L'ENVOYÉ
De tyranniques lois Font peser sur nos jours des enlraves bien tristes. Notre prince est romain , nous sommes calvinistes j El la flamme et le fer dans nos villes ont lui Afin de nous contraindre à prier comme lui. Notre pays en deuil h vos pieds nous envoie.
CROMWELL, avec indignation.
Qui vous ose opprimer ? qui ?
L'EÎSVOYÉ.
Le duc de Savoie.
CROMWELL, au duc de Créqui.
Monsieur raml)as.sadeur de France ! entendez-vous? Dites au Cardinal , ipie , pour l'amour de nous, Il intervienne aux maux dont ce peuple est victime. La Fiance a sous la main ce duc sérénissime ; Qu'il cède! — Il est contraire au précepte divin D'opprimer pour la foi; — d'ailleurs , j'aime Calvin. Le duc s'incline.
MANCIM, bas an duc.
Pour mieux tracer ces mots : Tolérance pi'blique , Il a trempé ses mains dans le sang catholique.
CROMWELL, à l'envoyé suédois.
Voire nom ?—
Se tournant vers les bourgeois de Vaud qui se retirent au fond de la Salle.
En tout temps comptez sur nous , Vaudois !
L'ENVOYÉ DE SUÉDE, «'Inclinant.
Philippi. Mon pays , Terracine; el je dois
Mettre aux pieds d'un héros ce don que lui destine
L'auguste Majesté de ma reine Christine.
Il dépose devant Croniwell un petit colTret à cercles d'acier poli ctlni remet une lettre que le Prolecteur passe i Stoupe. Bas à Cromwell.
Sa lettre vous dira par quel ordre et pour qui Fut dans Fontainebleau tué Monaldeschi.
De cet ancien amant elle s'est donc vengée ?
L'ENVOYÉ, toujours à voix basse.
Mazarin a permis que ma Reine outragée Jusqu'au sein de la France enfin l'exlerminàt.
CROMWELL, bas à Wtiitelocke.
De l'hospitalité pour un assassinat !
L'ENVOYÉ, poursuivant.
Ma Reine , qui du Irône elle-même s'exile , Près du grand Prolecteur sollicite un asile. CROMWELL, surpris et mécontent.
Près de moi?... — Je ne puis répondre sans délais.... Pour une Reine ici l'on n'a point de palais.
OOy LUIS DE CARDEN.VS, à part.
On en aura bientôt pour un Roi.
CROMWELL, après un moment de silence, à Pbilippi.
Qu'elle reste En France. . . — Aux Rois déchus l'air de Londreest funeste
Bas à 'Whitelockc.
Sa Renie courtisane ! une femme sans mœurs ! Qui s'exposerait nue aux publiques rumeurs !
En se retournant, il voit renvoyé toujours prés de lui dans l'altitude d'un homme qui attend. 11 Tapostropiie avec surprise.
Hé bien !
PHILIPPI, s'inclinant et lui montrant le colTret.
Ma mission est encore incomplète.
Plaît-il à Votre Altesse ouvrir cette cassette ?
CROjnVELl.
Qu'enferme-l-elle ?
PHILIPPI, toujours incliné.
Ouvrez , Seigneur.
Vous m'étonnez.
Quel mystère?...
PHILIPPI, lui présentant une clef d"or.
Seigneur , voici la clef.
Donnez.
11 prend la clef; Philippi pose la cassette sur la table, et Cromwell se prépare à rouvrir. Whitelocke Tarrête.
WHITELOCKE, bas à Croniwell.
Prenez garde , Mylord ! on a vu plus d'un traître , Pour al)attre un grand homme envoyé par son maître , Lui porter , comme à vous , dans un coffre de fer , Des poisons d'alchimie ou des foudres d'enfer. Le piège en éclatant dévorait sa victime. — On vous en veut. — Cet homme a le regard du crime ; Craignez-le. Ce coffret , que vous alliez ouvrir, Contient peut-être un piège à vous faire mourir.
CROMWELL, bas à Whitelocke.
Vous croyez ?— Il se peut. Eh bien, —ouvrez vous-même, Whitelocke.
WHITELOCKE, effrayé et balbutiant.
Pour VOUS mon dévoûraent extrême...
A part.
Ah Dieu !
CROMWELL , avec un sourire.
Je le connais , et m'en sers.
A part.
Jugeons-en.
Il lui remet la clef.
WHITELOCKE, à part.
Que de courage il faut pour être courtisan ! Quelle perplexitc? la mort ou la disgrâce. — Ah ! c'est une autre mort !
11 s'approche de la cassette , et met la clef en tremblant dans la serrure.
Mourons de bonne grâce.
Il ouvre la cassette avec la précaution d'un homme qui s'attend à une explosion subite, puis y jette un regard timide , et s'écrie :
Une couronne !
renvoyé de SuÈde prend un air radieux.
CROMWELL, étonné.
WHITELOCKE, tirant du coflre et posant sur la table une couronne royale , à part.
C'est bien un piège encor !
CROMWELL, fronçant le sourcil.
Que veut dire ceci?
PHILIPPI, s'inclinant avec satisfaction.
Sire!...
CROMWELL, lui montrant la couronne.
Est-ce de bon or ?