‹ Œuvres de VoltaireChapitre 114 sur 125 · E BOULAINVILLIERS. I · texte numérisé non relu

E BOULAINVILLIERS. I

la guerre aux prêtres et aux moines; je ne veux point établir la vérité par le meurtre, comme ils ont établi Terreur ; mais je voudrais au moins que cette vérité éclairât un peu les hommes , qu'ils fussent plus doux et plus heureux , que les peuples cessassent d'être superstitieux, et que les chefs de l'Église tremblassent d'être persécuteurs.

l'abbé.

Il est bien malaisé (puisqu'il faut enfin m'expliquer) d'ôter à des insensés des chaînes qu'ils révèrent. Vous vous feriez peut-être lapider par le peuple de Paris, si, dans un temps de pluie, vous empêchiez qu'on ne promenât la prétendue carcasse de sainte Geneviève par les rues pour avoir du beau temps.

M. FRÉRET

Je ne crois point ce que vous dites ; la raison a déjà fait tant de progrès, que depuis plus de dix ans on n'a fait promener cette prétendue carcasse et celle de Marcel dans Paris. Je pense qu'il est très aisé de déraciner par degrés toutes les superstitions qui nous ont abrutis. On ne croit plus aux sorciers, on n'exorcise plus les diables; et quoiqu'il soit dit que votre Jésus ait envoyé ses apôtres précisément pour chasser les diables ', aucun prêtre parmi nous n'est ni assez fou ni assez sot pour se vanter de les chasser; les reliques de saint François sont devenues ridicules, et celles de saint Ignace, peut-être, seront un jour traînées dans la boue avec les jésuites eux-mêmes. On laisse, à la vérité, au pape le duché de Fcrrare

* MaUhieu , cb. x , v. x; Mtrc, ch. m, w. i5; Liic, ch. u , v. i.

Page 1