‹ uvres de Victor HugoChapitre 88 sur 599 · A MES ODES · texte numérisé non relu

A MES ODES

.... Tentanda via est quâ me quoque possim Tollerehumo, victorque virûm volitare per ora. Virgile.

Mes odes , c'est l'instant de déployer vos ailes. Cherchez d'un même essor les voûtes immortelles ;

Le moment est propice... Allons !

La foudre en grondant vous éclaire ,

Et la tempête populaire

Se livre au vol des aquilons.

Pour qui rêva^ongtemps le jour du sacrifice, Oui, l'heure où vient l'orage est une heure propice;

Mais moi, sous un ciel calme et pur,

Si j'avais , fortuné génie ,

Dans la lumière et l'harmonie

Vu flotter vos robes d'azur ;

Si nul profanateur n'eût touché vos oiFrandes ; Si nul reptile impur sur vos chastes guirlandes N'eût tiaîné ses nœuds tlélrissants;

Si la terre , ù votre passage , N'eût exhalé d'autre nuage Que la vapeur d'un doux encens ;

J'aurais béni la muse et chanté ma victoire.

J'aurais dit au poëte , élancé vers la gloire: « 0 ruisseau ! qui cherches les mers , » Coule vers l'océan du monde » Sans craindre d'y mêler ton onde ; » Car ses flots ne sont pas amers. »

Heureux qui de l'oubli ne fuit point les ténèbres ! Heureux qui ne sait pas combien d'échos funèbres

Le bruit d'un nom fait retentir !

Et si la gloire est inquiète !

Et si la palme dupoëte

Est une palme de martyr !

Sans craindre le chasseur , l'orage ou le vertige , Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige !

Heureux qui ne veut rien tenter !

Heureux qui suit ce qu'il doit suivre !

Heureux qui ne vit que pour vivre ,

Qui ne chante que pour chanter !

Vous ! ô mes chants , adieu ! cherchez votre fumée !

Bientôt , sollicitant ma porte refermée , Vous pleurerez , au sein du bruit, Ce temps où , cachés sous des voiles ,

ODES

Vous éliez pareils aux étoiles Qui ne brillent que pour la nuit ;

Quand , tour à tour , prenant et rendant la balance , Quelques amis , le soir , vous jugeaient en silence ,

Poètes , par la lyre émus ,

Qui fuyaient la ville sonore ,

Et transplantaient les fleurs d'Isaure

Dans les jardins d'Académus.

Comme un anfje , porté sur ses ailes dorées , Vous veniez , murmurant des paroles sacrées ;

Pour abattre et pour relever ,

Vous disiez , dans votre délire ,

Tout ce que peut clianter la lyre,

Tout ce que l'âme peut rêver.

Disputant un prix noble en une sainte arène , Vous laissiez tout l'Olympe aux fils de l'Hippocrène , Rivaux de votre ardent essor; Ainsi que l'amant d'Atalante , Pour rendre leur course plus lente , Vous leur jetiez les pommes d'or.

On vous voyait , suivis de sylphes et de fées , Liant d'anciens faisceaux h nos jeunes trophées, Chanter les camps et leurs travaux , Ou pousser des cris proi»hé(iques , Ou demander aux temps fjolliiques Leurs vieux contes , toujours nouveaux.

Souvent vos lutlis pieux consolaient les couronnes , Et du haut du trépied vous défendiez les trônes;

Souvent , appuis de l'innocent ,

Comme un tribut expialoire ,

Vous mêliez , pour fléchir l'histoire ,

Une larme à des flots de sang.

C'en est fait maintenant , pareils aux hirondelles , Partez; qu'un même but vous retrouve fidèles.

Et moi, pourvu qu'en vos combats

De votre foi nul cœur ne doute ;

Et qu'une âme en secret écoute

Ce que vous lui direz tout bas;

Pourvu, quand sur les flots, en vingt courants contraires. L'ouragan chassera vos voiles téméraires ,

Qu'un seul ami , plaignant mon sort ,

Vous voyant battus de l'orage ,

Pose un fanal sur le rivage ,

S'afflige , et vous souhaite un port ;

D'un œil moins désolé je verrai vos naufrages.

Mais le temps presse, allez! rassemblez vos courages.

11 faut combattre les méchants.

C'est un sceptre aussi que la lyre !

Dieu , dont nos âmes sont l'empire , A mis un pouvoir dans les chants.

Le poète , inspiré lorsque la terre ignore , Ressemble à ces grands monts que la nouvelle aurore Dore avant tous h son réveil , Et qui , longtemps vainqueurs de l'ombre , Gardent jusque dans la nuit sombre Le dernier rayon du soleil.

0tfe Wcnïxeme.

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