PSAUME
l'arce que nous sommes tombés dans votre colère, et que nous
avons été troublés dans votre fureur ; Vous avez placé nos iniquités en votre présence, et notre siècle
dans la lumière de votre face ; Puisque tous nos jours ont failli , et que nous sommes tombés
dans votre colère !
Voici ce qu'ont dit les prophètes ,
Aux jours oîi ces liommes pieux
Voyaient en songes sur leurs têtes
L'Esprit-Saint descendre des cieux :
« Dès qu'un siècle, éteint pour le monde,
» Redescend dans la nuit profonde ,
•> De yloiie ou de honte chargé,
» Il va répondre et comparaître
» Devant le Dieu qui le fit naître ,
" Seul juge qui n'est pas jugé. »
Or écoutez , fils de la terre , Vil peuple à la tombe appelé , Ce qu'en un rêve solitaire La vision m'a révélé : — C'était dans la Cllé flottante , De joie et de gloire éclatante , Où le jour n'a pas de soleil , D'où sortit la première aurore , Et d'où résonneront encore Les clairons du dernier réveil !
Adorant l'Essence inconnue , Les Saints, les Martyrs glorieux Contemplaient , sous l'ardente nue , Le Triangle mystérieux !
Près du trône où dort le tonnerre, Parut un spectre centenaire , Par l'Ange des Français conduit; Et l'Ange , vêtu d'un long voile , Était pareil à l'humble étoile Qui mène au ciel la sombre nuit.
Dans les cieux et dans les abhnes Une voix alors s'entendit , Qui jusque parmi ses victimes Fit trembler l'Archange maudit.
Le char des Séraphins fidèles , Semé d'yeux, brillant d'étincelles , S'arrêta sur son triple essieu ; Et la roue, aux flammes bruyantes , Et les quatre ailes tournoyantes Se turent au souffle de Dieu.
Déjù du Livre séculaire
La page a dix-sept fois tourné ;
Le gouffre attend que ma colère
Te pardonne ou l'ait condamné !
Approche : — je tiens la balance :
Te voilà nu dans ma présence ,
Siècle innocent ou criminel.
Faut-il que ton souvenir meure ?
Réponds ; un siècle est comme une heure
Devant mon regard éternel.
LE SIÈCLE
« — J'ai , dans mes pensers magnanimes ,
» Tout divisé , tout réuni j
« J'ai soumis à mes lois sublimes
» Et l'Immuable et l'Infini ;
» J'ai pesé tes volontés mêmes...
» — Fantôme , arrête ! tes blasphèmes » Troublent mes Saints d'un juste effroi ; » Sors de ton orgueilleuse ivresse ; B Doute aujourd'hui de ta sagesse , » Car tu ne peux douter de moi.
» Fier de tes aveugles sciences , » N'as-tu pas ri , dans tes clameurs , » Et de mon être et des croyances » Qui gardent les lois et les mœurs ? n De la mort souillant le mystère , » N'as-lu pas effrayé la terre » D'un crime aux humains inconnu ?
» Des Rois, avant les temps célestes , » iN'as-tu pas réveillé les restes ?
LE SIÈCLE
» — 0 Dieu ! votre jour est venu !
LA VOIX
» — Pleure , ô Siècle ! D'abord timide ,
ODES
» L'erreur grandit comme un géant ; » L'athée invite au régicide :
» Le chaos est fils du néant.
» .l'aimais une terre lointaine; » Un Roi bon, une belle Reine, « Conduisaient son peuple joyeux; » Je bénissais leurs jours augustes; » Réponds : qu'as lu fait de ces justes?
LE SIÈCLE
» — Seigneur ! je les vois dans vos cieux.
LA VOIX
1 Oui : l'épouvante enfin t'éclaire f » C'est moi qui marque leur séjour » Aux répiouvés de ma colère » Comme aux élus de mon amour.
» Qu'un rayon tombe de ma face , « Soudain tout s'.inime ou s'efface , » Tout nail ou retourne au tombeau.
» Mon souffle, propice ou terrible, » Allume l'incendie horrible , » Comme il éteint le pur tlambeau!
» Que l'oubli muet te dévore.
LE SIÈCLE
» — Seigneur , votre bras s'est levé; » Seigneur , le maudit vous implore !
» Non : tais-toi , Siècle réprouvé !
LE SIÈCLE
» — Eh bien donc ! l'Age qui va naître » Absoudra mes forfaits peut-être » Par des forfaits plus odieux! »
Ici gémit l'humble Espérance , Et le bel Ange de la France De son aile voila ses yeux.
« Va , ma main t'ouvre les abîmes ; » Un siècle nouveau prend l'essor ; » Mais , loin de t'al)soudre , ses crimes , « Maudit ! t'accuseront encor. »
Et comme l'ouragan qui gronde Chasse à grand bruit jusque sur l'onde Le flocon vers les mers jeté , Longtemps la Voix inexorable
Poursuivit le Siècle coupable , Qui tombait dans rÉlernité.
^tft 0n]ièm£.
BUONAPAUTE.
Quand la terre engloutit les cités qui la couvrent ;
Que le vent sème au loin un poison voyageur;
Quand l'ouragan mugit, quand des monts brûlants s'ou-
C'est le réveil du Dieu vengeur. [vrent ,
Et si, lassant enfin les clén.ences célestes,
Le monde à ces signes funestes
Ose répondre en les bravant , Un homme alors, choisi par la main qui foudroie , Des aveugles fléaux ressaisissant la proie ,
Paraît , comme un fléau vivant !
Parfois , élus maudits de la fureur suprême , Entre les nations des hommes sont passés , Triomphateurs longtemps armés de l'anathème , —
Par l'analhème renversés!
De l'esprit de Nemrod héritiers formidables ,
Ils ont sur les peuples coupables
Régné par la flamme et le fer !
Et dans leur gloire impie , en désastres féconde , Ces envoyés du ciel sont apparus au monde ,
Comme s'ils venaient de l'enfer !
Naguère , de lois affranchie ,
Quand la Reine des natious
Descendit de la monarchie ,
Prostituée aux factions ,
On vit , dans ce chaos fétide ,
Naître de l'hydre régicide
Un despote , empereur d'un camp.
Telle souvent la mer qui gronde
Dévore une plaine féconde
Et vomit un sombre volcan.
ODES
D'abord , troublant du Nil les hautes catacombes ; Il vint , chef populaire, y combaltre en courant, Comme pour insulter des (yransdans leurs lombes,
Sous sa tente de conquérant. — 11 revint pour régner sur ses compagnons d'armes.
En vain l'auguste France en larmes
Se promettait des jours plus beaux ; Quand des vieux Pharaons il foulait la couronne, Sourd à tant de néant, ce n'était qu'un grand trône
Qu'il rêvait sur leurs grands tombeaux !
Un sang royal teignit sa pourpre usurpatrice. Un guerrier fut frappé par ce guerrier sans foi. L'anarchie , à Vincenne , admira son complice , —
Au Louvre elle adora son Roi.
Il fallut presque un Dieu pour consacrer cet homme.
Le prêtre-Monarque de Rome
Vint bénir son front menaçant j Car sans doute , en secret effrayé de lui même , Il voulait recevoir son sanglant diadème
Des mains d'oij le pardon descend.
Lorsqu'il veut , le Dieu secourable, Qui livre au méchant le pervers , Brise le jouet formidable Dont il tourmentait l'univers.
Celui qu'un inslant il seconde Se dit le seul maître du monde ; Fier , il s'endort dans son néant ; Enfin , bravant la loi commune , Quand il croit tenir sa fortune , Le fantôme échappe au géant.
Dans la nuit des forfaits , dans l'éclat des victoires , Cet homme, ignorant Dieu qui l'avait envoyé , De cités en cités promenant ses prétoires,
Marchait , sur sa gloire appuyé.
Sa dévorante armée avait , dans son passage ,
Asservi les fils de Pelage ,
Devant les fils de Galgacus; Et quand dans leurs foyers il ramenait ses braves , Aux fêtes qu'il vouait à ces vainqueurs esclaves ,
Il invitait les rois vaincus !
Dix empires conquis devinrent ses provinces. 11 ne fut pas content dans son orgueil fatal. — 11 ne voulait dormir qu'en une cour de princes ,
Sur un trône continental!
Ses aigles , qui volaient sous vingt cieux parsemées
Au Nord , de ses longues armées
Guidèrent l'immense appareil j
Mais là , parut l'écueil de sa course hardie. Les peuples sommeillaient : un sanglant incendie Fut l'aurore du grand réveil!
Il tomba Roi ; — puis , dans sa route ,
Il voulut , fantôme ennemi ,
Se relever , afin sans doute
De ne plus tomber à demi.
Alors , loin de sa tyrannie ,
Pour qu'une effrayante harmonie
Frappât l'orgueil anéanti,
On jeta ce captif suprême
Sur un rocher , débris lui-même
De quelque ancien monde englouti !
Là , se refroidissant comme un torrent de lave , Gardé par ses vaincus , chassé de l'univers , Ce reste d'un tyran , en s'éveillant esclave ,
N'avait fait que changer de fers.
Des trônes restaurés écoutant la fanfare ,
11 brillait de loin comme un phare ,
Montrant l'écueil au nautonnier.
Il mourut. — Quand ce bruit éclata dans nos villes , Le monde respira dans les fureurs civiles ,
Délivré de son prisonnier !
Ainsi l'orgueil s'égare en sa marche éclatante , Colosse né d'un souffle et qu'un regard abat. — 11 fit du glaive un sceptre , et du trône une tente.
Tout son règne fut un combat.
Du fléau qu'il portait lui-même tributaire ,
Il tremblait , prince de la terre ;
Soldat , on vantait sa valeur.
Retombé dans son cœur comme dans un abîme , 11 passa par la gloire, il passa par le crime.
Et n'est arrivé qu'au malheur.
Peuples , qui poursuivez d'hommages Les victimes et les bourreaux , Laissez-le fuir seul dans les âges : — Ce ne sont point là les héros !
Ces faux dieux , que leur siècle encense , Dont l'avenir hait la puissance, Vous trompent dans votre sommeil ; Tels que ces nocturnes aurores Où passent de grands météores , Mais que ne suit pas le soleil.
Mars 1822.