SIR PETERS DOWNIE
Et puis , quand il sera là bas, Vivant, le roi veut-il le mettre, je vous prie, Avec une étiquette eu sa ménagerie ?
LORD UROGHEDA.
lié ! nous lui donnerons l'animal empaillé.
LORD CLIFFORD, à lord Ormond.
Mylord, hors du fourreau quand le glaive a brillé, Il faut frapper. A nous, nous n'avons que cette heure ; Profitons-en. Croinwell est dans nos mains, qu'il meure !
TOUS LES CAVALIERS, excepté Ormond et Jenkins. Oui!
lisse précipitent à la fois, leurs épées.'l la main, sur le prisonnii-r toujours sans mouvement.
JENKINS , avec solennité.
Je proteste !
RICHARD CROMWELL , à part et bors de lui.
Ils vont tuer mon père, ô ciel !
Il se jette au milieu des Cavaliers.
Arrêtez, assassins !
TOCS LES CAVALIERS.
Grand Dieu ! Richard Cromwell !
CROMWELL , à part.
Que fait-il ?
RICHARD CROMWELL, aux Cavaliers.
Arrêtez ! — Ah ! par pitié, par grâce ! Si notre amitié laisse en vos cœurs quelque trace, Roseberry, Sedley, Downie, écoutez-moi !
SIR WILLIAM MURRAT, avec impatience.
Diable !
RICHARD CROMWELL
Épargnez mon père!
SEDLEY
Épargna-t-il son Roi ?
RICHARD CROMWELL
Ah ! que me dites-vous? ce fut sans doute un crime. Mais en suis-je coupable? en dois-je être victime ! Amis, en le frappant, vous me frappez aussi !
CROMWELL , à part.
Est-ce là ce Richard, parricide endurci ? Je n'y comprends plus rien.
LORD ROSEBERRY, à Richard Cromwell.
Nous VOUS aimons en frère, Richard ; mais au devoir on ne peut se soustraire.
RICHARD CROMWELL
Non, vous ne tûrez pas mon père !
CROMWELL, à part.
Il me défend !
Ah ! quel bonheur ! j'avais mal jugé mon enfant.
RICHARD CROMWELL, aux Cavaliers.
Est-ce pour en venir à ce but détestable Que vous faisiez asseoir Richard à votre table? Que nous partagions tout, jeux, débauches, plaisirs? Que ma bourse toujours s'ouvrait It vos désirs ? Comparez maintenant, mes compagnons de fêtes. Ce que j'ai fait pour vous à ce que vous me faites !
LORD ROSEBERRY, bas aux Cavaliers.
A-t-iltort?
CKOMWELL.
JENKI'VS, a Tichard.
lîien, jeune homme ! allons, ce n'est point mal ! Mais faites donc valoir le vice radical De TafTaire. — Ils n'ont pas le droit.— Plaidez la cause, Plaidez ! plaidez !
RICHARD CROMWEI.I,, A Jcnkins.
Monsieur !...
JEIVKIWS.
Avec vous je m'oppose...
RICnARD CROMWELI, , joign.inl les mains, aux Cavaliers.
Mes amis !
CROJIWELI, , A part.
Je vois tout d'un plus juste reff.ird.
Mon fils ! combien j'étais injuste à son égard ! Certe, il ne connaissait d'une trame si noire Que la part du complot qui consistait à hoire.
LORD URMOKD, A Richard.
Votre père avec nous. Monsieur, tenait gros jeu ; Chacun jouait sa tète ; il a perdu !
RICHARD CROMWEI.I..
Grand Dieu ! Aux yeux même du fils assassiner le père !
Il crie avec force.
Au meurtre !
Alix Cavaliers.
Ce n'est plus cpi'cn moi seul que j'espère.
Il cric encore.
Au meurtre .' à moi, soldats !
SIR WILLIAM MURRAY, lintt rrompant.
Les soldats sont à nous.
RICIIAUn CROMWELI..
Hé bien donc ! seul encor je vous fais face à tous !
Il porte la main ù son cùlO pour y chercher son Opt^e. Mais quoi ! le fer vengeur manque à ma main trompée ! — Pourquoi m'as-tu, mon père, enlevé mon épée?
CROMWELL, à part.
Pauvre Richard !
LORD 0RM01VD, à Richard.
Monsieur, je vous plains. Croyez-moi, Retirez-vous. Laissez faire les gens du Roi.
RICHARD CROMWELL
Vous laisser faire, ô ciel ! Je ne veux point de grâce. Avec lui tuez-moi sur son corps que j'embrasse !
Il .se précipite sur lord Rochester endormi, et le serre étroitement dans ses bras.
CROMWELL, à part.
Mon fils ! il va trop loin ; il serait trop cruel Qu'il se fît poignarder avec un faux Cronnvell. LORD ROSEBERRY", essayant de calmer Richard.
Richard!...
RICHARD CROMWELL, toujours attaché à Rochester.
Non ! frappez-moi d'un fer impitoyable, Ou je veux le sauver !
Les Cavaliers cherchent à arracher Richard du corps de Rochester ; il lutte avec eux, et s'y cramponne avec plus de vio-
lence. — Pendant ce débat, Cromwell semble épier tous lc« mouvements des Cavaliers et se tenir prêt à porter secours a son Ois. Manassé relève la tête, et observe attentivement «ans proférer une parole.
LORD ROCHESTER, se réveillant en sursaut et .se débattant â son tour.
Vous m'étranglez, au diable !
Tous s'arrêtent comme pétriOés.
LORD ORMOIVD.
Dieu, quelle est celte voix ?
Lord Rochester arraché le mouchoir qui lui couvre le visage, et Cromwell dirit;e en même temps sur sa figure la clarté de la lanterne sourde.
RICHARD CROMWELL, reculant.
L'espion !
TOIS LES CAVALIER-S
Rochester !
LORD ROr.HF.STER, à Richard Cromwell.
Vous êtes le bourreau? — Vous m'étranglez, mon cher.
Oui, comme si j'avais eu deux âmes à rendre !
Ne peut-on donc. l'ami, plus doucement s'y prendre,
Avec le patient agir de bon accord.
Et pendre un homme enfin, sans le serrer si fort ?
LORI) (iRMO^D, consterné.
Rochester!
LORD ROCHESTER, à deml-évelllé, et touchant le mouchoir qui entoure son cou.
A mon cou la corde est bien passée ;
Mais quoi ! je ne vois point de potenoe dressée.
A quelque clou rouillé me pendaient ils ici,
Comme un chat-hiianl ?
LORD ORMO-^D.
Où donc est Cromwell ?
CROMW ELI, se redressant et d'une voix de tonnerre. ^ Le voici ! —
Hors des tentes, Jacob ! Israël! hors des tentes !
A ce cri de Cromwell , les Cavaliers étonnés se retournent, et voient le fond du théâtre occupé par une multitude de soldats portant des torches , sortis de tous les points du jardin et de toutes les portes du palais. On distingue au milieu d'eux Thurloe et lord Carlisle. Toutes les fenêtres de White-Hall s'illuminent subitement, et montrent partout des soldats armés de toutes pièces. Cromwell, l'épée à la main, se dessine sur ce fond étincelant.