‹ uvres de Victor HugoChapitre 92 sur 599 · LE REPAS LIBRE · texte numérisé non relu

LE REPAS LIBRE

Il y avait à Rome un antique usage :

la veille de l'exCculion des condamnés à mort, on leur donnait, à la porte de la prison, un repas public, appelé le Repas libre,

CUATEAtBRiAND. Les Martyrs.

Lorsqu'à l'antique Olympe immolant l'Évangile , Le préteur, appuyant d'un tribunal fragile

Ses temples odieux , Livide avait proscrit des Chrétiens pleins de joie , Victimes qu'attendaient , acharnés sur leur proie ,

Les tigres et les dieux ;

Rome offrait un festin à leur élite sainte ; Comme si , sur les bords du calice d'absynthe ,

Versant un peu de miel , Sa pitié des martyrs ignorait l'énergie , Et voulait consoler par une folle orgie

Ceux qu'appelait le ciel !

La pourpre recevait ces convives austères ; Le Falerne écumait dans de larges cratères Ceints de myrtes fleuris j

Le miel d'Hybla dorait les vins de Malvoisie ,

Et , dans les vases d'or, les parfums de l'Asie

Lavaient leurs pieds meurtris.

Un art profond , mêlant les tributs des trois mondes , Dévastait les forêts et dépeuplait les ondes

Pour ce libre repas; On eût dit qu'épuisant la prodigue nature , Sybaris conviait aux hanquets d'Épicure

Ces élus du trépas.

Les tigres cependant s'agitaient dans leur chaîne : Les léopards captifs de la sanglante arène

Cherchaient le noir chemin ; Et bientôt , moins cruels que les femmes de Rome , Ces monstres s'étonnaient d'être applaudis par l'homme.

Baignés de sang humain.

On jetait aux lions les confesseurs , les prêtres! Telle une main servile à de dédaigneux maîtres

Offre un mets savoureux.

Lorsqu'au pompeux banquet siégeait leur saint conclave, La pâle mort, debout , comme un muet esclave ,

Se tenait derrière eux.

Orois, comme un festin s'écoule votre vie. La coupe des grandeurs , (jue le vulgaire envie ,

Brille dans votre main ; Mais au concert joyeux de la fête éphémère Se mêle le cri sourd du tigre populaire

Qui vous attend demain !

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