‹ uvres de Victor HugoChapitre 84 sur 599 · DU DUC DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

DU DUC DE BORDEAUX

le ciel... prodigue en leur faveur les miracles.

La postérité de Joseiih rentre dans la terre de Gessen; et cette conquête, due aux larmes dps vainqueurs, ne coûte pas une larme aux vaincus.

Chateacbriand. Martxrs.

Savez-vous , voyageur, pourquoi , dissipant l'ombre , D'innombrables clartés brillent dans la nuit sombre ? Quelle immense vapeur rougit les cienx couverts ? El pourquoi mille cris , frappant la nue ardente ,

Dans la ville, au loin rayonnante, Comme un concert confus , s'élèvent dans les airs?

0 joie ! ô triomphe ! ô mystère !

Il est né , l'Enfant glorieux , L'Ange que promit à la terre Un Martyr pailant pour les cieux !

L'avenir voilé se révèle.

Salut à la flamme nouvelle Qui ranime l'ancien flambeau !

Honneur à la première aurore, 0. jeune lis qui viens d'éclore. Tendre fleur qui sors d'un tombeau !

C'est Dieu qui l'a donné , le Dieu de la prière : La cloche balancée aux tours du sanctuaiie , Comme aux jours de repos y rappelle nos pas. C'e4 Dieu qui l'a donné , le Dieu de la victoire ! —

Chez les vieux marlyi s de la gloire Les canons ont tonné , comme au jour des combats.

Ce bruit si cher à ton oreille , Joint aux voix des temples bénis, N'a-t-il donc rien qui le réveille , 0 loi , (|ui dors à Saint-Denis ?

Lève-toi ! Henri doit te plaire Au sein du berceau populaire; Accours ! ô père triomphant !

Enivre sa lèvre trompée ,

ODES

Et viens voir si ta {jrande épi'e Pèse aux mains du royal enfant.

Hélas ! il est absent , il est au sein des justes. Sans doute , en ce moment , de ses aïeux augustes Le cortéfje vers lui s'avnnce consolé : Tar il rendit , mourant sous des coups parricides ,

Un liéros à leurs lombes vides , Une race de rois à leur trône isolé.

Parmi tous ces nobles fantômes ,

Qu'il élève un front couronné,

Qu'il soit fier dans les saints royaumes ,

Le père du roi nouveau-né !

Une race lonj^uc et sublime

Sort de l'immortelle' victime :

Tel un Heuve mystérieux ,

Fils du mont frappé du tonnerre ,

De son cours fécondant la terre ,

Cacbe sa source dans les cieux !

Honneur au rejeton qui deviendra la tige ' Henri , nouveau .loas , sauvé par un prodifje , A l'ombre de l'autel croîira, vainqueur du sorl ; Un jour, de ses vertus no're France embellie ,

A ses sœurs , comme Cornélie , Dira : Voilî» mon fils , c'est mon plus beau trésor.

0 loi , de ma pitié profonde Reçois l'bommaiîe solennel , Humble objet des re^jaids du monde , Privé du regard paternel !

Puisses-tu, né dans la souffrance, Et de la mère et de la France Consoler la longue douleur!

Que lebcas divin l'environne , Et puisse , ô Bourbon . la couronne Pour toi ne pas être un raalheui !

Oui , souris , Orpbelin , aux larmes de ta mère ! Écarte , en te jouant , ce crêpe funéraire Qui voile Ion berceau des couleurs du cercueil ; Chasse le noir passé qui nous attriste encore ;

Sois à nos yeux comme une aurore!

Rends le jour et la joie à notre ciel en deuil.

Ivre d'espoir, ton Roi lui-même ,

Consacrant le jour où tu nais ,

T'impose , avant le saint baptême.

Le baptême du Béarnais.

La Veuve l'offre à l'Orpheline!

Vers toi, conduit par THéroine ,

Vient Ion aïeul en cheveux blancs ; «■

Et la foule , bruyaule et fière,

Se presse à ce Louvre , ofi naguère , Muette, elle entrait à pas lenls.

Guerriers, peuple, chantez: Bordeaux, lève la têle, Cité qui . la première, aux jours de la conquête. Rendue aux fleurs de lis , as proclamé ta foi. Et toi que le Martyr aux combats eût guidée ,

Sors de la douleur, ô Vendée !

Un roi naît pour la France , un soldat naît pour loi.

Rattachez la nef à la rive : — La veuve reste parmi nous , El de sa patrie adoplive Le ciel lui semble enfin plus doux.

L'espoir h la France l'enchaîne :

Aux champs où fut frappé le chêne Dieu fait croître un frêle roseau.

L'amour retient l'humble colombe; Il f.uil prier sur une tombe , Il faut veiller sur un berceau.

Dis, qu'irais-tu chercher au lieu qui le vit naître , Princesse ? Parihénope outrage son vieux maître : L'étranger, ((u'atiiraienl des bords exempts d'hivers. Voit Palerme en fureur, voit Messine en alarmes ,

Et, plaignant la Sicile en armes , De ce funèbre Éden fuit les sanglantes mers !

Mais que les deux Volcans s'éveillent !

Que le souffle du Dieu jaloux

Des sombres géants qui sommeillent

Rallume enfin l'ardent courroux ;

Devant les flots brûlants des laves.

Que seront ces hautaine esclaves.

Ces chefs d'un jour, ces grands soldats?

Courage ! ô vous, vainqueurs sublimes! —

Tandis que vous marchez aux crimes,

La terre tremble sous vos pas!

Reste au sein des Français , ô fille de Sicile !

Ne fuis pas , pour des bords d'où le bonheur s'exile ,

Une terre où le lis se relève immortel ;

Où du Peuple et des Rois l'union salutaire

N'esl point cet hymen adultère ' Du trône et des partis, des camps et de l'aulel.

Nous ne craignons plus les tempêtes !

Bravons l'horizon menaçant :

Les forfaits (jui chargeaienl nos tètes Sont rachetés par l'innocent !

Quand les nochers dans la tourmente.

Jadis voyaient l'onde écuraante Entr'ouvrir leur frêle vaisseau , Sûrs de la clémence éternelle ,

ODES

Pour sauver la nef criminelle Ils y suspendaient un berceau.

Octobre 1820.

€)ïf^ XlemUmt.

Page 1