‹ uvres de Victor HugoChapitre 52 sur 599 · LA SULTANE FAVORITE · texte numérisé non relu

LA SULTANE FAVORITE

Perntle comme l'onde.

SilAKESPEARR.

N'ai-je pas pour toi , belle juive , Assez dépeuplé mon sérail?

Souffre qu'enfin le reste vive :

Faut-il qu'un coup de hache suive Chaque coup de Ion éventail ?

Repose-toi , jeune maîtresse; Faisjîrâce au troupeau qui me suit.

Je te fais sultane et princesse :

Laisse en paix tes compagnes , cesse D'implorer leur mort chaque nuit.

Quand ù ce penser tu t'arrêtes, Tu viens plus tendre ù mes {;enoux ; Toujours je comprends dans les fêles Que tu vas demander des têtes Quand ton rejjard devient plus doux.

Ah ! jalouse entre les jalouses !

Si belle avec ce cœur d'acier !

Pardonne ù mes autres épouses.

Voit-on que les fleurs des pelouses Meurent à l'ombi e du rosier ?

Ne suis-je pas ù toi ? qu'importe , Quand sur toi mes bras sont fermés , Que cent femmes qu'un feu transporte Consument en vain à ma porte Leur souffle en soupirs enflammés !

Dans leur solitude profonde , Laisse-les l'envier toujours ; Vois les passer comme fuit l'onde ; Laisse-les vivre : à loi le monde , A toi mon trône , à toi mes jours !

A toi tout mon peuple qui tremble , A toi Stamboul qui , sur ce bord Dressant mille flèches ensemble , Se berce dans la mer et semble Une flotte à l'ancre qui dort .'

A toi , jamais à les rivales , Mes spaliis aux rouges turbans , Qui , se suivant sans intervalles , Volent courbés sous leurs cavales Comme des rameurs sur leurs bancs !

A toi Bassora , Trébisonde , Chypre où de vieux noms sont gravés , Fez où la poudre d'or abonde , Mosul où trafique le monde , Erzeroum aux chemins pavés !

A toi Smyrne et ses maisons neuves .

Où vient blanchir le flot amer !

Le Gange redouté des veuves !

Le Danube qui par cinq fleuves Tombe écbevelé dans la mer!

Dis , crains-tu les filles de Grèce ?

Les lis pâles de Damanliour ?

Ou l'œil ardent de la négresse Qui , comme une jeune tigresse, Bondit rugissante d'amour ?

Que m'importe , juive adorée , Un sein d'ébène , un front vermeil ?

Tu n'es point blanche ni cuivrée :

Mais il semble qu'on l'a dorée Avec un rayon du soleil.

N'appelle donc plus la tempête , Princesse, sur ces humbles fleurs:

Jouis en paix de ta conquête, Et n'exige pas qu'une tête Tombe avec chacun de tes pleurs !

Ne songe plus qu'aux frais platanes , Au bain mêlé d'ambre et de nard , Au golfe où glissent les tartanes...

II faut au sultan des sultanes ; Il faut des perles au poignard !

Octobre 1828.

ORIENTALES

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