‹ uvres de Victor HugoChapitre 579 sur 599 · IX. — P · texte numérisé non relu

IX. — P

Les deux types, ainsi Isolés et livrés â eux-mêmes , s'en ironl chacun de leur cùté, laissant entre eux le réel , l'un fi sa droilc l'autre A sa gauche.

D'où vient que Molière est bien plus vrai que nos Ira giqnes! Disons plus, d'où vient qu'il est presque loujour; vrai? C'est (pie, tout emprisonné qu'il est parles préjugés di son temps en-deçà du palhéti(iue et du terrible, il n'en mêl( pas moins à ses grotesques des scènes d'une grande sublitni(( qui complètent l'humanité dans ses drames. C'est aussi (pu la comédie est bien jdus près de la nature que la trag(;die On conçoit en effel telle action dont les personnages, sans cesser d'être naturels, pourront constamment rire ou excilei le rire ; et encore les personnages de Molière pleurenl-ib quelquefois. Mais comment concevoir un événement, si terrible et si borné qu'il soit, oii non-seulement les principaux acteurs n'aient jamais un sourire sur les lèvres, fiU-ce de sarcasme et d'ironie , mais encore où il n'y aura, depuis Ir prince jusqu'au confident., aucun être humain qui ait un accès de rire el de nature humaine? Molière enfin est plus vrai cpie nos tragiques, parce qu'il exploite le principe neuf, le principe moderne, le principe dramatique : le grotesque, la comédie-, tandis qu'ils épuisent, eux, leur force et leur génie à rentrer dans cet ancien cercle épique qui est fermé, moule vieux et usé , dont la vérité propre à nos temps ne saurait d'ailleurs sortir, parce qu'il n'a pas la forme de la société moderne.

Que le poëte se garde surtout de copier «pii que ce soit, pas plus Shalispeare que Molière, pas plus Schiller que Corneille.

Ce n'est pas non plus en accommodant des romans, fussent-ils de Walter Scott, pour la scène, qu'on fera faire à l'art de grands progrès. Cela est bon la première ou la seconde fois, surtout quand les translateurs ont d'autres titres plus solides ; mais cela au fond ne mène à rien qu'à substituer une imitation à une autre.

Du reste, en disant qu'on ne doit copier ni Shakspeare ni Schiller, nous entendons parler de ces imitateurs maladroits qui, cherchant des règles où ces poëtes n'ont mis que du génie, reproduisent leur forme sans leur esprit, leur écorce sans leur sève; et non des traductions habilement faites que d'autres vrais poëtes en pourraient donner. Madame Tastu a admirablement traduit plusieurs scènes de Shakspeare. M. Emile Deschamps reproduit en ce moment pour notre théâtre Roméo et Julielle ; et telle est la souplesse puissante de son talent, ([u'il fait passer tout Shakspeare dans ses

NOTES

vers comme il y a d(;jà fait passer tout Horace. Certes, ceci est aussi un travail d'artiste et de poète, un labeur qui n'exclut ni l'originalité , ni la vie , ni la création. C'est de cette façon que les psalmisles ont traduit Job.

L'art.... s'étmlie à reproduire la réalité des faits, surtout cello des mœurs et des caractères, bien moins léguée au doute cl à la contradicliou que les faits.

On est étonné délire dans M. Goëtbe les lignes suivantes : « Il n'y a point, à proi)rement parler, de personnages histo- » riques en poésie; seulement, quand le poète veut repré- 1) senter le monde qu'il a conçu, il fait à certains individus B qu'il rencontre dans l'histoire l'honneur de leur emprunter » leurs noms pour les appliquer aux êtres de sa création. — » L'eber Kunst und AllerUmm (sur l'Art et l'Aiiliciuité ). « On sent où mènerait celte doclrine, prise au sérieux : droit au faux et au fantasliciue. Par bonheur l'illustre i)oëte, àqui elle a sans doute un jour semblé vi'aiepar un coté, puisciu'elle lui est échappée, ne la prati<iucrait cerlainenicnt pas. Il ne composeiait pas à coup sûr un Mahomet comme un Werther, un Napoléon comme un Faust.

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