‹ Œuvres de VoltaireChapitre 23 sur 125 · CHAP. X. DE LA PEKSOHHE · texte numérisé non relu

CHAP. X. DE LA PEKSOHHE

Tous ces miracles semblent faits par nos charlatans de SmithBcIds. Notre Toland et notre Woolston les oui lr;iit('s roniinc ils le méritcnl. l.c plus Iteaii di' tous, à mon gré, psI celui par lequel Jésus envoie le diublc dans le corps de deux mille cochous ', dans un pays où il n'y avait point de codions.

Après cette belle équipée on fait prêcliei- Jésus dans les villages. Quels discours lui fait-on tenir? Il compare te royaume des cieux à un grain de moutarde, à un morceau de levain mêlé dans Irois mesures de farine, à un filet avec lequel on pêche de bon et de mauvais poisson, à un roi qui a tué ses volailles pour les noces de son fils, et qui envoie ses domestiques prier les voisins à la noce. I^s voisins tuent les gens qui viennent les prier à dîner; le roi tue ceux qui ont tué ses gens, et brûle leurs villes; il envoie prendre les gueux qu'on rencontie sur le grand chemin pour venir dîner avec lui. Il aperçoit un pauvre convive cgui n'avait point de robe, et au lieu de lui en donner une, il le fait jeter dans un cachot. Voilà ce que c'est que le royaume des cieux selon Matthieu.

Dans les autres sermons, le royaume des cieux est toujours comparé à un usurier qui veut absolument avoir cent pour cent de bénéfice. On m'avouera que notre archevêque Tiliolson ' prêche dans un autre goût.

Par oit finit l'histoire de Jésus, par l'aventure qui est arrivée chez nous et dans le reste du momie à bien des gens qui ont voulu ameuter la populace, sans être

' Hilt, *iii; M»c, t; Idic. vni. P..

■ Vu}«I loinv TlI,(UEeS;Xi:\IV,]Xv; XLII, l7.i.4iJ- ti.

assez habiles, ou pour armer cette populace , ou pour se faire de puissants protecteurs ; ils fiDissent la plupart par être pendus. Jésus le fut en effet pour avoir appelé ses supérieurs races de vipères' et sépulcres blanchis^. Il fut exécuté publiquement, mais il ressuscita en secret. Ensuite il monta au ciel ^ en présence de quatre-vingts de ses disciples', sans qu'aucune autre personne de la Judée le vît monter dans les nuées ; ce qui étr.k pourtant fort aisé à voir, et qui aurait fait dari^ le monde une assez grande nouvelle. ' ' Notre symbole, que les papistes appellent le Credo, symbole attribué aux apôtres, et évidemment fabriqué plus de quatre cents ans après ces apôtres, nous apprend que Jésus, avant de monter au ciel, était allé faire un tour aux enfers. Vous remarquerez qu'il n'en est pas dit un seul mot dans les Évangiles , et cependant c'est un des principaux articles de la foi des christicoles; on n'est point chrétien si on ne croit pas que Jésus est allé aux enfers.

Qui donc a imaginé le premier ce voyage ? Ce fut Athanase, environ trois cent cinquante ans après; c'est dans son traité contre Apollinaire, sur l'incarnation du Seigneur, qu'il dit que l'ame de Jésus descen-

* Matt., %ti, 34. B, — *Marc, xxixi , 97. B. — 3 Actes, x, 9, 10. B.

* Monter au ciel en ligne perpendiculaire, pourquoi pas en ligne horilontale ? Monter est contre les règles de la gravilation. Il pouvait raser rhorizon, et aller dans Mercure, on Vénus, ou Mars, ou Jupiter, ou Saturne, oi| quelque étoile, ou la lune, si Ton de ces astres te couchait alors. QoeDe sottise que ces mots aller au ciel, descendre du ciel! comme si nous étions le centre de tous les globes, comme si notre terre n*étail pas Tune des planètes qui roulent dans l'étendue autour de tant de soleils, et qui entrent dans la composition de cet uniTcrs, que nous nommons le ciel si mal à propos. 1771.

gu CHAP. X. UE I.A HFKSOHHE

dit en euivr, tandis que son corps était dans le sépulcre. Ces paroles sont dignes d'attention, et font voir avec quelle sagacité et quelle sagesse Athaaase raisonnait. Voici ses propres pat'olt-s:

« U failarl qu'après sa nioi-l ses parties essentieileu meut diverses eussent diverses foncliuiis; i|ui! son Il corps reposât daus le sépiilere pour <létruii'e la cor- " ruplion , et que son ame allât au\ enfers pour vaina cre [a mort. »

[/Africain Augustin est du sentiment d'Athanase dans une lettre qu'il écrivit a Evode : Qms ergo nisi injîr/elù ni'gaverit fuisse apudinjeros Ckristum? Jérôme, son coiilempurain, fut à peu près du même avis; et ce fut du Iwnps d'Augustin et de Jérôme que l'on composa ce symbole, ce Credo, qui passe chez les ignorants pour le syinlioie des apoirea'.

Ainsi s'établissent les opinions, tes croyances, les sectes. Mais comment ces détestables fadaises outelles pu s'accréditer? comment ool-elles renversé les autres fadaises des Orecv, et des Romains, et enfin l'empire même? comment ont-elles causé tant de maux,

I, iMteur, cfu'on a'osa pu imaginer d'ilunl Uni dcficliotu révallautes. Quelquesadtictviiljdu Juif Jè>ui9e«>nlFnlral,[lius i« coininr'DCeaieiits , de dire que c'êUir lin lioniaie de liien icjiifleaieal cruoifîé, romnir drpuii aoui aïons, uoiis tl iesaiilrei rlirélient. uiiuinp UDt d'hamimn vurlueua. Puis an Vcnhnrdil ; ou dm* écrire que Dum l'a res- Hucité. Bivnlût aprèa on bil h légende. L'uu lujipute qu'il e>t allé 4U del et 1111 Kofer* : l'iiilrr dit qu'il lieiidrd juger les viianl5 el lu morlt dani la nllé« de Joujihal ; eoEn on eii tait un Dieu. On Tnit trais dieux. On [hiumc le lopbitme just|u'i dire que eeJ iToi» diejin n'en font qu'un. De eus trois dieui on rn mange un . et on en boit un ; on le rend en urine el en tnalière fécale. On persécute, on brille, on roue eeiix qui oient ces hnrTriirs;el IDUl eeU, pour que tel el tel jouisseul «ii Angleterre de dU mille piw» d'or lie rente, et qu'ils eu aient birn davautagi' dan^ d'autres jiajs. 1771.

tant de guen'es civiles, allumé tant de bAchers, et fait couler tant de saug? C'est de quoi nous rendrons un compte exact.

Quelle idée il faut se former de Jésus et de ses disciples.

Jésus est évidemment un paysan grossier de la Judée, plus éveillé, sans doute, que la plupart des habitants de som canton. Il voulut, sans savoir, à ce qu'il parait, ni lire ni écrire, former une petite secte pour l'opposer à celles des récabites, des judaites, des thérapeutes, des esséniens, des pharisiens, des saduréens, des hérodiens; car tout était secte chez les malheureux Juifs, depuis leur établissement dans Alexandrie. Je l'ai déjà comparé à notre Fox^, qui était comme lui un ignorant de la lie du peuple, prêchant quelquefois comme lui une bonne morale, et prêchant surtout l'égalité qui flatte tant la canaille. Fox établit comme lui une société qui s'écarta peu de temps après de ses principes, supposé qu'il en eût. La même chose était arrivée à la secte de Jésus. Tous deux parlèrent ouvertement contre les prêtres de leur temps; mais les lois étant plus humaines en Angleterre qu'en Judée, tout ce que les prêtres purent obtenir des juges, c'est qu'on mit Fox au pilori; mais

I Ce chapitre n'était. pas dans les éditions de Kehl. Il me fut communiqué en manuscrit , et je le croyais inédit lonque je le publiai en 1 8 1 8. Depuis je Tai trouvé dans l'édition de 1776, dont j*ai parlé dans ma note, p. 4i- B.

* Voyei page Si. B.

93 CHAP. XI. DF. Li SECTE CHRETIENNE,

les prêtres juifs forcèrent le président Pîlate à faire fouetter Jésus, et à le faire pendre à une potence en forme de croix , comme un coquin d'esclave. Cela est barbare ; chaque nation a ses mœurs. De savoir si on lui cloua les pieds et les mains, c'est ce dont il faut peu s'embarrasser. Il est, ce me semble, assez difficile de trouver sur-le-champ uo clou assez long pour percer deux pieds l'un sur l'autre, comme on le prétend; mais les Juifs étaient bien capables de cette abominable atrocité.

I^es flisciples demeurèrenl aussi attaches à leur patriarche pendu que les quakers l'ont été à leur patriarche pilorié. IjPS voilà qui s'avisent, au bout de quelque temps, de répandre le bruit que leur maître est ressuscité en secret. Cette imagination fut d'autant mieux reçue chez les confrères, que c'était précisément le temps de la grande querelle élevée entre tes sectes juives, pour savoir si la résurrection était possible ou non. I^e platonisme, qui était fort en vogue dans Alexandrie, el que plusieurs Juifs étudièrent, secourut bientôt la secle naissante; et de là tous les mystères, tous les dogmes absurdes dont elle fut farcie. C'est ce que nous allons développer.

De l'itabliMciDent de U »<

Quand les premiers Galiléens se répandirent parmi ta populace des Grecs et des Romains, ils trouvé-

ET PARTIGULlèREMfiIfT DE PADL. qS

rent cette populace infectée de toutes les traditions absurdes qui peuvent entrer dans des cervelles ignorantes qui aiment les fables; des dieux déguisés en taureaux, en chevaux, en cygnes, en serpents, pour séduire des femmes et des filles. Les magistrats, les principaux citoyens, n'admettaient pas ces extravagances; mais la populace s'en nourrissait, et c'était la canaille juive qui parlait à la ciinaille païenne. Il me semble voir chez nous les disciples de Fox disputer contre les disciples de Brown '. Il n'était pas difficile à des énergumènes juifs de faire croire leurs rêveries à des imbéciles qui croyaient des rêveries non moins impertinentes. L'attrait de la nouveauté attirait des esprits faibles, lassés de leurs anciennes sottises, et qui couraient à de nouvelles erreurs, comme la populace de la foire de Barthélcmi', dégoûtée d'une ancienne farce qu'elle a trop souvent entendue, demande une farce nouvelle.

Si Ton en croit les propres livres des christicoles , Pierre, fils de Jone, demeurait à Joppé, chez Simon le corroyeur, dans un galetas où il ressuscita la couturière Dorcas.

Voyez le chapitre de Lucien, intitulé PhilopcUriSy dans lequel il parle de ce Galiléen^ au front chauve

> Étéquc de Cork, dont ii est parlé tome XX Vn, page 400. B.

* Bartholomew-iair, où il y a encore des chariatani et des astrologues.

^ n est fort douteux que Lucien ait tu Paul, et même qu'il soit l'auteur du chapitre intitulé Phili^atris, Cependant il se pourrait bien faire que Paul, qui vivait du temps de Néron , eût encore vécu jusque sous Trajan» temps auquel Lucien commença, dit-on, i écrire.

On demande comment ce Pftul put rénssir à former une tecte avec son

94 CHAP. XII. DE Lk SECTE CHBÊTIBBNE,

et au grand net, qui fut enlevi au troisième ciel. Voyez comme îl traite une assemblée de chrétiens où il se trouva. Nos presbytériens d'Ecosse, et les gueux de Saial-Médard de Paris, sont précisément la même cho»>e. Des hommes dégueniliés, presque nus, au l'égard farouche, à ta démarche d'eiiergumènes, poussant des soupii's, fêlant des contorsions, jurant par le fils qui est sorti du père , prédisaient mille malheun à l'empire, blasphémaient contre l'empereur. Tels étaient ces premiers chrétiens.

Celui ({ui avait donné le plus de vogue à la secte, était ce Paul au grand nez et au front chauve, dont Lucien se mocjue. Il suffit, ce me semble, des écrits de ce Paul, pour voir combien Lucien avait raison. Quel galimatias quand il écrit à la sociélé des chrétiens qui se formait à Itome dans la fange juive ! h I^ a circoncision vous est profitable ' si vnus observez la u loi; mais si vous êtes prévaricateurs de la loi, votre 'I circoncision devient prépuce, elc.,,, Détruisonsc nous donc la loi par la foi'-* à Dieu ne plaise! mais lï nous établissons la foi.,.. Si Abraham ^ a été justifié a par ses œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non a (levant Dieu. 11 Ce Paul, en s'exprimant ainsi, parlait évidemment eu juif, et uon eu chrétien ; mais îl

détestable f^aJimBliai. fa/m lequel le cardiiul Bemba aiail un ni profaDd méprit? Nous répondant que, uns ce gtlimatiai même, il n'aurait janiaii réuui auprès des èurr^umcDes (|u'il gauveraail. Fcnsc-t-nn que noire Foi . qui a Ibuilè cliei noui Ja swle àti primitili ippeléi quakers, ail eu plus de bon seus que ce Paul ? Il y a long-lempi qu'on a dil que ce sont lei roi» qui fbudeal lea letlca, et que le» prudcnU ks gomeroeut. i;?!. — Sur Ir PkllopairU, Tojei ma nalR, tome mXI, page 3?. Tl.

> Ant Rom., ii, ï5. B. — ■ Id., tu, it. B.— J Id, iï. i. B.

ET PARTICnLlÈRBMKRT DE PAUL. gS

parlait encore plus en éaergumène insensé qui ne peut pas mettre deux idées cohérentes à coté l'une de l'autre.

Quel discours aux Corinthiens ' ! Nos pères ont été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer. Le cardinal fiembo n'avait-il pas raison d'appeler ces épitres epistolaccie ^ et de conseiller de ne les point lire?

Que penser d'un homme qui dit aux Thessaloniciens ^^Jene permets point aux femmes déparier dans régUse; et qui dans la même épi tre ^annonce qu'elles doivent parler et prophétiser avec un voile?

Sa querelle avec les autres apôtres est -elle d'an homme sage et modéré ? Tout ne décèle-t-il pas en tui un homme de parti ? Il s'est fait chrétien , il enseigne le christianisme, et il va sacrifier sept jours de suite dans le temple de Jérusalem par le conseil de Jacques, afin de ne point passer pour chrétien. Il écrit aux Galates "^ : a Je vous dis , moi Paul , que si vous vous «Élites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira de a rien. » Et ensuite il circoncit son disciple Timothée, que les Juifs prétendent être fils d'un Grec et d'une prostituée. Il est intrus parmi les apôtres , et il se vante aux Corinthiens, T' épitre, chap. ix^, d'être aussi apôtre que les autres : a Ne suis-je pas apôtre ? « n'ai-je pas vu notre Seigneur Jésus-Christ? n'êtesa vous pas mon ouvrage? Quand je ne serais pas apô-

< I. Cor., X, a. B.

* Ce n'est pas dans l'épitre aox Tbessalonidens, mais dans la F* aux Corinthiens, xxt, 34. B.

5 Id., XI y 5. B. — 4 ▼, a. B. — * VerseU 1-7. B.

96 CMAP. XII. DE LA »ECTE CHR^TIENRE,

« tre à l'égard des autres , je le suis au moÏDs à votre a égard. N'avons-nous pas le droit d'être nourris à vos a dépens? n'avons-nous pas le pouvoir de mener avec n nous une femme qui soit notre sœur (ou si l'on veut, aune soeur qui soit notre femme), comme font les ■( aulros apôtres et les fières de notre Seigneur? Qui a esl-ce qui va jamais à la guerre à ses dépens? rtc. n

Que de choses dans ce passage! le droit de vivre aux dépens de ceux qu'il a subjugués, le droit de leur faire payer les dépenses de sa femme ou de sa steiir, enfin la preuve que Jésus avait des frères, et la présomption que Marie ou Mirja était accoucliée plus d'une fois,

.Je voudrais bien savoir de qui il parle encore dans la seconde lettre aux Corinthiens, chap. xi ' : «Ce sont Il de faux apôtres.... mais ce qu'ils osent', je l'ose aussi. '< Sont-ils Hébreux? je le suis aussi. Sont-ils de la race " d'Abraham? j'en suis aussi. Sont-ils ministres de Jé- (1 sus-Christ? quand ils devraient m' accuser d'impuu dence, je le suis encore plus qu'eux. J'ai plus trait vaille qu'eux; j'ai été plus repris de justice, plus Il souvent enfermé dans les cachots qu'eux. J'ai reçu n trente-neuf coups de fouet cinq fois; des coups de Il bâton trois fois; j'ai été lapidé une fois; j'ai été un n jour et une nuit au fond de la mer. u

Voilà donc ce Paul qui a été vingt-quatre heures au fond de la mer sans être noyé : c'est le tiers de l'aventure de Jonas. Mais n'cst-il pas clair qu'il manifeste ici sa basse jalousie contre Pieri'P et les auties

■ Vrrspl lî. B.-

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