‹ uvres de Victor HugoChapitre 68 sur 599 · GRENADE · texte numérisé non relu

GRENADE

Quien no ha visto à Sevilla No ho visto à maravilta.

Soit lointaine , soit voisine , Espagnole ou sarrasine, Il n'est pas une cité Qui dispute , sans folie , A Grenade la jolie La pomme de la beauté , Et qui, gracieuse , étale Plus de pompe orientale Sous un ciel plus enchanté.

Cadix a les palmiers : Murcie a les oranges ; JaRn son palais goth aux tourelles étranges: Agreda son couvent bâti par saint Edmond ; Ségovie a l'autel dont on baise les marches ,

Et l'aquéduc aux trois rangs d'arches Qui lui porte un torrent pris au sommet d'un monl.

Llers a des tours : Barcelone

An faite d'une colonne

Lève un phare sur la mer ;

Aux rois d'Aragon Jîdèle ,

Dans liurs vieux tombeaux, Tudèle

Garde leur sceptre de fer ;

Tolose a des forges sombres

Qui semblent , au seîn des ombres ,

Des soupiraux de l'enfer.

Le poisson qui rouvrit l'œil mort du vieux Tobie Se joue au fond du golfe où dort Fontarabie ; Alicante aux clochers mêle les minarets; Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieilles A sa mosquée où l'œil se perd dans les merveilles : Madrid a le Manzanarès.

Bilbao , des flots couverte ,

Jette une pelouse verte

Sur ses murs noirs et caducs ;

Médina le chevalière ,

Cachant sa pauvreté fière

Sous le manteau de ses ducs ,

N'a rien que ses sycomores n,

Car ses beaux ponts sont aux Maures ,

Aux Romains ses aqueducs.

ORIENTALES

Valence a les clochers de ses trois cents églises; L'auslf^re Alcanlara livre aux souffle des brises Les drapeaux turcs , pendus en foule à ses piliers ; Salamanque en riant s'assied sur trois collines ,

S'endort an son des mandolines.

Et s'éveille en sursaut aux cris des écoliers.

Tortose est chère à saint Pierre ; Le marbre est comme la pierre Dans la riclie Tuycerda; De sa bastille octogone Tuy se vante , et Tarragone De ses murs qu'un roi fonda ; Le Douro coule à Zamore; Tolède a l'alcazar maure , Séville a la giralda.

Burgos de son chapitre étale la richesse ; Penallor est marcpiise , et Gironne est duchesse ; Divar est une nonne aux sévères atours ; Toujours prèle au combat , la sombre Pampelune, Avant de s'endormir aux rayons de la lune , Ferme sa ceinture de tours.

Toutes ces villes d'Espagne S'épandent dans la campagne Ou hérissent la Sierra ; Toutes ont des citadelles Dont sous des mains infidèles Aucun beffroi ne vibra :

Toutes sur leurs cathédrales Ont des clochers en spirales ; Mais Grenade a l'Alhambra !

L'Alhambra ! l'Alhambi'a ! palais que les génies Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies : Forteresse aux créneaux festonnés et croulants ; Où l'on entend, la nuit, de magiques syllabes, Quand la lune , à travers les mille arceaux arabes. Sème les murs de trèfles blancs !

Grenade a plus de merveilles Que n'a de graines vermeilles Le beau fruit de ses vallons ; Grenade, la bien nommée , Lorsque la guerre enflammée Déroule ses pavillons , Cent fois plus terrible éclate Que la grenade écarlate Sur le front des bataillons.

11 n'est rien de plus beau ni de plus grand au monde;

Soit qu'à Vivataubin Yivaconlud réponde,

Avec son clair tambour de clochettes orné ;

Soit que , se couionnanl de feux comme un calife ,

L'éblouissant Généralife Élève dans la nuit son faite illuminé.

Les clairons des Tours- Vermeilles Sonnent comme des abeilles Dont le vent chasse l'essaim; Alcacava pour les fêtes A des cloches toujours prêtes A bourdonner dans son sein , Qui dans leurs tours africaines Vont éveiller les dulcaynes Du sonore Albaycin.

Grenade efface en tout ses rivales : Grenad» Chanle plus mollement la molle sérénade; Elle peint ses maisons de plus riches couleurs ; El Ton dit que les vents suspendent leurs haleines Quand par un soir d'été Grenade dans ses plaines Répand ses femmes et ses fleurs.

L'Arabie est son aïeule.

Les Maures , pour elle seule , Aventuriers hasardeux , .loûraient l'Asie et l'Afrique ; Mais Grenade est catholique, Grenade se raille d'eux; Grenade , la belle ville , Serait une autre Séville S'il en pouvait être deux.

Avril 1828.

©rifntaliC ^rente-lJtXixièmg.

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