SCÈNE XI
CARR,WHITELOCKE, WALLER, LE sergent MAYNARD, LE COLONET, JEPHSON , LE coi.'i'îEi. GRACE . SIR "WIL- LIAM MURR.\Y, M. WILLIAM LEKTHALL , lokd BROGHILL.
Tous les courtisans regardent sortir Cromwell d'un œil désappointé , et considèrent Carr avec surprise et envie.
SIR WILLIAM Ml'RRAT, aux autres courtisans dans le fond.
Voyez comme à cet homme a parlé Son Altesse ! Pour lui, que de I)onté !
CARR, toujours seul sur le devant du théâtre.
Que de scélératesse !
M. WILLIAM LENTHALL.
Il daignait lui sourire !
CARR
Il ose m'outrager!
LE COLONEL JEPHSOÎf.
Quel honneur !
CARR
Quel affront! et comment me venger?
WALLER
C'est quelque favori !
Je suis donc sa victime !
Il n'est pas jusqu'à moi que le tyran n'opprime !
SIR WILLIAM MIRRAY.
Tout est pour lui !
CARR
Cromwell me prendrait mon trésor, Ma vertu ! moi servir Nabuchodonosor !
Moi, dans sa cour ! j'irais , quand Sion me contemple , Comme un lin jadis blanc que les vendeurs du temple Ont souillé de safran, de pourpre ou d'indigo, Changer mon nom de Carr au nom d'Abdenago !
SIR WILLIAM MtRRAY, examinant Carr.
Certain air de noblesse en son maintien me frappe. Nous l'avions mal jugé d'abord.
CARR
Suis-je un satrape?
Pour qui me prend Cromwell ?
M. WILLIAM LENTHALL, à sir William Murray.
C'est un homme en crédit.
SIR WILLIAM MDRRAY, à M. William Lenthall.
Quelqu'un de qualité, Monsieur, sans contredit. Son costume n'est pas rigoureusement...
CARR, toujours dans son coin.
Traître !
M WILLIAM LENTHALL, à part.
L'amitié que pour lui Mylord a fait paraître Doit èlre iilile à ceux dont, par occasion , Il daigne aposliller quelque pétition. S'il voulait me servir?... du maître il a l'oreille. Il s'approche de Carr avec force révérence». Mylord, — daigneriez-vous, par grAce sans pareille, Dire à qui vous savez, pour moi, bon citoyen, Mylord, un de ces mois que vous dites si bien ? J'ai droit d'èlre fait lord : je suis maître des rôles, Et...
CARR, ouvrant les yeux étonnés.
J'ai pendu ma iiarpe à la branche des saules, Et je ne chante pas les chants de mon pays Aux Babyloniens, qui nous ont envahis !
En voyant la démarche de Lenthall , tous s'approchent préclpl tamment et environnent Carr.
LE SERGENT MAYNARD, à Carr.
A nos pétitions...
M. WILLIAM LENTHALL, découragé, A Maynard. Il nous garde rancune !
SIR WILLIAM MIRRAY, perçant le groupe.
Hé ! sa Grâce ne veut en aposliller qu'une. Protégez-moi, Mylord ! — Puisqu'on va faire un Roi, Je puis à Son Altesse être utile, je croi. Je suis noble éco.çsais. De faveurs sans égales J'ai joui, tout enfant, prrs du prince de Galles! Chaque fois que cédant à quelque esprit mauvais, Son Altesse Royale avail failli , j'avais Le privilège unique et qui n'était pas mince, De recevoir le fouet que méritait le prince.
CARR , avec une indignation concentrée.
Plat Sycophanle ! ainsi, doublement criminel, Il fut vil chez Stuart, il est vil chez Cromwell ! Comme Miphiboseth , il boite des deux jambes.
WALLER, à Carr, en lui présentant un papier. Mylord, je suisWaller ! j'ai fait des dithyrambes Sur les galions pris au marquis espagnol !...
CARR, entre ses dents.
L'or t'inspire et te paie, adorateur de Noll !
LE COLONEL JEPHSON, à Carr.
Monsieur, dites mon nom, do grâce, à Son Altesse. Le colonel Jephson ! — Ma mère élait comtesse. Je voudrais êlre admis à la Chambre des pairs.
LE SERGENT MAYNARD , à Carr.
Dites au Protecteur ce que pour lui je perds. Georges Cony, frappé d'une taxe illégale, M'a pris pour avocat. Ma table est bien frugale, J'ai pourtant refusé!...
CARR, à part.
Je vois dans leur jargon Le venin de l'aspic et le fiel du dragon.
srR WILir\M Ml'RRAY, à Carr.
De grâce, une apostille au bas de mon mémoire ?
CARR, rudement.
Va dire h Belzébuth de signer ton grimoire !
SIR WILMAM MURRAY.
Mylord se fâche !
Aux autres — Aussi vous l'étourdissez fous !
WALLER, à Carr.
Je demande une place...
A l'hôpital des fous?
LE COLONEL GRACE, riant.
C'est bon pour un poëte !
A Carr.
— Appuyez ma démarche...
CARR
Non, Noë n'avait pas plus d'animaux dans l'arche !