UN ARCHER
Ce nain extravagant, Mylord, de Votre Altesse a relevé le gant.
CROMWELL , irrité , à Gramadoch.
Drôle!...
GRAMADOCH.
Il n'était qu'un fou , Mylord , qui pût le faire.
CROMWELL, souriant et faisant signe aux archers de le délivrer.
Va ! V« !
Gramadoch va retrouver dans leur loge ses camarades qui l'embrassent et lui font joyeux accueil.— Cependant le Protecteur s'adresse à Milton.
Milton est-il content ?
MILTON
Il attend.
Frère, Je suis content de vous, moi. Parlez aujourd'hui. Avez- vous quelque chose à me demander ?
MILTON
Oui.
(;ROM^\ELL
Oii'est-ce ?
JIILTON.
Une grâce.
Ami , parlez, je vous la donne.
MILTON
A tous ses ennemis Votre Altesse pardonne. Un seul reste oublié.
Qui donc?
MILTON
Davenant.
Quoi ?
Davenant ! Ce papiste ! Un espion du roi ! Demandez autre chose.
MILTON
Ah ! souffrez que j'insiste.
Il était du complot, sans doute ; il est papiste , C'est juste ; il conspirait votre mort ; mais depuis Vous avez bien fait grâce à ceux-là.
Je ne puis.
MILTON
Je sais qu'il a pris part à ces trames ourdies, Mais...
CROMWELL , avec Impatience.
Ne m'en parlez plus ! Il fait des comédies.
Milton désappointé s'éloigne. Cromwell le rappelle d'un air radouci.
Nous avons trouvé bon, Milton, qu'on vous créât Poëte lauréat...
MILTON
Poëte lauréat !
Je ne puis accepter, Mylord, qu'en survivance. L'emploi n'est pas vacant.
CROMWELL, étonné.
Oui donc l'a pris d'avance?
MILTON
Davenant.
CROMW ELL , haussant les épaules.
Il l'obtint sous feu Jacques-Premier!...
MILTON
Puisqu'il garde ses fers, laissons-lui son laurier.
C'est cela ! Voilà bien des raisons de poètes. Phrases d'une coudée ! Ampoulé que vous êtes ! Et vous voulez régir et gourmander toujours Les gouverneurs d'États, vous qui passez vos jours A tourmenter des mots dans des mètres frivoles !
MILTON
Salomon composa cinq mille paraboles.
Cromwell lui tourne le dos, et fait signe à son (ils Richard d'approclar.
CR03IWELL.
CROMWEIL , à Richard Cionuvell.
Richard, — mon hérilier, — il faut présentement Vous ouvrir la milice avec le Parlement. Je vous fais colonel, pair d'Angleterre, et mepibre Du conseil privé.
RICHAKD CROMWELL, saluant son père avec embarras.
Mais.... les travaux delà Chambre...
Mes goûts... — vous êtes bien mon pi-re et mon seigneur, Et je suis tout confus, Mylord, de tant d'honneur. Si vous le permettez pourtant, j'ose le dire, .l'ai i)lus (pie je ne vaux et (pic je ne désire. J'aime les bois , les prés, le loisir, le repos ; J'aime à chasser des chiens el des cerfs par troupeaux; Et je tiens à mes champs, — où je ne crains d'émeutes Que parmi mes faucons, mes gerfauts et mes meutes.
Cromwcll nit'contciit et (k'conccrté le congédie du geste. CROMVVELL, .inii renient, .1 part.
Si l'autre était l'aîné !... — Que sert ce que je fais?
Entre Carr acconipat;n(i du li.Tiit-shérir. Il perce lentement la foule, considère avec indicnatinn l'appareil royal qui Tcnvironne, et s'avance gravement vers le trùne de Cromwcll.