‹ uvres de Victor HugoChapitre 463 sur 599 · L'ENVOYÉ · texte numérisé non relu

L'ENVOYÉ

De tyranniques lois Font peser sur nos jours des enlraves bien tristes. Notre prince est romain , nous sommes calvinistes j El la flamme et le fer dans nos villes ont lui Afin de nous contraindre à prier comme lui. Notre pays en deuil h vos pieds nous envoie.

CROMWELL, avec indignation.

Qui vous ose opprimer ? qui ?

L'EÎSVOYÉ.

Le duc de Savoie.

CROMWELL, au duc de Créqui.

Monsieur raml)as.sadeur de France ! entendez-vous? Dites au Cardinal , ipie , pour l'amour de nous, Il intervienne aux maux dont ce peuple est victime. La Fiance a sous la main ce duc sérénissime ; Qu'il cède! — Il est contraire au précepte divin D'opprimer pour la foi; — d'ailleurs , j'aime Calvin. Le duc s'incline.

MANCIM, bas an duc.

Pour mieux tracer ces mots : Tolérance pi'blique , Il a trempé ses mains dans le sang catholique.

CROMWELL, à l'envoyé suédois.

Voire nom ?—

Se tournant vers les bourgeois de Vaud qui se retirent au fond de la Salle.

En tout temps comptez sur nous , Vaudois !

L'ENVOYÉ DE SUÉDE, «'Inclinant.

Philippi. Mon pays , Terracine; el je dois

Mettre aux pieds d'un héros ce don que lui destine

L'auguste Majesté de ma reine Christine.

Il dépose devant Croniwell un petit colTret à cercles d'acier poli ctlni remet une lettre que le Prolecteur passe i Stoupe. Bas à Cromwell.

Sa lettre vous dira par quel ordre et pour qui Fut dans Fontainebleau tué Monaldeschi.

De cet ancien amant elle s'est donc vengée ?

L'ENVOYÉ, toujours à voix basse.

Mazarin a permis que ma Reine outragée Jusqu'au sein de la France enfin l'exlerminàt.

CROMWELL, bas à Wtiitelocke.

De l'hospitalité pour un assassinat !

L'ENVOYÉ, poursuivant.

Ma Reine , qui du Irône elle-même s'exile , Près du grand Prolecteur sollicite un asile. CROMWELL, surpris et mécontent.

Près de moi?... — Je ne puis répondre sans délais.... Pour une Reine ici l'on n'a point de palais.

OOy LUIS DE CARDEN.VS, à part.

On en aura bientôt pour un Roi.

CROMWELL, après un moment de silence, à Pbilippi.

Qu'elle reste En France. . . — Aux Rois déchus l'air de Londreest funeste

Bas à 'Whitelockc.

Sa Renie courtisane ! une femme sans mœurs ! Qui s'exposerait nue aux publiques rumeurs !

En se retournant, il voit renvoyé toujours prés de lui dans l'altitude d'un homme qui attend. 11 Tapostropiie avec surprise.

Hé bien !

PHILIPPI, s'inclinant et lui montrant le colTret.

Ma mission est encore incomplète.

Plaît-il à Votre Altesse ouvrir cette cassette ?

CROjnVELl.

Qu'enferme-l-elle ?

PHILIPPI, toujours incliné.

Ouvrez , Seigneur.

Vous m'étonnez.

Quel mystère?...

PHILIPPI, lui présentant une clef d"or.

Seigneur , voici la clef.

Donnez.

11 prend la clef; Philippi pose la cassette sur la table, et Cromwell se prépare à rouvrir. Whitelocke Tarrête.

WHITELOCKE, bas à Croniwell.

Prenez garde , Mylord ! on a vu plus d'un traître , Pour al)attre un grand homme envoyé par son maître , Lui porter , comme à vous , dans un coffre de fer , Des poisons d'alchimie ou des foudres d'enfer. Le piège en éclatant dévorait sa victime. — On vous en veut. — Cet homme a le regard du crime ; Craignez-le. Ce coffret , que vous alliez ouvrir, Contient peut-être un piège à vous faire mourir.

CROMWELL, bas à Whitelocke.

Vous croyez ?— Il se peut. Eh bien, —ouvrez vous-même, Whitelocke.

WHITELOCKE, effrayé et balbutiant.

Pour VOUS mon dévoûraent extrême...

A part.

Ah Dieu !

CROMWELL , avec un sourire.

Je le connais , et m'en sers.

A part.

Jugeons-en.

Il lui remet la clef.

WHITELOCKE, à part.

Que de courage il faut pour être courtisan ! Quelle perplexitc? la mort ou la disgrâce. — Ah ! c'est une autre mort !

11 s'approche de la cassette , et met la clef en tremblant dans la serrure.

Mourons de bonne grâce.

Il ouvre la cassette avec la précaution d'un homme qui s'attend à une explosion subite, puis y jette un regard timide , et s'écrie :

Une couronne !

renvoyé de SuÈde prend un air radieux.

CROMWELL, étonné.

WHITELOCKE, tirant du coflre et posant sur la table une couronne royale , à part.

C'est bien un piège encor !

CROMWELL, fronçant le sourcil.

Que veut dire ceci?

PHILIPPI, s'inclinant avec satisfaction.

Sire!...

CROMWELL, lui montrant la couronne.

Est-ce de bon or ?

Page 1