‹ uvres de Victor HugoChapitre 45 sur 599 · BYRON · texte numérisé non relu

BYRON

— Qu'a donc l'ombre d'Allah? disait l'humble derviche. Son aumône esl bien pauvre el son trésor bien riche !

ORIENTALES

Sombre, immobile , avare , il rit d'un rire amer. A-l-il donc ébréché le sabre de son père ? Ou l>ien de ses soldats autour de son repaire Vu rugir l'orageuse mer ?

— Qu'a-t-il donc le paclia , le visir des armées ? Disaient les bombardiers , leurs mèches allumées. Les imans troublent-ils cette tête de fer ?

A-t-il du ramazan rompu le jeûne austère ?

Lui font-ils voir en rêve , aux bornes de la terre ,

L'ange Azrael , debout sur le pont de l'enfer?

— Qu'a-t-il donc ? murmuraient les icoglans stupides. Dit-on qu'il ait perdu dans les courants rapides ,

Le vaisseau des parfums qui le font rajeunir? Trouve-t-on à Stamboul sa gloire assez ancienne ! Dans les prédictions de quelque Égyptienne A-t-il vu le muet venir ?

— Qu'a donc le doux sultan? demandaient les sultanes. A-t-il avec son fils surpris sous les platanes

Sa brune favorite aux lèvres de corail ? A-t-on souillé son bain d'une essence grossière ? Dans le sac du fellah , vidé sur la poussière , Manque-t-il quelque tête attendue au sérail?

— Qu'a donc le maître ? Ainsi s'agitent les esclaves. Tous se trompent.— Hélas! si , perdu pour ses braves , Assis comme un guerrier qui dévore un affront, Courbé comme un vieillard sous le poids des années , Depuis trois longues nuits et trois longues journées ,

Il croise ses mains sur son front ,

Ce n'est pas qu'il ait vu la révolte infidèle , Assiégeant son harem comme une citadelle, Jeter jusqu'à sa couche un sinistre brandon ; Ni d'un père en sa main s'émousser le vieux glaive; Ni paraître Azraël , ni passer dans un rêve Les muets bigarrés armés du noir cordon.

Hélas ! l'ombre d'Allah n'a pas rompu le jeûne ; La sultane est gardée , et son fils est trop jeune ; Nul vaisseau n'a subi d'orages importuns ; Le Tartare avait bien sa charge accoutumée ; Il ne manque au sérail , solitude embaumée , Ni les têtes ni les parfums.

Ce ne sont pas non plus les villes écroulées , Les ossements humains noircissant les vallées , La Grèce incendiée , en proie aux fils d'Omar, L'orphelin , ni la veuve et ses plaintes amères , Ni l'enfance égorgée aux yeux des pauvres mères , Ni la virginité marchandée au bazar.

Non , non , ce ne sont pas ces figures funèbres ,

Qui , d'un rayon sanglant luisant dans les ténèbres ,

En passant dans son âme ont laissé le remord.

Qu'a-t-il donc ce pacha que la guerre réclame , Et qui , triste et rêveur, pleure comme une femme?... — Son tigre de Nubie est mort.

Décembre 1827.

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