‹ uvres de Victor HugoChapitre 496 sur 599 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

LADY FRANCIS , LORD ROCHESTER , dame GUGGLIGOY. DAME GUGGLIGOY , àRochesler, au fond du théâtre.

Elle est seule , venez !

LORD ROCHESTER , à part.

Que d'attributs le diable aux doublons a donnés !

.l'ai , grâce 5 leur pouvoir , su rendre moins austères Une duègne damnée et de saints mousquetaires. La duègne a cédé vite , et je croyais d'abord Moins tendres ces soldats , piliers du Mont-Thabor ; Bah ! dès qu'un peu d'or louche à ces dragons-apôlres , Ces têtes-rondes-là tournent mieux que les autres ! — Ils sont las de Cromweil qui les tient asservis. — J'ai déjà vers Ormond dépéché cet avis , Que la porte du Parc ce soir sera livrée. Maintenant , — à Francis ! j'en ai l'àme enivrée. Mais j'ai pour réussir des secrets souverains , Je puis semer à flots doul)lons d'or et quatrains ! Tentons l'occasion !

Il s'avance vers lady Francis, qui no le voit pas et semble concentrée dans une profonde rêverie.

PAME GUGGLIGOY, regardant une bourse qu'eUe cache dans sa main.

Assez ronde est la .somme !

A part, regardant Rochcster.

Il est vraiment joli , ce jeune gentilhomme !

Se déguiser ainsi . tout braver, par amour !

A cet âge ils sont fous. Hélas ! chacun son tour!

Oui , c'est ainsi qu'eût fait sire Amadis de Gaule.

— Pourtant, dois-je permettre?... Est-ce bien là mon rôle?

Et puis , ce chevalier n'a pas un mot pour moi;

De l'argent , voilà tout. —

Elle arrête Rochester, qui semble sur le point d'aborder Francis.

Bas.

Monsieur, un instant !

LORD ROCHESTEK, se détournant.

Quoi?

DAME GCGGLIGOY, Tcntrainant à l'autre coin du thé.Alrc.

Un instant !

LORD ROCHESTER

Quoi?

DAME GCGGLIGOY, lui souriant.

K'a-t-on rien de plus à me dire?

Eh ! la bourse était lourde et doit pourtant suffire.

DAME CrGGLIGOY, à part.

Pourvu qu'il n'aille pas m'humilier encor Avec ses doublons....

LORD ROCHESTER , mettant la main sur ses poches vides , à part.

Diable ! — Allons, je n'ai plus d'or, Plus le sou ! — Prenons-la par le faible des vieilles , Et de quelques douceurs chatouillons ses oreilles.

Haut.

Hé ! qui pourrait tarir à parler avec vous ? Ah! sans le soin pressant qui m'amène...

DAME GCGGLIGOY, reculant.

Tout doux !

Vous me flattez...

LORD ROCHESTER

Non pas. Mais hélas! le temps presse Il fait un pas vers Francis : elle le retient.

DAME GCGGLIGOY.

Je le vois , vous n'avez d'yeux que pour ma maîtresse !

LORD ROCHESTER

Ah! vous êtes charmante , et s'il fallait choisir...

Va-t-elle à ses côtés me faire ici moisir?

DAME GIGGLIGOY, à part.

11 a bon goût. Je vaux d'être encor regardée

Quand je me suis un peu d'avance accommodée.

Au fait , je ne suis pas si digne de dédain ,

Quand j'ai ma jupe rose et mon vertugadin ,

Mes lacs d'amour, mes bras garnis de belles manches

Et mes deux tonnelets ajustés sur les hanches !

Haut.

Vous trouvez ?

LORD ROCHESTER, se retournant vers Francis. Mais souffrez...

DAME GCGGLIGOY, le retenant.

Monsieur, j'ai du remorc Ma charge est de garder la fille de inylord.

LORD ROCHESTER

Vos yeux auraient rendu , madame , en leur bel âge , Galaor infidèle , Esplandian volage.

DAME GCGGLIGOY, le retenant toujours.

Je suis coupable. On peut vous surprendre d^ailleur.^.

LORD ROCHESTER

Sir Pandarus de Troie eût porté vos couleurs.

DAME GCGGLIGOY, â part.

II parle dans le grand !

Sommes-nous ridicules Tous les deux !

DAME GCGGLIGOY.

Je vous jure , il me vient des scrupule» Et j'ai mille frissons dont je me sens glacer. Elle prend les mains de Rochester.

LORD ROCHESTER

Vos mains sont un velours.

A part.

Ah ! faut-il dépenser Pour cette vieille folle , aux griffes desséchées , Tout ce qu'ont les amours de choses recherchées ! Que me restera-t-il pour Francis ?

DAME GCGGLIGOY.

Laissez-moi...

LORD ROCHESTER

Mars eût quitté Vénus s'il eût vu Guggligoy.

DAME GCGGLIGOY, à part.

C'est suffoquant. Vraiment, dirait-on pas qu'il m'aime:

Haut.

Je ne veux qu'un mari qui me parle de même.

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