LA TROISIÈME VOIX
0 mes frères ! Joseph , évêque , vous salue. Missolonghi n'est plus ! A sa mort résolue , Elle a fui la famine et son venin rongeur. Enveloppant les Turcs dans son malheur suprême ,
ORIENTALES
» Formidable victime , elle a mis elle-même « La flamme à son bûcher vengeur.
" Voyant depuis vingt jours notre ville affamée, « J'ai crié : « Venez tous; il est temps , peuple , armée! n Dans le saint sacrifice il faut nous dire adieu. » Recevez de mes mains , à la table céleste ,
» Le seul aliment qui nous reste , » Le pain qui nourrit Tàme et la transforme en dieu ! «
n Quelle communion ! Des mourants immobiles , « Cherchant l'hostie offerte j^i leurs lèvres débiles , n Des soldats défailianls , mais cncor redoutés , n Des femmes , des vieillards , des vierges désolées, 11 Et , sur le sein flétri des mères mutilées , « Des enfants de sang allaités !
« La nuit vint, on partit ; mais les Turcs dans les ombres « Assiégèrent hieiil(M nos morts et nos décombres. » Mon église s'ouvrit à leurs pas inquiets. " Sur un débris d'autel , leur dernière conquête,
» Un sabre fit rouler ma tête...
» J'ignore quelle main me frappa ; je priais.
n Frère, plaignez Mahmoud ! Né dans sa loi barbare, » Des hommes et de Dieu son pouvoir le sépare. » Son aveugle regard ne s'ouvre pas au ciel. « Sa couronne fatale , et toujours chancelante , n Porte à cha(iue fleuron une tète sanglante; » Et peut-être il n'est pas cruel !
n Le malheureux, en proie aux terreurs implacables ,
« Perd pour l'éternité ses jours irrévocables.
n Rien ne marque pour lui les malins et les soirs.
» Toujours l'ennui! Semblable aux idoles qu'ils dorent,
« Ses esclaves de loin l'adorent, o Et le fouet d'un spahi règle leurs encensoirs.
n Mais pour vous tout est joie , honneur, fête, victoire! » Sur la terre vaincus, vous vaincrez dans l'hisloire ! » Frères , Dieu vous bénit sur le sérail fumant. >> Vos gloires par la mort ne sont pas étouffées : » Vos tètes sans tombeaux deviennent vos trophées ; » Vos débris sont un monument !
•^ Que l'apostat surtout vous envie ! Anathème
« Au chrétien qui souilla l'eau sainte du baptême !
» Sur le livre de vie en vain il fut compté :
« Nul ange nel'atlend dans les cieux où nous sommes ;
» Et son nom, exécré des hommes , » Sera , comme un poison , des bouches rejeté !
« Et toi, chrétienne Europe, entends nos voix plaintives. » Jadis , pour nous sauver , saint Louis vers nos rives » Eût de ses chevaliers guidé l'arrière-han. « Choisis enfin , avant que ton Dieu ne se lève , « De Jésus et d'Omar , de la croix et du glaive , « De l'auréole et du turban ! »
Oui , Botzaris , Joseph , Canaris , ombres saintes , Elle entendra vos voix par le trépas éteintes ; Elle verra le signe empreint sur votre front; Et, soupirant ensemble un chant expiatoire, A vos débris sanglants portant leur double gloire , Sur la harpe et le luth les deux Grèces diront :
« Hélas ! vous êtes saints et vous êtes sublimes ,
« Confesseurs , demi-dieux , fraternelles victimes!
n Voire bras aux combats s'est longtemps signalé;
« Morls,vous êtes tous trois souillés par des mains viles
n Voici voire Calvaire après vos Tliermopyles;
n Pour tous les dévoûments votre sang a coulé !
n Ah ! si l'Europe en deuil , qu'un sang si pur menace
n Ne suit jusqu'au sérail le chemin (|u'il lui trace ,
« Le Seigneur la réserve î) d'amers repentirs.
« Marin , prêtre , soldai, nos autels vous demandent;
» Car l'Olympe et le cM à la fois vous attendent ,
« Pléiade de héros ! Trinité de martyrs ! »
^rijcntalf CTliïatriièmje.