‹ uvres de Victor HugoChapitre 526 sur 599 · LORD DROGHEDA · texte numérisé non relu

LORD DROGHEDA

Un instant , de grâce !

C'est qu'il est déjà lourd comme s'il était mort.

SEDLEV.

11 est fort malaisé de conduire à bon port Cette garnison-là. Délibérons : qu'en faire?

lORD CLIFFORD.

Tuons ici notre homme, et terminons l'affaire !

LOIin I)l\OGHEDA.

C'est cela ! tuons.

8EDLEY.

Oui , c'est |>lus expéditif.

RICHARD CROMWELL, A part.

Quel conseil de démons ! Qui donc est le captif?

CROMWELL , A part.

Le harpon a bien pris ; laissons filer le câble.

31A?f.\SSÊ, qui jusqu'alors a tout observé dans un profond silence, $oulev.-int sa tête, A part.

Ce spectacle adoucit le malheur qui m'accable. Ils vont s'entreluer : c'est consolant , au moins !

LORD CLIFFORD, brandissant sonépée sur Rochester, aux Cavavaliers.

Est-ce dit?

LE DOr.TElR JE>Ki:^S, arrêtant ClifTord.

Quoi ! Messieurs , sans juges , sans témoins. Sans verdict de jury , sans loi , sans procédure ? C'est un assassinat ! L'expression est dure ; Mais enfin èles-vous , par mandat s|)écial , Une cour de justice , un conseil martial? Où sont , pour que les lois ne soient i)oint violées , Vos lettres d'asses,seurs , du sceau royal scellées? Lequel est altorney ? lequel est président ? Je ne vois point ici deux avocats , plaidant L'un i)our cet accusé , l'autre pour la Couronne. Quel appareil légal enlin vous environne? Snvez-vous seulement le latin pour juger? Confronter les témoins et les interroger? Sur des textes formels bien asseoir la sentence Oui condamne à la claie ou bien à la potence? A quel jour êtes- vous de votre session? Comment dater l'arrêt de condamnation ?

Quel est le corps du crime ? où sont tous les complices ? Sur quels chefs de délit basez- vous les supplices? Ce sont les lois qu'ici je défends ; non Cromwell. — Lui , quoique non jugé , je le crois criminel : Il a du Roi son maître oublié l'allégeance ; Cas prévu par la loi qui frappe en sa vengeance , Qui lœdit in Rerje majestatem Dei.

Bref, aux lois d'Angleterre il a désobéi. Que , pour faire éclater leur majesté sacrée , La tête du félon du tronc soit séparée ,

C'est fort bien ; mais il f;uit (iiiehiues formes aussi. Messieurs, vous ne pouvez le condamner ainsi. Vous prenez qualités que jamais on n'assemble; Se faire accusateur et témoin, tout ensemble. Être juge et bourreau , c'est absurde ! et ma voix Contre cet attentat proteste au nom des lois.

CROMWELI, , à part.

Je reconnais Jenkins , le magistrat intègre !

LORD CLIFFORD, aux Cavaliers en haussant les épaules.

Que diable nous vient-il dire avec sa voix aigre?

LORD DROGHEDA , d'un air blessé, à Jenkins.

Docteur , vous nous prenez pour des robins , je croi?

SIR PETERS DOAVNIE.

Pensez-vous présider la cour du banc du Hoi ?

SEDLEY, riant.

Depuis quand le hibou dit-il à son compère L'autour : —

II contrefait la voix et le geste de Jenkins.

tt Prenons séance , et jugeons la vipère ! »

LORD ROSEBERRY , riant.

Il nous parle latin!

SIR WILLIAM MCRRAT.

Peste des sots discours !

LORD CLirFORD.

C'est ma dague qui juge , et juge sans recours ! Frappons !

CROMWELL, à part.

Laissons frapper.

TOIS LES CAVALIERS

Finissons.

Lonl ClifTord s'avance ropée baute vers le prisonnier tonjoiirs

voiI<5.

JENKliVS, gravement.

Je proteste.

RICHARD CROMWELL , à part.

Dieu! quelle scène horrible ! est-ce un rêve funeste ?

LORD CLIFFORD , repoussant Jenkins.

Protestez à votre aise !

LORD 0RîI0?fD, arrêtant Clifford.

Un moment , lord Clifford !

Le docteur a raison : je l'approuve très-fort. L'ordre précis du Roi m'enjoint de lui remettre Notre captif vivant : veuillez vous y soumettre.

LORD CLIFFORD , à lord Ormond.

Mais il faudra demain soutenir cent combats Pour l'enlever.

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