A MES ODES
.... Tentanda via est quâ me quoque possim Tollerehumo, victorque virûm volitare per ora. Virgile.
Mes odes , c'est l'instant de déployer vos ailes. Cherchez d'un même essor les voûtes immortelles ;
Le moment est propice... Allons !
La foudre en grondant vous éclaire ,
Et la tempête populaire
Se livre au vol des aquilons.
Pour qui rêva^ongtemps le jour du sacrifice, Oui, l'heure où vient l'orage est une heure propice;
Mais moi, sous un ciel calme et pur,
Si j'avais , fortuné génie ,
Dans la lumière et l'harmonie
Vu flotter vos robes d'azur ;
Si nul profanateur n'eût touché vos oiFrandes ; Si nul reptile impur sur vos chastes guirlandes N'eût tiaîné ses nœuds tlélrissants;
Si la terre , ù votre passage , N'eût exhalé d'autre nuage Que la vapeur d'un doux encens ;
J'aurais béni la muse et chanté ma victoire.
J'aurais dit au poëte , élancé vers la gloire: « 0 ruisseau ! qui cherches les mers , » Coule vers l'océan du monde » Sans craindre d'y mêler ton onde ; » Car ses flots ne sont pas amers. »
Heureux qui de l'oubli ne fuit point les ténèbres ! Heureux qui ne sait pas combien d'échos funèbres
Le bruit d'un nom fait retentir !
Et si la gloire est inquiète !
Et si la palme dupoëte
Est une palme de martyr !
Sans craindre le chasseur , l'orage ou le vertige , Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige !
Heureux qui ne veut rien tenter !
Heureux qui suit ce qu'il doit suivre !
Heureux qui ne vit que pour vivre ,
Qui ne chante que pour chanter !
Vous ! ô mes chants , adieu ! cherchez votre fumée !
Bientôt , sollicitant ma porte refermée , Vous pleurerez , au sein du bruit, Ce temps où , cachés sous des voiles ,
ODES
Vous éliez pareils aux étoiles Qui ne brillent que pour la nuit ;
Quand , tour à tour , prenant et rendant la balance , Quelques amis , le soir , vous jugeaient en silence ,
Poètes , par la lyre émus ,
Qui fuyaient la ville sonore ,
Et transplantaient les fleurs d'Isaure
Dans les jardins d'Académus.
Comme un anfje , porté sur ses ailes dorées , Vous veniez , murmurant des paroles sacrées ;
Pour abattre et pour relever ,
Vous disiez , dans votre délire ,
Tout ce que peut clianter la lyre,
Tout ce que l'âme peut rêver.
Disputant un prix noble en une sainte arène , Vous laissiez tout l'Olympe aux fils de l'Hippocrène , Rivaux de votre ardent essor; Ainsi que l'amant d'Atalante , Pour rendre leur course plus lente , Vous leur jetiez les pommes d'or.
On vous voyait , suivis de sylphes et de fées , Liant d'anciens faisceaux h nos jeunes trophées, Chanter les camps et leurs travaux , Ou pousser des cris proi»hé(iques , Ou demander aux temps fjolliiques Leurs vieux contes , toujours nouveaux.
Souvent vos lutlis pieux consolaient les couronnes , Et du haut du trépied vous défendiez les trônes;
Souvent , appuis de l'innocent ,
Comme un tribut expialoire ,
Vous mêliez , pour fléchir l'histoire ,
Une larme à des flots de sang.
C'en est fait maintenant , pareils aux hirondelles , Partez; qu'un même but vous retrouve fidèles.
Et moi, pourvu qu'en vos combats
De votre foi nul cœur ne doute ;
Et qu'une âme en secret écoute
Ce que vous lui direz tout bas;
Pourvu, quand sur les flots, en vingt courants contraires. L'ouragan chassera vos voiles téméraires ,
Qu'un seul ami , plaignant mon sort ,
Vous voyant battus de l'orage ,
Pose un fanal sur le rivage ,
S'afflige , et vous souhaite un port ;
D'un œil moins désolé je verrai vos naufrages.
Mais le temps presse, allez! rassemblez vos courages.
11 faut combattre les méchants.
C'est un sceptre aussi que la lyre !
Dieu , dont nos âmes sont l'empire , A mis un pouvoir dans les chants.
Le poète , inspiré lorsque la terre ignore , Ressemble à ces grands monts que la nouvelle aurore Dore avant tous h son réveil , Et qui , longtemps vainqueurs de l'ombre , Gardent jusque dans la nuit sombre Le dernier rayon du soleil.
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