‹ uvres de Victor HugoChapitre 42 sur 599 · ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME

AHons! jeune homme! allons, marche!.

ANDRÉ ChÉNIER.

En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir ! Qu'enfin , après le sang de ce peuple martyr ,

Le sang vil des bourreaux ruisselle !

En Grèce , ô mes amis ! vengeance ! liberté ! Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté!

Allons ! ce cheval , qu'on le selle !

Quand partons-nous? ce soir! demain serait trop long Des armes ! des chevaux ! un navire à Toulon !

Un navire ou plutôt des ailes!

Menons quelques débris de nos vieux régiments , Et nous verrons soudain ces tigres ottomans

Fuir avec des pieds de gazelles !

Commande-nous , Fabvier , comme un prince invoqué Toi qui seul fus au poste où les rois ont manqué,

ORIENTALES

Chef des hordes disciplinées , Parmi les Grecs nouveaux ombre d'un vieux Romain , Simple et brave soldat , qui dans ta rude main

D'un peuple as pris les destinées !

De votre lonç sommeil éveillez-vous là-bas , Fusils français! et vous , musique des combats,

Bombes , canons , grêles cymbales !

Éveillez-vous , chevaux au pied retentissant, Sabres , auxquels il manque une trempe de sang ,

Longs pistolets gorgés de balles !

Je veux voir des combats , toujours au premier rang ! Voir comment les spahis s'épanchent en torrent

Sur l'infanterie inquiète; Voir comment leur damas , qu'emporte leur coursier, Coupe une tête au fil de son croissant d'acier !

Allons!... — Mais quoi ! pauvre poëte,

Où m'emporte moi-même un accès belliqueux ! Les vieillards , les enfants m'admettent avec eux !

Que suis-je ? — Esprit qu'un souffle enlève ! Comme une feuille morte échappée aux bouleaux , Oui sur une onde en pente erre de flots en flots ,

Mes jours s'en vont de rêve en rêve.

Tout me fait songer : l'air, les prés, les monts, les bois, J'en ai pour tout un jour des soupirs d'un hautbois ,

D'un bruit de feuilles remuées , Quand vient le crépuscule , au fond d'un vallon noir , J'aime un grand lac d'argent , profond et clair miroir

Où se regardent les nuées.

J'aime une lune ardente et rouge comme l'or, Se levant dans la brume épaisse , ou bien encor

Blanche au bord d'un nuage sombre ; J'aime ces chariots lourds et noirs^ qui, la nuit, Passant devant le seuil des fermes avec bruit ,

Font aboyer les chiens dans l'ombre.

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