‹ uvres de Victor HugoChapitre 41 sur 599 · LA TROISIÈME VOIX · texte numérisé non relu

LA TROISIÈME VOIX

0 mes frères ! Joseph , évêque , vous salue. Missolonghi n'est plus ! A sa mort résolue , Elle a fui la famine et son venin rongeur. Enveloppant les Turcs dans son malheur suprême ,

ORIENTALES

» Formidable victime , elle a mis elle-même « La flamme à son bûcher vengeur.

" Voyant depuis vingt jours notre ville affamée, « J'ai crié : « Venez tous; il est temps , peuple , armée! n Dans le saint sacrifice il faut nous dire adieu. » Recevez de mes mains , à la table céleste ,

» Le seul aliment qui nous reste , » Le pain qui nourrit Tàme et la transforme en dieu ! «

n Quelle communion ! Des mourants immobiles , « Cherchant l'hostie offerte j^i leurs lèvres débiles , n Des soldats défailianls , mais cncor redoutés , n Des femmes , des vieillards , des vierges désolées, 11 Et , sur le sein flétri des mères mutilées , « Des enfants de sang allaités !

« La nuit vint, on partit ; mais les Turcs dans les ombres « Assiégèrent hieiil(M nos morts et nos décombres. » Mon église s'ouvrit à leurs pas inquiets. " Sur un débris d'autel , leur dernière conquête,

» Un sabre fit rouler ma tête...

» J'ignore quelle main me frappa ; je priais.

n Frère, plaignez Mahmoud ! Né dans sa loi barbare, » Des hommes et de Dieu son pouvoir le sépare. » Son aveugle regard ne s'ouvre pas au ciel. « Sa couronne fatale , et toujours chancelante , n Porte à cha(iue fleuron une tète sanglante; » Et peut-être il n'est pas cruel !

n Le malheureux, en proie aux terreurs implacables ,

« Perd pour l'éternité ses jours irrévocables.

n Rien ne marque pour lui les malins et les soirs.

» Toujours l'ennui! Semblable aux idoles qu'ils dorent,

« Ses esclaves de loin l'adorent, o Et le fouet d'un spahi règle leurs encensoirs.

n Mais pour vous tout est joie , honneur, fête, victoire! » Sur la terre vaincus, vous vaincrez dans l'hisloire ! » Frères , Dieu vous bénit sur le sérail fumant. >> Vos gloires par la mort ne sont pas étouffées : » Vos tètes sans tombeaux deviennent vos trophées ; » Vos débris sont un monument !

•^ Que l'apostat surtout vous envie ! Anathème

« Au chrétien qui souilla l'eau sainte du baptême !

» Sur le livre de vie en vain il fut compté :

« Nul ange nel'atlend dans les cieux où nous sommes ;

» Et son nom, exécré des hommes , » Sera , comme un poison , des bouches rejeté !

« Et toi, chrétienne Europe, entends nos voix plaintives. » Jadis , pour nous sauver , saint Louis vers nos rives » Eût de ses chevaliers guidé l'arrière-han. « Choisis enfin , avant que ton Dieu ne se lève , « De Jésus et d'Omar , de la croix et du glaive , « De l'auréole et du turban ! »

Oui , Botzaris , Joseph , Canaris , ombres saintes , Elle entendra vos voix par le trépas éteintes ; Elle verra le signe empreint sur votre front; Et, soupirant ensemble un chant expiatoire, A vos débris sanglants portant leur double gloire , Sur la harpe et le luth les deux Grèces diront :

« Hélas ! vous êtes saints et vous êtes sublimes ,

« Confesseurs , demi-dieux , fraternelles victimes!

n Voire bras aux combats s'est longtemps signalé;

« Morls,vous êtes tous trois souillés par des mains viles

n Voici voire Calvaire après vos Tliermopyles;

n Pour tous les dévoûments votre sang a coulé !

n Ah ! si l'Europe en deuil , qu'un sang si pur menace

n Ne suit jusqu'au sérail le chemin (|u'il lui trace ,

« Le Seigneur la réserve î) d'amers repentirs.

« Marin , prêtre , soldai, nos autels vous demandent;

» Car l'Olympe et le cM à la fois vous attendent ,

« Pléiade de héros ! Trinité de martyrs ! »

^rijcntalf CTliïatriièmje.

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