LORD 0R3I0>D
Davenant! un po(i(e , un cuistre , un saltimbanque ! Il se cache ! — Comptez sur de tels malotrus !
DOwriiE.
A propos , notre ami Richard , fils de l'intrus , Est en prison. Messieurs , vous savez ? un perfide...
LORD DROGUEDA.
Oui , ce pauvre Richard !
CROMWELL, il part.
Ce pauvre parricide î
LORD ROSEBERRT.
C'est un si bon vivant !
CROMWELL , à part.
Oui?
SEDLEY , à Roseberry.
Son père a , je croi , Su qu'il a ce matin bu la santé du roi?
Roseberry lui répond par un signe aflirmatif. CROMWELL , à part.
Le traître !
LORD ORMOND, aux Cavaliers.
Çà , le temps en paroles s'écoule ! — Commençons.
CROJIW ELL , à part.
Sous mes yeux leur complot se déroule A tous ces rats d'Egypte , à ce parti royal Comme une souricière ouvrons ce White-Hall. Rochester est l'appât , et Cromwell est la trappe Qui brusquement se ferme , afin que rien n'échappe !
LORD ORMOKU, bas aux Cavalier!*.
Accostons le soldat.
Haut en s'approcliant (le Cromwell.
Hum ! CROMWELL, lui prOsentant son mousquet.
Qui va là?
LORD ORMO:vn , bas à Cromwell.
Mon frère ,
— COLOU^fB !
CROMWELL, A part.
Ah ! je n'ai pas le mot d'ordre! que faire?
LORD ORMO^iD.
COLOGtïE !
CROMWELL, ;. part.
Que répondre !
Lord Ormoud, élonnû du silence de la senlincllo, recule d'un
air do iléllance,
LORD ROSEBERRY, A lord Ormond.
lié bien qu'est-ce?
LO^D 0RM0:td , lui montrant Cromwell.
Il se tait.
LORD ROSEBERRY.
Si Cromwell par hasard du complot se doutait ? S'il avait du palais renouvelé la garde ?
LORD ORMO:^«.
Les Cavaliers inquiets se groupent autour de lui .
En de pareils projets sitôt qu'on se hasarde , Reculer c'est tout perdre ! — 11 le faut , avançons. Il marche de nouveau vers Cromwell.
Trop de facilité donnerait des soupçons. A Ormond qui s"avancc.
Qui va là ?
lord ormo>d.
Cologne !
CROMWELL, A part.
Ah ! comment les tromperai-je ?
Sans ce mol d'ordre enfin comment les prendre au piège !
LORD 0RM0>"D, bas aux Cavaliers qui se sont retirés à droite dans le coin du théâtre.
Toujours même silence !
LORD CLIFFORD, bas et Vivement.
Eh bien! tuons un peu La sentinelle '
JE>KI5S, bas à Clifford.
Eh quoi ! jeter une âme à Dieu, Sans qu'elle ait seulement pu dire une prière !
LORD CLIFFORD, bas à Jenkins.
Qu'importe !
LORD ORMOSD , bas à Clifford.
Mais frapper un homme par derrière !
LORD CLIFFORD, bas à lord Ormond.
II faut passer, Jlylord. Pour lui j'en suis fâché.
TOUS, bas à Orniond.
Oui , liions le soldat !
JE>K1NS, bas aux Cavaliers.
Tout souillé de péché , L'envoyer à son juge !
TOUS, bas à Jcnkins.
Il le faut ! oui , qu'il meure !
CROMWELL, à part.
Que disent-ils là ?
Les Cavaliers tirent leurs poignards et s'avancent vers Cromwcll. — Sir William Murray les arrête.
SIR WILLIAM MCRRAY.
Sauf opinion meilleure , Vous avez tort. Cet homme est à nous , j'en suis sûr. Autrement , nous voyant groupés devant ce mur, Il eût depuis longlemps déjà donné l'alarme. Nul doute qu'un peu d'or, messieurs, ne le désarme. Il n'est à craindre ici que pour nos carolus : Il se tait , — c'est qu'il veut quelques doublons de plus. S'il fait la sourde oreille à voire mot de passe , C'est que des puritains il a l'humeur rapace. Or, il vaut mieux payer un nouveau sauf-conduit Que de le poignarder, — ce qui ferait du bruit.
LORD ROSEBERRY.
Sir William a raison. Le raal-appris , en somme, Ke se gênerait pas pour crier qu'on lassomme.
LORD CLIFFORD, soupirant.
Eh bien ! laissons-nous donc rançonner !
SIR PETERS DOWME.
Par malheur. Nous sommes mal en fonds.
SEDLEY
Ce Cromwell est voleur !
Confisquer notre brick, comme une contrebande ! Et sur le trône anglais siège ce chef de bande !
LORD ORMOND
Le vieux rogneur d'écus , le rabbin Manassé M'a prêté quelqu'argent ; mais il est dépensé... — Attendez , j'ai reçu de Wilmot une bourse...
Il fouille dans son juste-au-eorps.
La voici justement.
11 lire de sa poclie une bourse qu'il montre aux Cavaliers. LORD ROSEBERRY.
Excellente ressource !
LORD CLIFFORD, montrant Croniwell.
Payer en bons écus un compte à ce cafard , Qu'on solderait si bien d'un bon coup de poignard ! C'est dur!
LORD 0RM0\D , remettant la bourse ;\ sir William Murray. William Murray , chargez-vous de conclure. De ces saints, mieux que nous, vous connaissez l'allure,
SIR W ILLIAM MliRRAV, prenant la bourse.
Soyez trancjuille.
CROMWELL, voyant sir William s'avancer lentement vers lui; à part.
Allons ! ils ont tenu conseil.
Pour un rien, pour un mot embarras sans pareil ! Us veulent entrer ; moi , je veux les introduire. On devrait cependant s'enlendre.
SIR WILLIAM MURRAY, i part.
Il faut conduire La chose adroitement.
CROMWELL, à sirWilliani Murray qui s'approche de lui. Qui va là?
SIR WILLIAM MURRAY
Frère, un saint.
CROMWELL, à part.
L'hypocrite !
SIR WILLIAM MURRAY
Béni soit le fer qui vous ceint !
CROMWELL, à part.
C'est plaisir d'être ainsi béni des royalistes !
SIR WILLIAM MURRAY, à part.
11 faut parler leur langue à ces évangélistesr. Haut a Cromwell.
Frère ! Sion avait des archers sur sa tour Oui veillaient , s'appelant et la nuit et le jour, Vous leur êtes pareil .
Merci.
SIR WILLIAM MURRAY
La nuit est fraîche.
Oui.
SIR WILLIAM MURRHAY.
L'oiseau dort au nid et le bœuf dans la crèche Tout dort : seul vous veillez.
Mon destin s'accomplit.
SIR WILLIAM MURRAY
Il vaudrait mieux pour vous dormir dans un bon lit.
CROMWELL, ;\part.
Pour toi , plutôt.
SIR WILLIAM MURRAY
Debout sur la dalle glacée , Seul, et l'épaule encor d'un lourd mousquet froissée, Vous veillez; et celui dont vous portez la croix , Votre chef , Cromwell dort profondément !
Tu crois ^ - Il ne se peut : Cromwell ne dorl pas quand je veille.
SIR WILLIAM MURRAY
De quels discours menteurs il flatte votre oreille !
Tu penses donc qu'il dort?
SIR WILLIAM MURRAY
J'en suis sûr.
C'est à nous Qu'il doit ce calme heureux et ce sommeil si doux !
Haut.
Il preiid tout le plaisir, et vous laisse la peine.
Au fait , c'est mal agir.
SIR WILLIAM MURRAY, A part.
Notre affaire est certaine !
Il est inéconteni, bon ! —
Haut.
Pour tant de dévoùmenl.
Ce grand Cromwell sait-il votre nom sinilement?
Je sui)pose.
SIR WILLIAM MLRRAV, U.iiissanl les Cpaules.
Allons donc ! que vous êtes candide , Simple !
CROMWELL, A part.
Il est rusé , lui !
SIR WILLIAM MCRRAY.
De son trône splendide , Qu'Olivier jusqu'à vous abaisse un regard? — Non, Mon cher, il ne connaît pas même votre nom , Sîir !
Sûr de tout, hormis d'avoir demain sa tète ! On dirait qu'il m'a fait.
SIR WILLIAM Ml'RRAV.
Vous m'avez l'air honnête ; Mais vous voulez savoir ces choses mieux cpie moi.
J'ai tort.
SIR WILLIAM MIRRAY.
On a vieilli dans la cour du feu Roi.
CROMW ELL, à part.
L'imbécile ! il s'oublie. A son rôle infidèle , Au puritain déjà le cavalier se mêle !
SIR WILLIAM MIRRAY.
Mon cher, toutes les cours sont les mêmes au fond. Vous ignorez cela , je gage ?
CROMWELL, à pari.
Il est profond !
SIR WILLIAM MURRAY
Vous consacrez vos jours à ce Croimvell?
Sans doute.
SIR WILLIAM MCRRAY.
Hé bien ! versez pour lui votre sang goutte à goutte ,
Il s'en soucîra moins, et je vous en réponds.
Que de l'eau , claire ou pas , qui coule sous les ponts !
Ah! je crois qu'il prendrait plus à cœur mon affaire.
SIR WILLIAM MIRRAY, riant.
Oh ! que vous êtes bon! que lui fait dans sa sphère Que vous soyez vivant ou que vous soyez mort ?
Qu'en sais-tu ?
SIR WILLIAM MURRAY
Dah ! vos jours toucheut-ils à son sort ? En quoi'
CROMWELL, a part.
Pour ton malheur, oui, plus que tu ne penses !
SIR WILLIAM MIRRAY.
N'en attendez-vous i)oiiit aussi des récompenses ? Ne serait-il pas temps qu'il vous en accordât ? Car n'est-ce pas criant? Vous n'êtes que soldat j Et pourtant, j'en suis sûr, vous ne le quittez guères ?
Jamais.
SIR WILLIAM MCRRAY.
Vous avez pris part à toutes ses guerres ?
Oui.
SIR WILLIAM nURRAY.
Combien sont sergents qui ne vous valent pas î
CROMW tLI,, à part.
Pour captiver mon cœur voilà , certe, un grand pas !
Haut.
Flatteur !
SIR WILLIAM MLRRAY.
Non ! — Vous traiter de façon si hautaine ! Est-il déjà lui-même un si grand capitaine?
CROMWELL, à part.
Impertinent !
SIR WILLIAM MIRRAY.
Voyons : —pour avoir des palais, Des voitures de cour, des gardes, des valets , Qu'est-ce que ce Cromwell dont on fait quelque chose ? Un soldat, comme vous ?
Rien de plus.
SIR WILLUM MLRRAY, à parL.
Notre cause Est gagnée !
Haut.
Il n'est rien, vraiment, de plus que vous.
C'est juste !
SIR WILLIAM MURRAY
Alors pourquoi le servir à genoux ?
Je ne le sers pas.
SIR WILLIAM MURRAY, à part.
Bien ! dans mes nœuds il s'enlace.
Haut.
Pourquoi n'auriez-vous pas comme lui cette place ?
CnOMWELt.
On n'apercevrait point , au fait, de changement.
SIR WILUAM MIIRR,VY.
Pas le moindre! un soldat pour un soldat! comment Pouvez-vous donc remplir ce devoir qui m'effraye ? Pour un métier si dur quelle est donc votre paye ?
Je ne suis pas payé.
SIR WILLIAM MURRAY
Pas payé ! — Voyez donc !
Laisser de vieux soldais dans un tel abandon ! Je vous plains.
CROMWELL, à part.
11 me plaint !
SIR WILLIAM MURRAY
Le garder, sans salaire !
Cromwell est un tyran !
CROMWELL , à part.
L'y voilà.
SIR WILLIAM MURRAY
La colère M'étouffe !
CROMWELL , à part.
Il est touchant!
SIR WILLIAM MURRAY, lui prenant la main. Je veux vous soulager, Et même, écoutez-moi , vous venger.
Me venger I
SIR WILLIAM MURRAY
Sur Cromwell.
Sur Cromwell !
SIR WILLIAM MURRAY, se penchant à son oreille.
Ouvrez-nous la poterne.
Laissez enfin frapper Judith par Holopherne !
C'est-à-dire, Holopherne, est-ce pas? par Judith.
A part.
Il cite de travers la Bible.
SIR WILLIAM MURRAY
C'est bien dit.
Mais pour une Judith, votre barbe est bien noire?
SIR WILLIAM MURRAY, à pari.
Pourquoi diable ai-je été rappeler cette histoire? Judith est une femme, au fait. — Qu'importe!
Haut.
Ami !
Laisse-nous arriver à Cromwell endormi, Tu t'en trouveras bien...
Le crois-tu ?
SIR WILLIAM MURRAY
Que t'importe Que cinq ou six vivants passent par cette porte? La fortune, mon cher, dans cet heureux moment. Te vient |)Our ainsi dire en donnant.
En dormant !
SIR WILLIAM MURRAY, lui présentant la bourse.
Prends cet à-compte! — Ici tu n'as d'autre besogne Que dire Wuite-Hall quand on dira Cologne.
CROMWELL, à part.
Le mot est White-Hall.
SIR WILLIAM MURRAY
Prends donc cet argent-ci. Nous autres, nous payons.
CROMWELL, à part.
Et moi, je paye aussi !
Haut à Murray en prenant la bourse.
Merci, c'est une dette, ami, que je contracte.
sir WILLIAM MURRAY.
Tu veilleras ici pour nous pendant l'entr'acte.
Je veillerai.
SIR WILLIAM MURRAY
Fort bien.
Lui présentant la main.
Touche là. — Par le ciel !
C'est un brave.
A propos , quand vous aurez Cromwell , Dis-moi, qu'en ferez-vous?
sir WILLIAM MURRAY.
Mais d'abord,— je suppose,— Oui, — que nous le tûrons. Voilà tout !
SIR WILLIAM MURRAY
Peu de chose.
Nous nous contenterons d'un prompt et doux trépas. Nul de nous n'est cruel.
Plus que vous.
CROMWELL , à part.
Je ne le serai pas
SIR WILLIAM MURRAY
C'est conclu ?
Tu le dis.
SIR WILLIAM MIIRRAY, aux Cavaliers qui l'altendent dans un coin du IhcAtre.
Venez vile.
On entre au sanctuaire en payant le Icîvife ; J'en étais sûr.
LORD ORMOÎVD, A sir William Murray.
C'est fait?
SIR WILLIAM MCRRAY.
Oui.
LORD ORMOKB , aux Cavaliers.
Marchons.
Le» Cavaliers se placent deux à deux , et s'avancent vers Crom-
well qui présente son mousquet.
Oui valu'
LORD ORMOÎVD.
COLOr.NE.
White-Hall. Passez.
LORD ORMOND, à part.
Bon.
CROMWELL, regardant les Cavaliers qui entrent .sous la poterne.
C'est cela.
LORD ORMOND, bas A sir William Murray.
Murray, restez ici pour surveiller cet homme. A Cromwell.
Frère, où trouver Cromwel! ?
Dans la salle qu'on nomme Chambre Peinte.
LORD ORMOND, à Cromwell.
Nos pas sont par la nuit voilés :
Mais veillez bien pourtant.
Soyez tranquille !... Allez.
LORD ORMOM), avec joie.
Enfin!... je touche au but; et mes vieilles années D'un triomphe complet sont du moins couronnées. Je tiens Cromwell ! je vais le saisir sous le dais. Voici l'occasion qu'au ciel je demandais. Cromwell dort dans ma main ! le ciel me l'abandonne.
CROMWELL, à part, et le suivant des yeux. Ce qu'on demande au ciel, l'enfer parfois le donne !
Ormond se prOcipite sons la poterne où tous les Cavaliers sont déjà entrés , excepté sir William Murray.