ce qui est à moi, de mon bien , de ma vie !

Il se place sur le balcon oi"i il disparait. HOMODEI , revenant sur le devant du théâtre. A part.

Elle n'est plus à vous , monseigneur.

Il regarde si Rodoifo ne le voit plus , puis il tire de sa poitrine une lettre qu'il dépose sur la table. Il sort par l'entrée secrète qui se referme sur lui. — Entrent, par la porte de l'oratoire , Catarina et Dafne. Catarina en costume de femme noble vénitienne.

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