‹ uvres de Victor HugoChapitre 75 sur 599 · LE POETE AU CALIFE · texte numérisé non relu

LE POETE AU CALIFE

Tous les liabitantsde la terre sont devant lui comme un néant; il fait tout ce qui lui plait : et nul ne peut résister à sa main puissante , et lui dire : Pourquoi avez-vous fait ainsi?

Damel.

0 sultan Noureddin , calife aimé de Dieu ! Tu gouvernes , seigneur , l'empire du milieu ,

De la mer Rouge au fleuve Jaune.

Les rois des nations , vers ta face tournés, Pavent , silencieux , de leurs fronts prosternés ,

Le chemin qui mène à ton trône.

Ton sérail est Irés-grand , tes jardins sont tiès-beaux.

Tes femmes ont des yeux vifs comme des flambeaux,

Qui pour loi seul percent leurs voiles. Lorsqu'asfre impérial, aux peuples pleins d'effroi Tu luis , tes trois cents fils brillent autour de toi

Comme ton cortège d'étoiles.

Ton front porte une aigrette et ceint le turban vert. Tu peux voir folâtrer dans leur bain , entr'ouverl

Sous la fenêtre oii tu te penches , Les femmes de Madras plus douces qu'un parfum , Et les filles d'Alep, qui sur leur beau sein brun

Ont des colliers de perles blanches.

Ton sabre large et nu semble en ta main grandir. Toujours dans la bataille on le voit resplendir,

Sans trouver turban qui le rompe , Au point où la mêlée a de plus noirs détours , Où les grands éléphants , enlre-clioquant leurs tours ,

Prennent des chevaux dans leur trompe.

Une fée est cachée en tout ce que tu vois. Quand lu parles , calife , on dirait que ta voix

Descend d'un autre monde au nôtre; Dieu lui-même t'admire , et de félicités Emplit la coupe d'orque tes jours enchantés,

Joyeux , se passent l'un à l'autre.

Mais souvent dans ton cœur , radieux Noureddin , Une triste pensée apparaît , et soudain

Glace ta grandeur lacilurne :

Telle en plein jour , parfois , sous un soleil de feu , La lune, astre des morts, blanche au fond d'un ciel bleu ,

Montre à demi son front nocturne.

Octobre 1828.

^xuniaU ^xsnU-nmvième.

BOUNABERDL

Grand comme le monde.

Souvent Bounaberdi , sultan des Francs d'Europe , Que , comme un noir manteau , le semoun enveloppe. Monte , géant lui-même , au front d'un mont géant , D'où son regard , errant sur le sable et sur l'onde , Embrasse d'un coup d'oeil les deux moitiés du monde, Gisantes à ses pieds dans l'abinie béant.

ORIENTALES

Il est seul et debout sur ce sublime faîte.

A sa droite couché , le désert qui le fête

D'un nuage de poudre importune ses yeux ;

A sa gauche, la mer, dont, jadis il futlMiôle,

Élève jus(|u'à lui sa voix profonde et haute ,

Comme aux pieds de son maître aboie un chien joyeux.

Et le vieil empereur, que tour à tour réveille Ce nuage à ses yeux, ce bruit à son oreille , Rêve, et, commeà l'amante on voit songer l'amant, Croit que c'est une armée , invisible et sans nombre , Qui fait cette poussière et ce bruit pour son ombre, Et sous l'horizon gris passe éternellement !

Prière.

Oh ! quand tu reviendras rêver sur la montagne , Bounaberdi ! regarde un peu dans la campagne Mil tonte qui blanchit dans les sables grondants, Car je suis libre et pauvre , un Arabe du Caire , Et quand j'ai dit All.ih! mon bon cheval de guerre Vole , et sous sa paupière a deux charbons ardents !

Novenibre 1828.

0t'untak ahuaranlicme.

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