DAVENANT, CROMWELL
CROMWELL, le parchemin de Rochester A la main , san.? voir Davenant et sans en être vu.
Encore un nouveau piège... — où j'ai failli tomber !
Dans mon propre palais ils m'allaient dérober!
A force de folio, ils triomphaient peut-être.
Sans ma fille , — une enfant ! — les rois perdaient leur
Insolents ! sans combattre à la face du ciel, [ maître.
Venir, dans Londres même, — escamoter Cromwell !
Comment prévoir ce coup d'audace et de délire,
A moins d'être insensé comme eux ? — J'ai beau relire
Ce billet, je n'y vois qu'un avis imparfait. —
Heureusement pour moi qu'ils sont fous tout à fait.
Là ! courtiser la fille en détrônant le père !
Tendre un piège au lion jusque dans son repaire,
Et jouer sous sa griffe avec ses lionceaux !
S'ils n'étaient pas si fous on les croirait plus sots.
«—Le Chapelain du Diable !...« —Ah ! tête à double face !
Donc cet Obededom n'est un saint qu'en grimace! Quel ps(-il? c'est un chef des maudits cavaliers. Qui? — Wilmot Rochester ou Duckingham Williers? Galant avec Francis, près de moi bon apôtre. Ce doit être Wilmot ou Williers, l'un ou l'autre. — Mes soldats sont séduits ! je ne suis plus aimé. — Nous verrons : — j'ai déjà mon projet tout formé. Seulement, à l'appàl i)0ur mieux les faire mordre. J'ai regret de n'avoir (pic moitié du mot d'ordre. Enfin!... — j'attends Orniond et les épiscopaux ! Davenant revient sur le devant de la scène, et aperçoit Cromwel DAVEJIANT, à part.
C'est Cromwell !
Haut en s'inclinant.
Mylord !...
CROMWELL, avec un air de surprise agréable.
Bon ! VOUS venez à propos Monsieur Davenant !
DAVE?!AriT, .s'inclinant de nouveau.
Prêt à servir Son Altesse.
CROMWELL, avec un sourire.
Logez-vous pas toujours chez votre même hôtesse? Â la Sjrène ?
dave:»a:vt.
Oui , Mylord.
c'est un bon lieu.
Comment vous portez-vous, avec l'aide de Dieu?
DAVE:^A?rT, .«'inclinant.
Fort bien.
Vous avez fait sans doute un bon voyage ? En éles-vous content ?
dave^a-vt.
Oui, Mylord!
A part.
Verbiage !
Vous aviez quelque but, pour vous être absenté, D'affaires ? — de plaisir ? —
DAVENANT
De santé.
De santé?
A part.
Je doute qu'elle soit par ces courses meilleure.
C'est très-bien fait parfois de quitter sa demeure, Et de prendre un peu l'air. — Qu'avez-vous visité ?
DAVENANT, avec embarras.
Mais... le nord de la France...
Ah ! c'est bien limité !
On dit les bords du Rhin fort beaux. Toute ma vie,
J'ai de les parcourir conservé quelqu'envie. Les avez-voiis vus ?
DAVENAIVT, dont le troublc augmente.
Oui!...
Je VOUS approuve fort.
Et sans doute aussi Trêve? et Mayence? et Francfort?
— Cologne?...
n AVENANT, a p.irt.
Avec son air affable, il m'épouvante !
Haut.
Oui. Mylord...
Ah ! Cologne ! une ville savante !
Pays de saint Bruno, de Corneille Agrippa.
DAVENANT, inquiet, A part.
Passons vite!...
Haut.
J'ai vu lirême , visité Spa...
Ah ! restons ù Cologne ! —
A part.
Il voudrait être à Brème.
Haut.
— L'université? c'est du siècle ?...
DAVENANT
Quatorzième.
Pour un esprit lettré séjour intéressant, N'est-ce pas ! vous aurez été voir en passant ?..,
DAVENANT, A part.
Dieu ! saurait-il ?...
Haut.
Moi, rien ! quoi voir ?...
La cathédrale.
On admire surtout la porte latérale.
L'avez-vous vue ?
DAVENANT, à part.
Il n'est instruit de rien du tout.
Oui, Mylord;— mais l'ensemble est d'assez mauvais goût.
Mauvais goût ! mauvais goût ! c'est bien facile à dire. C'est un bel édifice , et qui vaut qu'on l'admire. Rien ne déparerait ce temple , quoiqu'ancien , S'il n'était pas souillé du culte égyptien. —
Après une pause.
Et VOUS n'avez rien vu de plus dans cette ville ?
DAVENANT
Non , Mylord.
CROMWELL , souriant.
Pas rendu de visite civile.
Par exemple, à certain Stuart?
DAVENANT, attC-ré , à part.
Coup imprévu.
Haut.
Je vous jure , mylord , que je ne l'ai point vu.
Je sais à leurs serments les papistes fidèles! —
Mais dites-moi, — qui donc éteignit les chandelles ? —
N'est-ce pas lord Mulgrave?
DAVENANT, à part.
Il sait tout !
Je vous croi , Je sais que vous n'avez , d'honneur, pas vu le Roi. — Vous avez un chapeau de forme singulière. Excusez ma façon peut-être familière ; Vous plairait-il , Monsieur, le changer pour le mien ?
DAVENANT, à part.
Je suis trahi I —
Haut.
Mylord...
CROMWELL , lui arrachant son chapeau.
Donnez ! merci.
11 fouille prOcipitamnient dansle chapeau, et en tire la dépôchc royale qu'il déploie et lit avec avidité. — Il entrecoupe sa lecture d'exclamations de triomphe.
Fort bien !
Ce Chapelain du Diable est Rochester ! — La chose Est fort bien arrangée. A merveille ! — On suppose Qu'il n'est point malaisé de me fermer les yeux, [mieux! On me trompe, on m'endort, on me prend : — c'est au
A Davenant.
Rien ne doit égaler vos tragi-comédies , Si vos pièces, Monsieur, valent vos perfidies.
A Thurloë qui entre.
Thurloë , que Monsieur soit conduit à la tour. Thurloë sort et revient accompagné de six mousquetaires puritains, au milieu desquels Davenant consterné se place sans résistance. Cromwell le congédie avec un rire amer et ironique.
Charles vous a coiffé , je vous loge à mon tour. Le ciel vous tienne en joie !
DAVENANT, à part.
0 dénoûment sinistre !
Il sort avec les gardes.
THDRLOE, à Cromwell.
Mylord , le Parlement , auquel un saint ministre A fait , selon votre ordre, une exhortation , Apporte divers bills à votre sanction , Notamment l'Humble Adresse ou Loi , qui vous confère La couronne.
Qu'il entre.
Thurloë sort.
Seul.
Ah ! ténébreuse affaire ! —
Par leur propre artifice il faut qu'ils soient perdus, [dus.
Je veux les prendre eux-rnéme aux rets qu'ils m'ont (en-
II regarde tour à loiir le parchemin de Rochester et le message
de Davenant.
Maintenant je tiens tout dans ma main ; —
Faisant le geste de fermer violemment ses deux mains.
11 ne reste Qu'à tout écraser ! — Dieu pour moi se manifeste. — Ah ! c'est le Parlement.
Le Parlement, conduit par Tluirloe, entre en habits de cOremonle. A la tête des membres marche l'orateur en robe, suivi des clercs du Parlement, précédé des sergents de la chambre, des massiers portant leurs masses, et de Phuissier A la verge noire. — Cromvvell monte à son fauteuil protectoral, et le Parlement .s'arrctc gravement à quelques pas de lui en dehors de la limite des tabourets.