‹ uvres de Victor HugoChapitre 425 sur 599 · CATARINA, LA TISBE, ANGELO · texte numérisé non relu

CATARINA, LA TISBE, ANGELO

LA TISBE.

Elle se résigue au poison.

ANGELO, à Catarina.

Alors , tout de suite , madame.

CATARINA , prenant la fiole.

A la Tisbe.

Je sais que vous êtes la maîtresse de mon mari. Si votre pensée secrète était une pensée de trahison, le besoin de me perdre , l'ambilion de prendre ma place que vous auriez tort d'envier, ce serait une action abominable, madame; et, quoiqu'il soit dur de mourir à vingtdeux ans, j'aimerais encore mieux ce que je fais que ce que vous faites.

Elle boit.

LA TISBE, à part.

Que de paroles inutiles, mon Dieu !

ANGELO , allant à la porte du fond qu'il enlr'ouvre. Allez-vous-en !

CATARINA

Ah ! ce breuvage me glace le sang ?

Regardant flxemenl la Tisbe.

— Ah ! madame !

A Angelo.

— Ètes-vous content, monsieur ? Je sens bien que je vais mourir. Je ne vous crains plus. Eh bien, je vous le dis maintenant, à vous qui êtes mon démon, comme je le dirai tout à Theure à mon Dieu , j'ai aimé un homme, mais je suis pure !

ANGELO

Je ne vous crois pas, madame.

LA TISBE, à part.

Je la crois, moi !

Je me sens défaillir... Non. Pas ce fauteuil-là. Ne me touchez point. Je vous l'ai déjà dit, vous êtes un homme infâme !

Elle se dirige en chancelant vers son oratoire.

— Je veux mourir à genoux. Devant l'autel qui est là. Mourir seule. En repos. Sans avoir vos deux regards sur moi.

Arrivée à la porte , elle s'appuie sur le rebord.

— Je veux mourir en priant Dieu.

A Angelo.

— Pour VOUS, monsieur.

Elle entre dans l'oratoire.

ANGELO

Troïlo !

Entre l'huissier.

— Prends dans mon aumônière la clef de ma salle secrète. Dans celte salie , tu trouveras deux hommes. Amène-les-moi. Sans leur dire un mol.

L'huissier sort.

A la Tisbe.

— Il faut maintenant que j'aille interroger les hommes arrêtés. Quand j'aurai parlé aux deux guetteurs de nuit, Tisbe, je vous confierai le soin de veiller sur ce qui reste à faire. Le secret, surtout !

Entrent les deux guetteurs de nuit introduits par l'huissier, qui se retire.

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