LES MÊMES , LORD ORMOND , LORD DROGHEDA , LORD
ROSEBERRY, lord CLIFFORD, le docteur JENKINS, SEDLEY , SIR PETERS DOWNIE , sir WILLIAM MURRAY.
Les Cavaliers entrent A pas de loup, lord Orniond et lord Roscbei'ry en tète. — Grands chapeaux rabattus, amples manteaux noirs soulevés par de longues épées. — Us se parlent à voix basse. — Cromwell remet son mousquet sur son épaule et se place sous rogivc de la poterne.
LORD ROSEBERRY.
C'est ici.
LORD ORMOND
C'est bien là. Je reconnais la place.
Montrant la poterne dontrombrc leur cache Cromwell. C'est par là que du Roi jadis rentrait la chasse. CROMWELL, le mousquet sur répaule , à part.
Ce sont bien eux. — Je sais à qui parler enfin !
sir PETERS DOWNIE , à lord Ormond.
Wilmot devrait ici nous attendre.
CROMWELL , à part , haussant les épaules. •
Il est fin !
LORD DROGHEDA, à Downie.
Le peut-il? N'a-t-il pas les devoirs de sa charge? Crois tu qu'il ait le cou dans un collier bien large?
CROMWELL, à part.
Assassins ! vous aurez tous le même bientôt ;
Et le gibet d'Aman pour vous n'est pas trop haut.
LORD ORMOND, aux Cavaliers.
Puis , il eût du complot gâté la réussite j Et puisqu'on le relient, moi , je m'en félicite.
CROMWELL, à part.
Moi de même.
LORD ORMOND
Toujours je tremble avec Wilmot.
Mais nous allons finir.
CROMWELL, :\ part.
Finir ! c'esl bien, le mot.
LORD ORMOND , aux Cavaliers.
Voyez de Rochester jusqu'où va la folie. Le vieux Noll a , dit-on , une fille jolie j Wilmot s'en est épris , ce qui m'est fort égal.
CROMWELL, à part.
Insolent !
LORD ORMOND, continuant
Il a fait pour elle un madrigal. — Un Wilmot, de rimeur prendre le personnage ! — Mais bien plus : oubliant ce qu'on doit à mon âge , A mon rang , m'a-t-il pas voulu lire cela? J'ai reçu cet affront comme il faut ! mais voilà Que tantôt , de sa part , quand j'étais dans l'attente , Une lettre m'advient , qu'on me dit importante. Impatient, je l'ouvre , et trouve sous le scel Le quatrain , célébrant la petite Cromwell !
CROMWELL, a part.
Ma Francis ! — en parler devant moi de la sorte !
LORD ROSEBERRY , riant , à lord Ormond.
La persécution , Mylord , me paraît forte !
SIR PETERS DOWNIE , riant.
Faire lire ses vers , presque de par le Roi ! C'est être bien poète !
LORD ORMOND
Hé bien , écoutez-moi.
Après ces vers , scellés avec un soin si sage , Je reçois de Wilmot un deuxième message. C'est l'avis , (i«i nous mène ici dans ce moment.
Or , messieurs , cette fois , ce n'était simplement Qu'un parchemin roulé , noué d'un ruban rose.
TOUS LES CAVALIERS
Vraiment !
LORD 0RM0?iD.
Voyez combien ce fou-là nous expose.
LORD CLIFFORD
Mais c'est affreux ! s'il croit de pareils tours jolis !...
LORD ORHOl^D.
Le message , il est vrai , fut commis à Willis. Mais il pouvait tomber en des mains infidèles , Enfin !...
LORD ROSEBERRT.
Nous n'aurions eu qu'à fuir à lire-d'ailes.
LE DOCTtLR JE>Kl>S.
Sur quels frêles appuis qiiobiuefois on s'endort !
Je frémis en songeant que de choses le sort
Sur la tète d'un fou peut mettre en é(iuilibre !
Au moindre vent qui change, au moindre bruit qui vibre,
L'édifice effrayant s'écroule , et dans la nuit ,
Un trône , un peuple , un monde ainsi s'évanouit !
SEDLEV.
Mais il me semble aussi ({ue Davenant nous manque?