‹ uvres de Victor HugoChapitre 62 sur 599 · DE L'HOTESSE ARABE · texte numérisé non relu

DE L'HOTESSE ARABE

10. Habitez avec nous : la terre est en votre puissance; cultivez-la, tra0quez-y, et la possédez.

GENÈSE, Chap, XXIV.

Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays , Ni l'ombre du palmier, ni le jauue maïs ,

Ni le repos , ni l'abondance ; Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs , dont , les soirs, le tournoyant essaim

Couronne un coteau de sa danse ;

Adieu , voyageur blanc ! J'ai sellé de ma main , De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,

Ton cheval à l'œil intrépide; Ses pieds fouillent le sol , sa croupe est belle à voir, Ferme , ronde et luisante , ainsi qu'un rocher noir

Que polit une onde rapide.

Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux Qui donnent pour limite ù leurs pieds paresseux

Leur toit de branches ou de toiles !

Qui , rêveurs, sans en faire écoutent les récits, Et souhaitent , le soir, devant leur porte assis ,

De s'en aller dans les étoiles !

Si lu l'avais voulu , peut-être une de nous , 0 jeune homme ! eût aimé te servir à genoux

Dans nos buttes toujours ouvertes ; Elle eût fait , en berçant Ion sommeil de ses chants, Pour chasser de ton front les moucherons méchants.

Un éventail de feuilles vertes.

Mais tu pars ! — Nuit et jour tu vas seul et jaloux. Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux

Tne poussière d'étincelles; A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit, Les aveugles démons qui volent dans la nuit

Souvent ont déchiré leurs ailes.

Si tu reviens , gravis , pour trouver ce hameau ,

Ce mont noir qui de loin semble un dos de chameau ;

Pour trouver ma hutte fidèle , Songe à son toit aigu comme une ruche à miel , Qu'elle n'a ((u'une porte et qu'elle s'ouvre au ciel

Du côté d'oil vient l'hirondelle.

Si tu ne reviens pas , songe un peu quelquefois Aux filles du désert , sœurs à la douce voix ,

Qui dansent pieds nus sur la dune ; 0 beau jeune homme blanc, bel oiseau passager, Souviens-toi ; car, peut-être, ô rapide étranger.

Ton souvenir reste à plus d'une !

Adieu donc ! — Va tout droit. Garde-toi du soleil , Qui dore nos fronts bruns mais brûle un teint vermeil ;

De l'Arabie infranchissable ; De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant ; Et de ceux qui , le soir, avec un bâton blanc,

Tracent des cercles sur le sable !

Novembre 1828.

ORIENTALES

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