RICH.\RD CROMWELL, CROMWELL
Cromwcll s'approche de son fils , croise les bras et le regardi fixement.
RICHARD CROMWELL, s'inclinant profondément.
Mon père... — Mais d'où vient ce trouble inattendu? Quel est sur votre front ce nuage épandii , Mylord ? où doit tomber la foudre qu'il recèle , Et dont l'éclair sinistre en vos yeux étincelle? — Qu'avez-vous ' Ou'a Ion fait ? Parlez : que craignez-vous Oui peut vous atlrisipr dans le bonheur de tous? Demain , des anciens Rois rejoignant les fantômes , La république meurt , vous léguant trois royaumes ; Demain voire grandeur sur le trône s'accroît; Demain, dans Westminster proclamant votre droit, Jetant à vos rivaux son gant héréditaire. Le champion armé de la vieille .Angleterre , .\ux salves des canons , au branle du beffroi , Doit délier le monde au nom d'Olivier Roi. Oui NOUS mau(|ue? L'Europe , et l'Angleterre, etLondre Votre famille , tout semble à vos vœux répondre. Si j'osais me nommer, mon père et mon Seigneur, Je n'ai , moi , de souci que pour votre bonheur. Vos jours, votre santé...
CROMV.EI.I., qui n'.i pas cessé de le regarder fixement.
Mon fils , comment se porte Le Roi Charles Stuart?
RICHARD CROMWELL, altéré.
Mylord !...
Faites en sorte Une autre fois, de mieux choisir vos commensaux , Monsieur !
RICHARD CROMWELL
Mylord , dût-on me couper en morceaux, Je veux être plus vil que le pavé des rues, Si...
CROMWELL, rinterrompant.
Boit-on de bon vin , taverne des Trois-Grues?
RICHARD CROMWELL, à part.
Ah ! l'espion damné d'avance avait tout dit !
Haut.
Je vous jure , Mylord...
Vous semblez interdit.
Est-ce un mal qu'assembler, étant d'humeur badine , Quelques amis autour d'un broc de muscadine ! Vous le buviez, mon fils, sans doute à ma santé?
RICHARD CROMWELI-, S part.
C'est cela! toast maudit qu'à Charles j'ai porté!
Mylord , ce rendez-vous , sur mon nom , sur mon âme, Était fort innocent...
CROMWELL, d'une voix de tonnerre.
Vous êtes un infâme !
Avec des cavaliers mon fils a ce malin Bu sa part de mon sang dans un hideux festin!
RICHARD CROMWELL
Mon père ! . . .
Boire avec des païens que j'abhorre !
A la santé de Ciiarle !... — Un jour déjeune, encore!
RICHARD CROMWELL
Je vous jure , Mylord , que je n'en savais rien.
Garde tes jurements pour ton roi tyrien ! Ne viens pas étaler, traître, sous mes yeux mêmes , Ton parricide , encore aggravé de blasphèmes ! Va, c'est un vin fatal qui troubla ta raison , A la santé du Roi lu buvais du poison ! Ma vengeance veillait , muetle , sur ton crime. Quoique tu sois mon fils , tu seras ma victime : L'arbre s'embrasera pour dévorer son fruit ! 11 sort.