‹ Œuvres de VoltaireChapitre 24 sur 125 · ET PARTICULIÈREMENT DE PAUL · texte numérisé non relu

ET PARTICULIÈREMENT DE PAUL

apôtres, et qu'il veut remporter sur eux pour avoir été plus repris de justice et plus fouetté qu'eux?

La fureur de la domination ne paraît-elle pas dans toute son insolence, quand il dit aux mêmes Corinthiens : « Je viens à vous pour la troisième fois ; je «^jugerai tout par deux ou trois témoins; je ne parer donnerai à aucun de ceux qui ont péché, ni aux « autres ? » IP épître, chap. xiii '.

A quels imbéciles et quels cœurs abrutis de la vile populace écrivait- il ainsi en maître tyrannique? à ceux auxquels il osait dire qu'il avait été ravi au troisième ciel. Lâche et impudent imposteur! où est ce troisième ciel dans lequel tu as voyagé? est-ce dans Vénus ou dans Mars? Nous rions de Mahomet quand ses commentateurs prétendent qu'il alla visiter sept cieux tout de suite dans une nuit. Mais Mahomet au moins ne parle pas dans son jilcoran d'une telle extravagance qu'on lui impute ; et Paul ose dire qu'il a fait près de la moitié de ce voyage !

Quel était donc ce Paul qui fait encore tant de bruit, et qui est cité tous les jours à tort et à travers? Il dit qu'il était citoyen romain^; j'ose affirmer qu'il ment impudemment. Aucun Juif ne fut citoyen romain que sous les Décius et les Philippe. S'il était de Tarsis ^, Tarsis ne fut colonie romaine, cité romaine, que plus de cent ans après Paul. S'il était de Giscale, comme le dit Jérôme, ce village était en Galilée; et jamais les Galiléens n'eurent assurément l'honneur d'être citoyens romains.

> 1-9. B. — > Actes, XVI, 37. B. — ^ Voyez tome XXTI, pige 5oo. B. MiLAVoms. VII. 7

qS CHAP. xn. DE LA. SECTE CHRÉTtBNN£,

Il fut élevé aux pieds de Gamalîel^, c'est-à-dire qu'il fut domestique de Gamaltel. Eo effet, on remarque qu'il gardait les maateaux' de ceux qui lapidèrent Etienne , ce qui est l'emploi d'un valet, et d'un valet de bourreau. Les Juifs picLeudîrenE qu'il voulait épouser la fille de Gamaliel. On voit quelque trace de cette aventure dans l'ancien livre qui contient l'histoire de Tliècle. Il n'est pas étonnant que la fille de Gamaliel n'ait pas voulu d'un petit valet chauve , dont les sourcils se joignaient sur un nez difforme, cl qui avait les jambes crochues: c'est ainsi que les Actes de Thècle le dépeignent. Dédaigné par Gamaliel et par sa fille, comme il méritait de l'èlre, il se joignità la secle naissante de Céphas, de Jacques, de Matthieu, de Barnabe, pour mettre le trouble chez les Juifs,

Pour peu qu'on ait une étincelle de raison, on jugera que cette cause de l'apostasie de ce malheureux Juif est plus niiturelle que celle qu'on lui attribue. Comment se pcrsuadera-t-on qu'une lumièie céleste l'ait fait tomber de cheval en plein midi, qu'une voix céleste se soit fait entendre à lui, que Dieu lui ail^ dit: « Saul, Saul , pourquoi me persécutes-tu?» Ke rougit-on pas d'une telle sottise?

Si Dieu avait voulu empêcher que les disciples de Jésus ne fussent perséculés, n"aurail-il point parlé aux princes de la nation plutôt qu'à un valel de Gamaliel? en ont-ils moins été châtiés depuis que Saul tomba de cheval? Saul Paul ne fut-il pas cliàlié luimême? à quoi bon ce ridicule miracle? Je prends le

£T PARTICULliREMENT DE PAUL. 99

ciel et la terre à témoin ( s'il est permis de se servir de ces mots impropres, le ciel et la terre) qu'il n'y a jamais eu de légende plus folle , plus fanatique, plus dégoûtante , plus digne d'horreur et de mépris *.

Des évangiles.

Dès que les sociétés de demi-juifs demi-chrétiens se furent insensiblement établies dans le bas peuple à Jérusalem , à Antioche, à Éphèse, à Corinthe, dans Alexandrie, quelque temps après Yespasien, chacun de ces petits troupeaux voulut faire son Évangile, On en compta cinquante-quatre % et il y en eut beaucoup davantage. Tous se contredisent, comme on le sait, et cela ne pouvait être autrement, puisque tous étaient forgés dans des lieux différents. Tous conviennent seulement que leur Jésus était fils de Maria ou Mirja, et

* Ce qu'il fiiat, ce me semble , remarquer avec soin dans ce Jaif Paul , c^est qu*il ne dit jamais que Jésus loit Dieu. Tous les honneurs possibles , il les lui donne, mais le mot de Dieu n*est jamais pour lui. U a été prédestiné dans VÉp&rt aux Romains, ch. i. H veut qu'on ait la paix avee Dieu , par Jésus, ch. ▼. Il compte sur la grâce de Dieu par un seul homme qui est Jésus. Il appelle tes disciples héritiers de Dieu , et cohéritiers de Jésus, même chapitre. U n'y a qu'un seul Terset dans tous les écrits de Paul où le mot de Dieu pourrait tomber sur Jésus; c'est dans cette Épùre aux Romains, ch. n. Mais Érasme et Grotius ont prouvé que cet endroit est fiilsifié et mal interprété. En effet, il serait trop étrange que Paul, reconnaissant Jésus pour Dieu, ne lui eût donné ce nom qu'une seule fois. C*eât été alors un blasphème.

Pour le mot de Trinité, il ne se trouve jamais dans Paui, qui cependant est Ttpuràé comme le fondateur du christianisme. 1791.

■Toyei, tome XLY, la CoileeHon sPaneiens évangiles. B.

■ ou CHAP. Xlll. DES EVANGILES.

qu'il fut pendu: et tous lui attribuent d'ailleurs autant de prodiges qu'il y en a dans les Métamorphoses d'O vide- Luc lui dresse une généalogie absolument différente de celle que Mallliieu lui forge ; et aucun d'eux ne songe à faire la généalogie de Marie, de laquelle seule on le fait naîti-e. L'euthousiaste Pascal s'écrie : « Cela ne s'est pas fait de concert, n Non , sans doute, chacun a écrit des extravagances à sa fantaisie pour sa petite société. De là vient qu'un évangéllste prétend que le petit Jésus fut élevé en Egypte; un autre dit qu'il fut toujours élevé à Bethléem ; celui-ci le fait aller une seule fois à Jérusalem, celui-là trois fois. L'un fait arriver trois niagos que nous nommons les trois rois, conduits par une étoile nouvelle, et fait égorger tous les petits enfants du pays par te premier Hérode, qui était alors près de sa fin*. L'autre passe sous silence et l'étoile, et les mages, et le massacre des innocents.

On a élé obligé enQn, pour expliquer cette foule de contradictions , de faire une concordance ; et cette concordance est encore moins concordante que ce qu'on a voulu concorder. Presque tous ces Évangiles^

bien que le coule lirs Iroïi mages cauiluils |i«r une éloile. CuiiiinvDt Hérode, qui 5e DiuiiraiL alurs. pouiait-il craindre que le fili d'un charpentier, qui veDaïl de iiailredani na village, ledélràuilî>HérodeTeHailsoarDi«Bunic du Romaiiu. U aurai) donc fallu qut cet eafnat vdl [ail la ^erre à I'em|iirt'. Vae [elle craiiilf peut- elle tomber daus la Ule d'uu Lomnie qui n'est pai absoluineiil fou P Eit-il pouible qu'an ail proposé à la crédiililé humaine de parriltes b£IiHs qui sont ai au-deuous de Hobett le diabU el de Jraii de Parii? L'homme eitdonc uoe espèfe bieo niépriuble. puiiqu'elle est ainsi )^uternée. i77r.

ClIAP. XIII. DES EVANGILES. lOI

que les chrétiens ne communiquaient qu'à leurs petits troupeaux, ont ëtë visiblement forgés après la prise de Jérusalem : on en a une preuve bien sensible dans celui qui est attribué à Matthieu. Ce livre* met dans la bouche de Jésus ces paroles aux Juifs : (X Vous rendrez compte de tout le sang répandu dece puis le juste Âbel jusqu'à Zacharie, fils de Barachie, « que vous avez tué entre le temple et l'autel. »

Un faussaire se découvre toujours par quelque en-* droit. Il y eut , pendant le siège de Jérusalem , un Za-* charie, fils d'un Barachie^, assassiné entre le temple et l'autel par la faction des zélés. Par là l'imposture est facilement découverte; mais pour la découvrir alors, il eût fallu lire toute la Bible. Les Grecs et les Romains ne la lisaient guère : ces fadaises et les És^an^ giles leur étaient entièrement inconnus ; on pouvait mentir impunément.

Une preuve évidente que VÉuangUe attribué à Matthieu n'a été écrit que très long-temps après lui , par quelque malheureux demi-juif demi-chrétien helléniste, c'est ce passage fameux: « S'il n'écoute pas « l'Église^, qu'il soit à vos yeux comme un païen et a un publicain.» Il n'y avait point d'Église du temps de Jésus et de Matthieu. Ce mot église est grec. L'assemblée du peuple d'Athènes s'appelait ecclesia. Cette expression ne fut adoptée par les chrétiens que dans la suite des temps, quand il y eut quelque forme de gouvernement. Il est donc clair qu'un faussaire prit le nom de Matthieu pour écrire cet Éi^angile eu très

■ BfaUhien , uni, 3S. B. — * Und. B. — ^ Matt., iviii ,17. B.

I03 CHAP. XIII. DBS ETAHGILES.

mauvais grec. J'avoue qu'il serait assez comique que Matthieu , qui avait été publicaîu , comparât les païens aux publicains. Mais quel que soit l'auteur de cette comparaison ridicule, ce ne peut être qu'un écervelé de la boue du peuple qui regarde ua chevalier romain, cliargé de recouvrer les impôts établis par le gouvernement, comme un homme abominable. Cette idée seule est destructive de toute administration , et non seulement indigne d'un homme inspiré de Dieu, mais indigne du laquais d'un honnête citoyen.

Il y a deux Évangiles de l'enfance ' : le premier nous raconte qu'un jeune gueux donna une tape sur le derrière au petit Jésus son camarade, et que le petit Jésus le fit mourir sur-le-champ, xaî irapayp^fjict TTEcwv àireflavîv. Une autre fois il fesait des petits oiseaux de terre glaise, et ils s'envolaient. La manière dont il apprenait son alphabet était encore tout-àfaît divine. Ces contes ne sont pas plus ridicules que ceux de l'enlèvement de Jésus par le Diable, de la tran.sfigu ration sur le Thabor, de l'eau changée en vin, des diables envoyés dans un troupeau de cochons. Aussi cei Évangile de l'enfance fut long-temps en vénération.

Le second livre de l'enfance n'est pas moins curieux. Marie, emmenant son fils en Egypte, rencontre des filles désolées de ce que leur frère avait été changé en mulet : Marie et le petit ne manquèrent pas de rendre à ce mulet sa forme d'homme, et l'on ne sait si ce malheureux gagna au maiché. Chemio

''Sayti,loaa'iX4S,\tColUciie»d'aiieaiuivaiigU*i. B.

GHAP. XIII. DBS liVANGILES. Io3

fesanty la famille errante rencontre deux voleurs, Tun nommé Dumachus, et l'autre Titus*. Dumachus voulait absolument voler la Sain te- Vierge, et lut faire pis. Titus prit le parti de Marie, et donna quarante drachmes à Dumachus, pour l'engager à laisser passer la famille sans lui faire de mal. Jésus déclara à la Sainte-Vierge que Dumachus serait le mauvais larron, et Titus le bon larron; qu^ils seraient un jour pendus avec lui, que Titus irait en paradis, et Dumachus à tous les diables.

Y! Évangile selon saint Jacques, frère aîné de Jésus, ou selon Pierre Barfoney Évangile reconnu et vanté par TertuUien et par Origène , fut encore en plus grande recommandation. On l'appelait /^ro/^t^a/zgelion, premier Évangile. C'est peut-être le premier qui ait parlé de la nouvelle étoile, de l'arrivée des mages , et des petits enfants que le premier Hérode fit égorger.

Il y a encore une e^èce SÉi^angile ou S Actes de Jean, dans lequel on fait danser Jésus avec ses apôtres la veille de sa mort ; et la chose est d'autant plus vraisemblable, que les thérapeutes étaient en effet dans l'usage de danser en rond , ce qui doit plaire beaucoup au père céleste^.

Pourquoi le chrétien le plus scrupuleux rit-il au-

* YoOà de ptaisants noms poar des Égyptiens. 1771.

^ n n*est 'point dit dans Saint Matthieu que Jésos -Christ dansa arec sea apôtres, mais il est dit dans Stûnt Matthieu, cb. xxti , v. 3o: « Ib chanté- « rent un hymne , et allèrent au mont Olivet »

Il est Trai que dans cet hymne on trouTe oe couplel : « Je Teuz chanter, « dansez tons de joie. » Ce qui frit voir qa*en effet on mêla la danse an chant,

I04 CHAP. Xlll. DES ÉVANGILES.

jourd'hui sans remords de tous ces Éi^angiles, de tous ces jéctes, qui ne sont plus dans le canon, et n'ose-t-il rire de ceux qui sont adoptés par l'Église? Ce sont à peu près les mêmes contes ; mais le fanatique adore sous un nom ce qui lui paraît le comble du ridicule sous un autre.

Enfin , on choisit quatre Éi^angiles ; et la grande raison, au rapport de saint Irénée, c'est qu'il n'y a que quatre vents cardinaux ; c'est que Dieu est as^is sur les chérubins, et que les chérubins ont quatre formes. Saint Jérôme ou Hiéronyme, dans sa préface sur Y Évangile de Marc , ajoute aux quatre vents et

comme dans toutes les cérémonies religieuses de ce temps-là. Saint Augustin rapporte cette chanson dans sa Lettre à Cérétius.

Il est fort indifférent de savoir si en effet cette chanson rapportée par Augustin fut chantée ou non ; la iroici :

J« Tenx délier, et je Teax élre délié.

Je veax seaTer, et je reas être leavé.

Je Tcox engendrer , et je Teox être engendré.

Je Teox chanter» danses tons de joie.

Je Teoz pleurer, frappex-rons loo* de donlear.

Je veux orner , et je reox être orné.

Je soû la lampe poar voo* ^i me to jex.

Je auis la porte poar rona qni 7 frappée.

▼ou qui TO jei ce <[ne je fais , ne dites point ce qoe je Cils.

J'ai joaé tout cela dans ce discours , et je n'ai point da toat été joué.

Toilà une étrange chanson ; elle est peu digne de l'Être suprême. Ce petit cantique n'est autre chose que ce qu'on appelle du persiflage en France , et du nonsense chez nous. Il n*est point du tout prouvé que Jésus ait chanté après avoir fait la pâque ; mais il est prouvé, par tous les Évangiles, qu*ii fit la pâque à la juive, et non pas à la chrétienne. Et nous dirons ici en passant ce que milord Bolingbroke insinue ailleurs , qu'un ne trouve dans la vie de Jésus-Christ aucune action, aucun dogme, aucun rite, aucun discours qui ait le moindre rapport au christianisme d'aujourd'hui, et encore moins au christianisme de Rome qu*à tous les autres. — Toute cette note est de X 771, sauf la première phrase du dernier alinéa qtii fut ajoutée en 1 775. Voltaire cite encore ailleurs la chanson rapportée par saint Au* gustinj voyez tome XXVI, pages 94-95. B.

CHAP. XIII. DES EVANGILES. lo5

aux quatre animaux, les quatre anneaux qui servaient aux bâtons sur lesquels on portait le coffre appelé Tarche.

Théophile d'Antioche prouve que le Lazare ayant été mort pendant quatre jours, on ne pouvait conséquemment admettre que quatre Évangiles. Saint Cyprien prouve la même chose par les quatre fleuves qui arrosaient le paradis terrestre. Il faudrait être bien impie pour ne pas se rendre à de telles raisons.

Mais avant qu'on eût donné quelque préférence à ces quatre És^angiles^ les Pères des deux premiers siècles ne citaient presque jamais que les Éi^angiles nommés aujourd'hui apocryphes. C'est une preuve incontestable que nos quatre Éi^angiles ne sont pas de ceux à qui on les attribue.

Je veux qu'ils en soient; je veux, par exemple, que Luc ait écrit celui qui est sous son nom. Je dirais à Luc : Comment oses-tu avancer que Jésus naquit sous le gouvernement de Cyrinus ou Quirinus, tandis qu'il est avéré que Quirinus ne fut gouverneur de Syrie que plus de dix ans après? Comment as-tu le front de dire qu'Auguste avait ordonné le dénombrement de toute la terre ^ et que Marie alla à Bethléem pour se faire dénombrer ? Le dénombrement de toute la terre ! Quelle expression ! Tu as ou! dire qu'Auguste avait un livre de raison qui contenait le détail des forces de l'empire et de ses finances ; mais un dénombrement de tous les sujets de l'empire ! c'est à quoi il ne pensa jamais; encore moins un dénombrement de la terre entière; aucun écrivain romain ou grec ou barbare n'a jamais dit cette extravagance. Te voilà

lo6 CH&P. xm. DES iVA:rGILES.

donc convaincu par toi-même du plus énorme mensonge ; et il fiiudra qu'on adore ton livre !

Mais qui a fabriqué ces quatre Évangiles ? n'est-il pas très probable que ce sont des chi-etiens bellénistes, puisque Vjncien Testament n'y est presque jamais cité que suivaut la version des Septante , version Inconnue en Judée? Les apôtres ne savaient pas plus le grec que Jésus ne l'avait su. Comment auraient-ils cité les Septante? Il n'y a que le miracle de la Pentecôte qui ait pu enseigner le grec à des Juifs Ignorants.

Quelle foule de conlvariétés et d'impostures est restée dans ces quatre Éi-angi/es! n'y en eût-il qu'une seule, elle suffirait pour démontrer que c'est un ouvrage de ténèbres. N'y eût-il que le conte qu'on trouve dans Luc, que Jésus naquit sous le gouvernement de Cyrinus, lorsque Auguste fit faire le dénombrement de tout l'empire, cette seule fausseté ne suflirait-elle pas pour faire jeler le livre avec mépris? i° Il n'y eut jamais de tel dénombrement, et aucun auteur n'en parle, a" Cyrinus ne fut gouverneur de Syrie que dix ans après l'époque de la naissance de ce Jésus. Autant de mots, autant d'erreurs dans les Évangiles. Et c'est ainsi qu'on réussit avec le peuple.

Comment [es premiers chréliena se conduisirent avec les Romaia Is forgèrenl des vers aUribués aux sibylles, etc.

Des gens de bon sens demandent comment ce tissu de fables qui outragent si platement la raison, et de

GOUDUITE DES CHBBTIEITS, ETC. JO7

blasphèmes qui imputent tant d'horreurs à la Divinité, put trouver quelque créance. Ils devraient en effet être bien étonnés si les premiers sectaires chrétiens avaient persuadé la cour des empereurs et le sénat de Rome; mais une canaille abjecte s'adressait à une populace non moins méprisable. Cela est si vrai, que l'empereur Julien dit dans son discours aux christicoles ' : « C'était d'abord assez pour vous de séduire « quelques servantes , quelques gueux comme Corce neille et Serge. Qu'on me regarde comme le plus ef- «cfronté des imposteurs, si parmi ceux qui embras- (c sèrent votre secte sous Tibère et sous Claude, il y a « eu un seul homme de naissance ou de mérite*. »

* Voyei, tooie XLV, le Discours de rempereur Julien. B.

* Il est étnnge que l'emperear Julien ait appelé Sergius un homme de nétnt, un gueux, n faut qu'il eût lu avec peu d'attention \e%Épangiies, ou qu'il manquât de mémoire dans ce moment , ce qui est assez commun à ceux qui, étant chargés des plus grandes affaires, veulent encore prendre sur eux le iaideau de la conirovene. Il se trompe, et les Actes des Apôtres, qu*ii réfute, se trompent évidemment aussi. Sergius n'était ni un homme de néant, comme le dit Julien, ni proconsul, ni gouverneur de Chypre, comme le disent les Actes [xiii, 7].

Il n'y avait qu'un proconsul en Syrie dont l'ile de Chypre dépendait, et c'était ce proconsul de Syrie qui nommait le propréteur de Chypre. Mais ce propréteur était toujours un homme considérable.

Peut-être l'empereur Julien veut-il parler d'un autre Sergius , que les Actes des Apôtres auront maladroitement transformé en proconsul on en propréteur. Ces Actes sont une rapsodie informe, remplie de contradictions, comme tout ce que les Juifs et les Galiléens ont écrit.

Us disent que Paul et Barnabe trouvèrent à Paphos un Juif magicien , nommé Bar- Jéso , qui voulait empêcher le prot^réteur Sergius de se faire chrétien ; c'est au chap. xiii. Ensuite ils disent que ce BarJcsu s'appelait Élymas, et que Paul et Barnabe le rendirent aveugle pour quelques jours, et que ee miracle détermina le proprétenr à se frire chrétien. On sent assex k valenr d'un pareil conte. On n'a qu'à lire le discours que tient Paul à ce Seigins , pour voir que Sergius n'aurait pu y rien comprendre.

Ce chapitre 6nit par dire que Paul et Barnabe furent chassés de l'Ile de

Iu8 CHAP. XIV, CONDOITE DES CHnÉTtEirS

Les premiers raisonaeurs chrétiens disaient donc dans les carrefours et dans les auberges, aux païens qui se mêlaient de raisonner : Ne so^ez point effarouchés de nos mystères : vous recourez aux expiations pour vous [jurger de vos crimes : nous avons une expiation bien plus salutaire. Vos oracles ne valent pas les nôtres; et pour vous convainci-e que notre secte est la seule honae, c'est que vos propres oracles ont prédit tout ce que nous vous enseignons, et tout ce qu'a fait notre Seigneur Jésus-Christ, N'avezvous pas entendu parler dt's sibylles? Oui , répondent les (lisputeurs païens aux disputciirs galitéens; toutes les sibylles ont été inspirées par Jupiter même; leurs prédictions sont toutes véritables. Eh bien , repartent les galiiéens, nous vous montrerons des vers de sibylles qui annonceni clairement Jésus-Clirist, et alors il faudra bien vous rendre.

Aussitôt les voilà qui se mettent à forger les plus mauvais vers grecs qu'on ait jamais composés, des vers semblables à ceux de notre Grub-street, de Blackmore, et de Cibson.Ilsles attribuent aus sibylles; et pendant plus de quatre cents ans ils ne cessent de fonder le cliristianisnie sur cette preuve, qui était

Cliypre. CommeulceStrgiiii, qui éUiil In ni»i Ire, les aurait -i! laîtsé dwswr s'il atiil FinbraMi- leur tcllgioo f Mail comiuent ïUïsi ce Sergiui, sjaal la principale (lignilc clan; l'ile. el par «iiii«|iieul n'élaul paiul un imbécile . se Mrail-il fait chrétieu tout d'un coup-'

Tous «s Contei Ja Tonneau ne H>nt-ih pu d'une sbaurdicc palpibU?

RenurquoQi aurloul que Jésui, dîna les AcItsJtt Apôlni, el dans tous les dismurs de Paul, a'eti jamaii reprdé queromme un homme, el qu'il n'j a pas un seul (exteaulhenlique où il loil queirion de sa prcteoducditi. nilr. ij;!. — VuycipiigïSS, B.

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