C.VRR
Démons! damnation! injure!
Me pardonnent le ciel et les saints , si je jure ! Mais comment de sang-froid entendre à mes côtés Déborder le torrent des impudicités?
Fuis ! va-t'en , bethsamite ! impur madianite ! Amalécite !
LORD ROCHESTER, liant.
Ah Dieu ! que de rimes en ite ! — Un autre original , plus amusant qu'Ormond !
CARR, indigné.
Tu m'as , comme Satan , conduit au haut du mont , Et ta langue m'a dit : — « Tu sors d'un jeûne austère : " As-tu soif? à tes pieds je mets toute la terre. »
LORD ROCHESTER
Je vous ai seulement offert un coup de vin.
Et moi qui l'écoutais comme un esprit divin ! Moi , dont l'âme s'ouvrait à sa bouche rusée Comme un lis de Saron aux gouttes de rosée ! Au lieu des purs trésors d'un cœur chaste et serein , II me montre une plaie !
LORD ROCHESTER
Une plaie ! un quatrain ?
CARR , s'animant de plus en plus.
Une plaie effroyable où l'on voit le papisme , L'amour, l'épiscopat, la volupté, le schisme ! Un incurable ulcère où Moloch-Cupidon Verse avec Astarté ses souillures !...
LORD ROCHESTER
Pardon !
Ce n'est pas Astarté , Monsieur , c'est Égérie.
CARR
Ta bouche est un venin dont mon âme est flétrie. Retirez-vous de moi , vous tous qui commettez Les fornications et les iniquités !
Vous desséchez mes os jusque dans leur moelle ! Mais les saints prévaudront ! — Votre engeance crueli Ne les courbera point ainsi que des roseaux : Et (juand déborderont enfin les grandes eaux , Elles n'atteindront pas à leurs pieds !
LORD ROCHESTER
Tu radotes .' A quoi vous serviraient alors vos grandes bottes? [peau: S'il ne pleut point sur vous, pouniuoi ces grands ch;
CARR , avec amertume.
D'un fils de Zerviah c'est bien lu le propos!
En ce moment le manteau de Rochester .s'entr'ouvre et lais apercevoir .son riche costume chargé de nœuds , de lacs d' mour et de pierreries. Carr y jette un coup d'œil scandalisé poursuit :
Mais oui ! — Oui , c'est un mage ! un sphinx à fa( Vêtu , paré , selon la mode de Sodome ! [d'homme Salan ne porte pas autrement son pourpoint. H se pavane aussi , des manchettes au poing , Couvre son i>ied fourchu , de peur qu'on ne le voie , De souliers à rosette et de chausses de sole , Et met sa jarretière au-dessus du genou ! Ces bijoux , ces anneaux , consacrés h Wishnou , De l'idole Nabo sont autant d'amulettes; Et pour que l'enfer rie à toutes ces toilettes , Derrière son oreille il étale au grand jour L'abomination de la tresse cV Amour !
LORD ORHOND.
Fous !
CARR, au comble de l'indignation.
Non , ce ne sont pas des saints !
LORD ROCHESTER, riant.
Tu t'en désiste
CARR
C'est un club de démons , un sabbat de papistes ! Ce sont des cavaliers ! sortons !
LORD ROCHESTER
Adieu , mon cher.
CARR, se dirigeant vers la porte.
Mes pieds marchent ici sur des charbons d'enfer ! SCÈNE VI.