‹ uvres de Victor HugoChapitre 527 sur 599 · SIR PETERS DOWNIE · texte numérisé non relu

SIR PETERS DOWNIE

Et puis , quand il sera là bas, Vivant, le roi veut-il le mettre, je vous prie, Avec une étiquette eu sa ménagerie ?

LORD UROGHEDA.

lié ! nous lui donnerons l'animal empaillé.

LORD CLIFFORD, à lord Ormond.

Mylord, hors du fourreau quand le glaive a brillé, Il faut frapper. A nous, nous n'avons que cette heure ; Profitons-en. Croinwell est dans nos mains, qu'il meure !

TOUS LES CAVALIERS, excepté Ormond et Jenkins. Oui!

lisse précipitent à la fois, leurs épées.'l la main, sur le prisonnii-r toujours sans mouvement.

JENKINS , avec solennité.

Je proteste !

RICHARD CROMWELL , à part et bors de lui.

Ils vont tuer mon père, ô ciel !

Il se jette au milieu des Cavaliers.

Arrêtez, assassins !

TOCS LES CAVALIERS.

Grand Dieu ! Richard Cromwell !

CROMWELL , à part.

Que fait-il ?

RICHARD CROMWELL, aux Cavaliers.

Arrêtez ! — Ah ! par pitié, par grâce ! Si notre amitié laisse en vos cœurs quelque trace, Roseberry, Sedley, Downie, écoutez-moi !

SIR WILLIAM MURRAT, avec impatience.

Diable !

RICHARD CROMWELL

Épargnez mon père!

SEDLEY

Épargna-t-il son Roi ?

RICHARD CROMWELL

Ah ! que me dites-vous? ce fut sans doute un crime. Mais en suis-je coupable? en dois-je être victime ! Amis, en le frappant, vous me frappez aussi !

CROMWELL , à part.

Est-ce là ce Richard, parricide endurci ? Je n'y comprends plus rien.

LORD ROSEBERRY, à Richard Cromwell.

Nous VOUS aimons en frère, Richard ; mais au devoir on ne peut se soustraire.

RICHARD CROMWELL

Non, vous ne tûrez pas mon père !

CROMWELL, à part.

Il me défend !

Ah ! quel bonheur ! j'avais mal jugé mon enfant.

RICHARD CROMWELL, aux Cavaliers.

Est-ce pour en venir à ce but détestable Que vous faisiez asseoir Richard à votre table? Que nous partagions tout, jeux, débauches, plaisirs? Que ma bourse toujours s'ouvrait It vos désirs ? Comparez maintenant, mes compagnons de fêtes. Ce que j'ai fait pour vous à ce que vous me faites !

LORD ROSEBERRY, bas aux Cavaliers.

A-t-iltort?

CKOMWELL.

JENKI'VS, a Tichard.

lîien, jeune homme ! allons, ce n'est point mal ! Mais faites donc valoir le vice radical De TafTaire. — Ils n'ont pas le droit.— Plaidez la cause, Plaidez ! plaidez !

RICHARD CROMWEI.I,, A Jcnkins.

Monsieur !...

JEIVKIWS.

Avec vous je m'oppose...

RICnARD CROMWELI, , joign.inl les mains, aux Cavaliers.

Mes amis !

CROJIWELI, , A part.

Je vois tout d'un plus juste reff.ird.

Mon fils ! combien j'étais injuste à son égard ! Certe, il ne connaissait d'une trame si noire Que la part du complot qui consistait à hoire.

LORD URMOKD, A Richard.

Votre père avec nous. Monsieur, tenait gros jeu ; Chacun jouait sa tète ; il a perdu !

RICHARD CROMWEI.I..

Grand Dieu ! Aux yeux même du fils assassiner le père !

Il crie avec force.

Au meurtre !

Alix Cavaliers.

Ce n'est plus cpi'cn moi seul que j'espère.

Il cric encore.

Au meurtre .' à moi, soldats !

SIR WILLIAM MURRAY, lintt rrompant.

Les soldats sont à nous.

RICIIAUn CROMWELI..

Hé bien donc ! seul encor je vous fais face à tous !

Il porte la main ù son cùlO pour y chercher son Opt^e. Mais quoi ! le fer vengeur manque à ma main trompée ! — Pourquoi m'as-tu, mon père, enlevé mon épée?

CROMWELL, à part.

Pauvre Richard !

LORD 0RM01VD, à Richard.

Monsieur, je vous plains. Croyez-moi, Retirez-vous. Laissez faire les gens du Roi.

RICHARD CROMWELL

Vous laisser faire, ô ciel ! Je ne veux point de grâce. Avec lui tuez-moi sur son corps que j'embrasse !

Il .se précipite sur lord Rochester endormi, et le serre étroitement dans ses bras.

CROMWELL, à part.

Mon fils ! il va trop loin ; il serait trop cruel Qu'il se fît poignarder avec un faux Cronnvell. LORD ROSEBERRY", essayant de calmer Richard.

Richard!...

RICHARD CROMWELL, toujours attaché à Rochester.

Non ! frappez-moi d'un fer impitoyable, Ou je veux le sauver !

Les Cavaliers cherchent à arracher Richard du corps de Rochester ; il lutte avec eux, et s'y cramponne avec plus de vio-

lence. — Pendant ce débat, Cromwell semble épier tous lc« mouvements des Cavaliers et se tenir prêt à porter secours a son Ois. Manassé relève la tête, et observe attentivement «ans proférer une parole.

LORD ROCHESTER, se réveillant en sursaut et .se débattant â son tour.

Vous m'étranglez, au diable !

Tous s'arrêtent comme pétriOés.

LORD ORMOIVD.

Dieu, quelle est celte voix ?

Lord Rochester arraché le mouchoir qui lui couvre le visage, et Cromwell dirit;e en même temps sur sa figure la clarté de la lanterne sourde.

RICHARD CROMWELL, reculant.

L'espion !

TOIS LES CAVALIER-S

Rochester !

LORD ROr.HF.STER, à Richard Cromwell.

Vous êtes le bourreau? — Vous m'étranglez, mon cher.

Oui, comme si j'avais eu deux âmes à rendre !

Ne peut-on donc. l'ami, plus doucement s'y prendre,

Avec le patient agir de bon accord.

Et pendre un homme enfin, sans le serrer si fort ?

LORI) (iRMO^D, consterné.

Rochester!

LORD ROCHESTER, à deml-évelllé, et touchant le mouchoir qui entoure son cou.

A mon cou la corde est bien passée ;

Mais quoi ! je ne vois point de potenoe dressée.

A quelque clou rouillé me pendaient ils ici,

Comme un chat-hiianl ?

LORD ORMO-^D.

Où donc est Cromwell ?

CROMW ELI, se redressant et d'une voix de tonnerre. ^ Le voici ! —

Hors des tentes, Jacob ! Israël! hors des tentes !

A ce cri de Cromwell , les Cavaliers étonnés se retournent, et voient le fond du théâtre occupé par une multitude de soldats portant des torches , sortis de tous les points du jardin et de toutes les portes du palais. On distingue au milieu d'eux Thurloe et lord Carlisle. Toutes les fenêtres de White-Hall s'illuminent subitement, et montrent partout des soldats armés de toutes pièces. Cromwell, l'épée à la main, se dessine sur ce fond étincelant.

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