‹ uvres de Victor HugoChapitre 76 sur 599 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

JVlals géant alui'à , cl linut de cent coudées.

DONAPARTE.

Toujours lui! lui partout! — Ou brûlante ou glacée,

Son image sans cesse ébranle ma pensée.

11 verse à mon esprit le souffle créateur.

Je tremble , et dans ma bouche abondent les paroles

Quand son nom gigantesque , entouré d'auréoles,

Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.

Là , je le vois guidant l'obus aux bonds rapides ; Là , massacrant le peuple au nom des régicides ; Là, soldat, aux tribuns arrachant leurs pouvoirs; Là , consul jeune et fier , amaigri par des veilles Que des rêves d'empire emplissaient de merveilles, Pâle sous ses longs cheveux noirs.

Puis , empereur pui.ssanl , dont la léle s'incline,

Gouvernant un combat du haut de la colline , Promettant une étoile à ses soldats joyeux. Faisant signe aux canons qui vomissent les flammes , De son âme à la guerre armant six cent mille âmes , Grave et serein , avec un éclair dans les yeux.

Puis, pauvre prisonnier, qu'on raille etqu'on tourmente, Croisant ses bras oisifs sur son sein qui fermente , En proie aux geôliers vils comme un vil criminel , Vaincu , chauve , courbant son front noir de nuages, Promenant sur un roc où passent les orages La pensée , orage éternel.

Qu'il est grand ; là surtout ! quand, puissance brisée , Des porte-clefs anglais misérable risée , Au sacre du malheur il retrempe ses droits , Tient au bruit de ses pas deux mondes en haleine. Et mourant de l'exil , gêné dans Sainte-Hélène, Manque d'air dans la cage où l'exposent les rois !

Qu'il est grand à celle heure où , prêt avoir Dieu même. Son œil qui s'éteint roule une larme suprême! Il évoque à sa mort sa vieille armée en deuil. Se plaint à ses guerriers d'expirer solitaire , Et , prenant pour linceul son manteau militaire , Du lit de camp passe au cercueil !

A Rome , où du sénat hérite le conclave ,

A l'Elbe , aux monls blanchis de neige ou noirs de lave,

Au menaçant Kremlin , à l'Alhambra riant ,

Il est partout ! — Au Nil Je le retrouve encore;

L'Egypte resplendit des feux de son aurore ;

Son astre impérial se lève à l'orient.

Vainqueur , enthousiaste , éclatant de prestiges , Prodige , il étonna la terre des prodiges. Les vieux scheiks vénéraient l'émir jeune et prudent; Le peuple redoutait ses armes inouïes ; Sublime , il apparut aux tribus éblouies Comme un Mahomet d'occident.

Leur féerie a déjà réclamé son histoire. La tente de l'Arabe est pleine de sa gloire. Tout Bédouin libre élait son hardi compagnon ; Les petits enfants , l'œil tourné vers nos rivages , Sur un tambour français règlent leurs pas sauvages, Et les ardents chevaux hennissent à son nom.

Parfois il vient , porté sur l'ouragan numide , Prenant pour piédestal la grande pyramide , Contempler les déserts, sablonneux océans; Là , son ombre , éveillant le sépulcre sonore , Comme pour la bataille y ressuscite encore Les quarante siècles géants.

ORIENTALES

dit : debout ! Soudain chaque siècle se lève , eux-ci portant le sceptre et ceux-là ceints du glaive, atrapes , pliaraons , mages , peuple glacé, nmobiles , poudreux , muets , sa voix les compte : ous semblent, adorant son front qui les surmonte , aire à ce roi des temps une cour du passé.

insi tout , sous les pas de l'homme ineffaçable , ont devient monument ; il passe sur le sable ; ais qu'importe qu'Assur de ses flots soit couvert, ue l'aquilon sans cesse y fatigue son aile , on pied colossal laisse une (race éternelle Sur le front mouvant du désert.

istoire , poésie , il joint du pied vos cimes.

perdu , je ne puis dans ces mondes sublimes

emuer rien de grand sans toucher à son nom.

ui, quand tu m'apparais , pour le culte ou le blâme,

,es chants volent pressés sur mes lèvres de flamme ,

lapoléon ! soleil dont je suis le Memnon !

'u domines notre âge; ange ou démon , qu'importe ! 'on aigle dans son vol, haletant , nous emporte. ,'oeil même qui te fuit le retrouve partout, 'oujours.dans nos tableaux tu jettes ta grande ombre ; 'oujours Napoléon , éblouissant et sombre , Sur le seuil du siècle est debout.

.insi, quand du Vésuve explorant le domaine,

)e Naple à Porlici l'étranger se promène ,

.orsqu'il trouble , rêveur , de ses pas importuns ,

scbia , de ses fleurs embaumant l'onde heureuse

)ont le bruit , comme un chant de sultane amoureuse,

lemble une voix qui vole au milieu des parfums ;

)u'il hante de Pœstum l'auguste colonnade; }u'il écoule à Pouzzol la vive sérénade Chantant la tarentelle au pied d'un mur toscan ; }u'il éveille en passant cette cité momie , 'ompéi , corps gisant d'une ville endormie , Saisie un jour par le volcan ;

}u'il erre au Pausilippe avec la barque agile D'où le brun marinier chante Tasse à Virgile ! roujours , sous l'arbre vert , sur les lits de gazon , roujours il voit , du sein des mers ou des prairies , )u haut des caps , du bord des presqu'îles fleuries, roujours le noir géant qui fume à l'horizon!

Décembre 1827.

<IÎ>TX entait (SinatanU-umemu,

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