‹ uvres de Victor HugoChapitre 523 sur 599 · LES MÊMES, RICHARD CROMWELL · texte numérisé non relu

LES MÊMES, RICHARD CROMWELL

Il s'avance lentement vers l'avant-scène.

La nuit n'est pas lucide.

CROMWELL, sans en être vu.

Se pourrait-il ? mon fils !

RICHARD CROMWELL

Me voilà délivré !

CROMWELL, à part.

Par les brigands sans doute auxquels tu m'as livré. A leurs sanglantes mains joins ta main fraternelle !

RICHARB CROMWELL, toujours sans voir son père.

Ce que c'est qu'avoir bien payé la sentinelle ! CROMWELL, à part.

11 le dit.

RICHARD CROMWELL

.le suis libre !

CÈOMWELL, à part.

A quel prix , scélérat?

RICHARD CROMWELL

Cela me coûte cher ! mais je hais d'être ingrat.

CROMWELL , à part.

Ah ! tu hais d'être ingrat envers le vil sicaire Qui te laisse à ton aise assassiner ton père !

Encore une fredaine i

CROMWELL, à part.

Avec quel ton léger Ce Joas dissolu parle de m'égorger !

RICHARD CR03IWELL.

Mon père dort pourtant !

CROMWELL, à part.

Il dort!

RICHARD CROMWELL

Il ne se doute De rien !

CROMWELL , à part.

C'est lui qui veille , et c'est lui qui t'écoule !

RICHARD CROMWELL, riant.

Je vais bien l'attraper.

CROMWELL , a part.

Quel rire et quel forfait !

L'infâme vient ici demander : — Est-ce fait ? — Si je le châtiais moi-même ?

RICHARD CROMWELL, riant.

Allons , courage !

Quand ils ne verront plus leur oiseau dans sa cage , Demain , comme les saints vont être déconfits !

Si je le poignardais de ma main ? —

Il tire son poignard , et fait un pas vers Richard Cromwell qui se proniùne sur le devant du théâtre et derrière lequel il se trouve. Il lève le poignard , puis s'arrête.

C'est mon fils !

RICHARD CROMWELL

Comme nos Cavaliers riront de l'algarade !

CROMWELL, à part.

Mais de mon propre sang il fait ici parade ;

Il fait un pas.

Frappons !

RICHARD CROMWELL

Ce dénoûment est heureux sur ina foi.

CROMWELL, à part.

Oui?

RICHARD CROMWELL

Mon père ne m'eût point pardonné , je croi ? Mais de cette façon à son courroux j'échappe.

CROMWELL, A part.

Tu n'échapperas point , traître !— Il faut que je frappe. Point de pitié ! c'est dit.

Il s'avance encor vers Richard , puis hésite.

Mais quoi ! mon premier né !

Dans un jour de bonheur Dieu me l'avait donné : C'est mon sang que ce fer va trouver dans ses veines. Enfant ! qu'il m'a donné de maux , de soins , de peines , Hélas ! et de bonheur ! — Chaque fois qu'à ses yeux Je paraissais , — soudain , rayonnant et joyeux , Tendant ses petits bras à mes mains paternelles . Tout son corps tressaillait , comme s'il eût des ailes. 11 me semblait qu'un astre à mes yeux avait lui , Quand il me souriait !

RICHARD CROMWELL

Ma foi , tant pis pour lui.

Mon père est un tyran !

CROMWELL, à part.

Ah ! ce mot me décide.

On cesse d'être fils quand on est parricide.

Il s'avance par derrière vers son fils le poignard levé. Meurs , traître ! —

Un bruit de pas sous la poterne, — Cromwell s'arrête et se retourne.

Mais quel bruit dans ces noirs escaliers ? C'est Ormond qui revient avec ses Cavaliers. De mon fils dans leurs rangs suivons la perfidie ; Nous dénoûrons après toute la tragédie !

Il remet son poignard dans le fourreau. — Entrent les Cavaliers, leurs épées .1 la main, portant au milieu d'eux lord Rochester endormi et bâillonné avec un mouchoir qui lui cache le visage.

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