ENTHOUSIASME
AHons! jeune homme! allons, marche!.
ANDRÉ ChÉNIER.
En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir ! Qu'enfin , après le sang de ce peuple martyr ,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce , ô mes amis ! vengeance ! liberté ! Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté!
Allons ! ce cheval , qu'on le selle !
Quand partons-nous? ce soir! demain serait trop long Des armes ! des chevaux ! un navire à Toulon !
Un navire ou plutôt des ailes!
Menons quelques débris de nos vieux régiments , Et nous verrons soudain ces tigres ottomans
Fuir avec des pieds de gazelles !
Commande-nous , Fabvier , comme un prince invoqué Toi qui seul fus au poste où les rois ont manqué,
ORIENTALES
Chef des hordes disciplinées , Parmi les Grecs nouveaux ombre d'un vieux Romain , Simple et brave soldat , qui dans ta rude main
D'un peuple as pris les destinées !
De votre lonç sommeil éveillez-vous là-bas , Fusils français! et vous , musique des combats,
Bombes , canons , grêles cymbales !
Éveillez-vous , chevaux au pied retentissant, Sabres , auxquels il manque une trempe de sang ,
Longs pistolets gorgés de balles !
Je veux voir des combats , toujours au premier rang ! Voir comment les spahis s'épanchent en torrent
Sur l'infanterie inquiète; Voir comment leur damas , qu'emporte leur coursier, Coupe une tête au fil de son croissant d'acier !
Allons!... — Mais quoi ! pauvre poëte,
Où m'emporte moi-même un accès belliqueux ! Les vieillards , les enfants m'admettent avec eux !
Que suis-je ? — Esprit qu'un souffle enlève ! Comme une feuille morte échappée aux bouleaux , Oui sur une onde en pente erre de flots en flots ,
Mes jours s'en vont de rêve en rêve.
Tout me fait songer : l'air, les prés, les monts, les bois, J'en ai pour tout un jour des soupirs d'un hautbois ,
D'un bruit de feuilles remuées , Quand vient le crépuscule , au fond d'un vallon noir , J'aime un grand lac d'argent , profond et clair miroir
Où se regardent les nuées.
J'aime une lune ardente et rouge comme l'or, Se levant dans la brume épaisse , ou bien encor
Blanche au bord d'un nuage sombre ; J'aime ces chariots lourds et noirs^ qui, la nuit, Passant devant le seuil des fermes avec bruit ,
Font aboyer les chiens dans l'ombre.
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