ÉVANGILE
« Oh ! disaient les peuples du monde , n Les derniers tomps sont-ils venus ?
» Nos pas , dans une nuit profonde , « Suivent des chemins inconnus.
» Oîi va-t-oii ? dans la nuit perfide , » Quel est ce fanal qui nous guide , » Tous courbés sous un bras de fer?
» Est-il propice ? est-il funeste?
» Est-ce la colonne céleste ?
» Est-ce une flamme de l'enfer ?
« Les tribus des chefs se divisent :
« Les troupeaux chassent les pasteurs ;
« Et les sceptres des Rois se brisent
» Devant les faisceaux des Préteurs.
» Les trônes tombent ; l'autel croule ;
fl Les factions naissent en foule
» Sur les bords des deux Océans ;
« Et les ambitions serviles
» Qui dormaient comme des reptiles,
» Se lèvent comme des géants !
« Ah ! malheur ! nous avons fait gloire ,
n Hélas ! d'attentats inouïs ,
« Tels qu'en cherche en vain la mémoire
« Dans les siècles évanouis.
» Malheur ! tous nos forfaits l'appellent,
« Tous les signes nous le révèlent ,
» Le jour des arrêts solennels.
» L'homme est digne enfin des abîmes ;
« Et rien ne manque îi ses longs crimes ,
» Que les châtiments éternels. »
Le Très-Haut a pris leur défense , Lorsqu'ils craignaient son abandon ; L'homme peut épuiser l'offense , Dieu n'épuise pas le pardon !
II mène au repentir l'impie ; Lui-même , pour nous , il expie L'oubli des lois qu'il nous donna ,• Pour lui seul il reste sévère ; C'est la Victime du Calvaire Qui fléchit le Dieu du Sina !
Par un autre berceau sa main nous sauve encore ! Le monde du bonheur n'ose entrevoir l'aurore, Quoique Dieu des méchants ail puni les défis; Et troublant leurs conseils, dispersant leurs phalanges ,
Nous ait donné l'un de ses Anges , Comme aux antiques jours il nous donna son Fils. Tel , lorsqu'il sort vivant du gouffre de ténèbres , Le Prophète voit fuir les visions funèbres ! La terre est sous ses pas , le jour luit à ses yeux ; Mais lui , tout ébloui de la flamme éternelle ,
Longtemps à sa vue infidèle La lueur de l'enfer voile l'éclat des cieux.
Peuples , ne douiez pas ! chantez votre victoire. Un sauveur naît , vêtu de puissance et de gloire ; Il réunit le glaive et le sceptre en faisceau; Des leçons du malheur naîtront nos jours prospères ,
Car de soixante Rois , ses pères , Les ombres sans cercueils veillent sur son berceau !
Son nom seul a calmé nos tempêtes civiles ; Ainsi qu'un bouclier il a couvert les villes. La révolte et la haine ont déserté nos murs. Tel du jeune lion, qui lui-même s'ignore,
Le premier cri , paisible encore , Fait de l'antre royal fuir cent monstres impurs.
Quel est cet Enfant débile
Qu'on porte aux sacrés parvis ?
Toute une foule immobile
Le suit de ses yeux ravis ;
Son front est nu , ses mains tremblent;
Ses pieds , que des noeuds rassemblent ,
N'onl point commencé de pas;
La faiblesse encor l'enchaîne ;
Son regard ne voit qu'à peine
Et sa voix ne parle pas.
C'est un Roi parmi les hommes ; En entrant dans le saint lieu , Il devient ce que nous sommes : — C'est un homme aux pieds de Dieu !
ODES
Cet enfant est notre joie ; Dieu pour sauveur nous l'envoie , Sa loi l'abaisse aujourd'hui.
Les Rois, qu'arme son tonnerre , Sont tout par lui sur la terre , Et ne sont rien devant lui !
Que tout tremble et s'humilie.
L'orgueil mortel parle en vain j
Le Lion royal se plie
Au joug de l'Agneau divin.
Le Père , entouré d'étoiles ,
Vers l'Enfant , faible et sans voiles ,
Descend , sur les vents porté ;
L'Esprit-Saint de feux l'inonde ,
11 n'est encor né qu'au monde,
Qu'il naisse à l'éternité!
Marie , aux rayons modestes,
Heureuse et priant toujours,
Guide les Vierges célestes
Vers son vieux temple aux deux leurs.
Toutes les saintes Armées ,
Parmi les soleils semées.
Suivent son char triomphant ;
La Charité les devance,
La Foi brille , et l'Espérance
S'assied près de l'humble Enfant!
Jourdain ! te souvient-il de ce qu'ont vu tes rives ? Naguère un pèlerin près de les eaux captives Vint s'asseoir et pleura , pareil en sa ferveur A ces Preux qui jadis , terrible et saint cortège ,
Ravirent au joug sacrilège Ton onde baptismale et le tombeau sauveur !
Ce chrétien avait vu . dans la France usurpée, Trône, autel , Chartres , lois , tomber sous une épée; Les vertus sans honneur, les forfaits impunis; Et lui, des vieux croisés cherchait l'ombre sublime,
Et , s'exilant près de Solime , Aux lieux où Dieu mourut pleurait ses Rois bannis !
L'eau du saint fleuve emplit sa gourde voyageuse! Il partit ; il revit notre rive orageuse , Ignorant quel bonheur attendait son retour , Et qu'à l'enfant des rois , du fond de l'Arabie ,
Il apportait, nouveau Tobie, Le remède divin qui rend l'aveugle au jour.
Qu'il soit fier dans ses flots , le fleuve des prophètes ! Peuples, l'eau du salut est présente à nos fêtes; Le ciel sur cet Enfant a placé sa faveur; Qu'il reçoive les eaux que reçut Dieu lui-même ;
Et qu'à l'onde de son baptême.
Le monde rassuré reconnaisse un Sauveur!
A vous , comme à Clovis , prince , Dieu se révèle. Soyez du temple saint la colonne nouvelle. Votre âme en vain du lis efface la blancheur ; Quittez l'orgueil dn rang, l'orgueil de l'innocence;
Dieu vous offre, dans sa puissance, La piscine du pauvre et la croix du pécheur.
L'Enfant , quand du Seigneur sur lui brille l'aurore ,
Ignore le martyre et sourit à la croix;
Mais un autre baptême , hélas ! attend encore
Le front infortuné des Rois. — Des jours viendront, jeune homme, où ton âme troublée.
Du fardeau d'un peuple accablée ,
Frémira d'un effroi pieux , Quand l'Évêque sur toi répandra l'huile austère , Formidable présent qu'aux maîtres de la terre
La colombe apporta des cieux.
Alors ! ô Roi chrétien , au Seigneur sois semblable ; Sache être grand par toi , comme il est grand par lui ; Car le sceptre devient un fardeau redoutable
Dès qu'on veut s'en faire un appui.
Un vrai Roi sur sa tête unit toutes les gloires;
Et si , dans ses justes victoires,
Par la mort il est arrêté , Il voit , comme Rayard , une croix dans son glaive, Et ne fait , quand le ciel à la terre l'enlève ,
Que changer d'immortalité!