LES SERGENTS D'ARMES
Place !
Place!
Les Cavaliers s'arrêtent devant le trône de Cromwell , Ormond et Rochester au premier rang. Ils ont une altitude ferme et tranquille; Murray et Manassé si'uls semblent atterrés. — Cromwell promène quelque temps des regards $ati.sfait$ sur les prisonniers , sur l'assemblée , sur la foule , et semble jouir du .silence d'anxiété qui l'entoure. — Pendant toute la scène , Rochester fait des mines à Francis qu'il a aperçue dans la tribune en entrant.
CROMWELL, croisant les bras, aux Cavaliers.
Que voulez-vous ?
A part.
S'ils me demandaient grâce !... —
LORD ORMOÏVD, d'une voix assurée.
Nous sommes gens de cœur , et nous ne prétendons
Ni pitié , ni merci , ni faveurs , ni pardons.
Des mourants comme nous sont fiers de leur supplice j
11 n'a rien qui les trouble et qui les avilisse.
Puis , (|u'attendre après tout de vous , d'un meurtrier.
D'un vassal, qui, chargeant son ècu roturier Du cimier, du manteau, du .sceptre héréditaire, Y fait écarteler les armes d'Angleterre ?...
CROMWELL, l'interrompant.
Que me voulez-vous donc ?
LORD ORMOND
Un mot, monsieur Cromwell.
Quel chemin choi.sit-on pour nous conduire au ciel? On nous mène au gibet : mais sait-on qui nous sommes :
Des brigands condamnés à mort.
LORD ORMO-VD.
Des gentilshommes.
Vous l'ignoriez sans doute, et nous vous l'apprenons. Le gibet n'est point fait pour qui porte nos noms. Et si petite enfin que soit votre noblesse, La corde qui nous souille autant que nous vous blesse On ne se fait pas pendre entre hommes de bon goût Et gens de qualité. Nous réclamons.
C'est tout ?
A part.
Ils demandent la vie !
LORD 0RM0?iD,
Oui. Pesez la requête.
Que souhaitez-vous donc ?
LORD ORMOND
Qu'on nous tranche la tête.
Arrière la potence, et ses indignités ! Nous avons tous le droit d'élre décapités. CROMWELL, bas à Thurloë.
Singuliers hommes ! Vois. Point de peur, point de honif Jusque sur l'échafaud l'orgueil avec eux monte. Leur préjugé les suit devant l'éternité,- Et pour eux le billot est une vanité.
Aux Cavaliers, avec un sourire railleur. Je comprends. — En entrant au ciel , il vous importe Qu'on vienne à deux battants vous en ouvrir la porte ; Et pour un chanvre impur, ce serait trop d'honneur Que d'étrangler très-haut et très-puissant seigneur. Cela pourtant s'est vu. Puis dans vos rangs, mes maîtrei J'en vois qu'on pendrait bien sans fâcher leurs ancêtre: Us n'en ont pas. — Ce juif, ce magistrat bourgeois...