AVEC LES ROMAINS, ETC. III
bien dire un mot, c^esi en les confondant avec les Juifs, et en leur marquant le plus profond mépris. Ils eurent donc la plus grande facilité d'étendre leur secte. On les rechercha un peu sous Domitien; quelques uns furent punis sous Trajan , et ce fut alors qu'ils commencèrent à mêler mille Êiux actes de martyres à quelques uns qui n'étaient que trop vé* ritables.
GomiDent les chrétiens se conduisirent avec les juifs. Leur explication ridicule des prophètes.
Les chrétiens ne purent jamais prévaloir auprès des juifs comme auprès de la populace des gentils. Tan- * dis qu'ils continuèrent à vivre selon la loi mosaïque, comme avait fait Jésus toute sa vie, à s'absteuir des viandes prétendues impures , et qu'ils ne proscrivirent point la circoncision , ils ne furent regardés que comme une société particulière de juifs, telle que celle des saducéens, des esséniens, des thérapeutes. Us disaient qu'on avait eu tort de pendre Jésus, que c'était un saint homme envoyé de Dieu, et qu'il était ressuscite.
Ces discours, à la vérité, étaient punis dans Jérusalem; il en coûta même la vie à Etienne, à ce qu'ils disent; mais ailleurs cette scission ne produisit que des altercations entre les juifs rigides et les demichrétiens. On disputait; les chrétiens crurent trouver dans les Écritures quelques passages qu'on pouvait
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tordre en faveur de leur cause. Ils prétendireot que les prophètes juifs avaient prédît Jésus^^hrist ; ils citaient Isaïe, qui disait au roi Achaz ' ;
u Une fille, ou une jeune femme (^Mmà)' sera a grosse, et accouchera d'un fils qui s'appellera Ëma manuel ; il mangera du beurre et du miel , afin « qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. I^a terre «que vous détestez sera délivrée de ses deux rois, et aie Seigneur sifïlera aux. mouches qui sont à l'ex- « trémité des fleuves d'Egypte, et aux abeilles du « pays d'Assur. Et il preudra un rasoir de louage, et «il rasera la tête, le poil du pénil, et la barbe du a roi d'Assur. s
«Et le Seigneur médit': Prenez un grand livre, a et écrivez en lettres lisibles : Maher-salalrhas-bas , « prenez vite les dépouilles. Et j'allai coucher avec nia prophétesse, et elle fut grosse, et elle mît au a monde un fils, et le Seigneur me dit: Appelez-le H HlaliciKialal'has-bas, prenez, vile les dépouilles. »
Vous voyez bien, [lisaient les chrétii-ns, que tout cela signifie évidemment ravénenieiit de Jésus-Christ. La fillp qui fait un enfant, c'est la viergi; Marie; Emmanuel et prenez vile les dépouilles , c'est notre Seigneur Jésus. Pour le rasoir de louage avec lequel on
' ïii, H-ao. La VnlRïtc ne di'l pas ^/mn, arnsfirgo. B.
■ Par qm'llc impudrnte maiivais* foi les fbri.ilicoles onl-ils soutenu qii'Alma «igniliail toujours yicrgr? Il v a dans l'Vncwi TVifnisen/ vingt piiuges tA Almn eit pris pour fi^mnip, el même pour concubine, comme dans le Caitlùfae dti canllquii, ch, vi ; Joil, rh. i. Jusqu'i l'abbé Trilhème, il n'y* eu aucun docteur de l'Église i(ui ail su l'hébreu, eic^téOrigèlK;, Jérâmr, el Éphrem . qui liaient du pap, i;?).
AVEC LES JUIFS, ETC. Il3
rase le poil du pénil du roi d'Âssur, c'est une autre affaire. Toutes ces explications ressemblent parfaitement à celle de milord Pierre dans le Conte du Ton' neau de notre cher doyen Swift '.
Les Juifs répondaient : Nous ne voyons pas si clairement que vous, que prenez vite les dépouilles et Emmanuel signifient Jésus, que la jeune femme dlsaie soit une vierge, et qu'Aima, qui exprime également fille ou jeune femme, signifie Maria; et ils riaient au nez des chrétiens.
Quand les chrétiens disaient, Jésus est prédit par le patriarche Juda ; car le patriarche Juda devait lier^ son dnon a la vigne ^ et laver son manteau dans le sang de la vigne; et Jésus est entré dans Jérusalem sur un âne; donc Juda est la figure de Jésus: alors les Juifs riaient encore plus fort de Jésus et de son
âne.
SMls prétendaient que Jésus était le Silo qui devait venir quand le sceptre ne serait plus dans Juda, les Juifs les confondaient, en disant que depuis la captivité en Babylone , le sceptre ou la verge d'entre les jambes n'avait jamais été dans Juda, et que, du temps même deSaiîl, la verge n'était pas dans Juda. Ainsi les chrétiens, loin de convertir les juifs, en furent méprisés, détestés, et le sont encore. Us furent regardés comme des bâtards qui voulaient dépouiller le fils de la maison, en prétextant de faux titres. Us renoncèrent donc à l'espérance d'attirer les juifs à eux, et s'adressèrent uniquement aux gentils.
■ Toyet ma note , page 58. B.
* Gaocae, XLn, ii. B.
MiLAVOU. VU. 8
Il4 DES FADSSKS CITA.TiOirS,
Des TauMes citations et des fausses prédictions dans les évangiles.
Pour encourager les premiers catécluiiiiènps , il élait bon de citer (rancieniios prophéties et d'en faire de nouvelles. On cita donc dans les Êi'ungiles les anciennes prophéties à tort et à travers. Matthieu, ou celui (|ui prit son nom , dit* : n Joseph habilu dans une a ville qui s'appelle Nazareth , pour accomplir ce qui « a été prédit par les prophètes : Il s'appellera Naza* a rèen. u Aucun prophète n'avait dit ces paroles; Matthieu parlait donc au hasard. Luc ose dire, au ch, XXI ' : a II y aura des signes dans la lune et dans 11 les étoiles ; des bruits de la mer et des flots; les «hommes séchant de crainle attendront ce qui doit n arriver à l'univers euticr. Les vertus des cieux sait ront ébranlées; et alors ils verront le (ils de l'homme a venant dans une nuée avec grande puissance et it grande majesté. En vérité, je vous dis que la génén ration présente ne passera point que tout cela ne n s'accomplisse *, i»
l..a génération passa: et si rien de tout cela n'arriva, ce n'est pas ma faute. Paul en dit à peu près autant dans sou épître à ceux de Thessalonique-* : a Nous qui vivons et qui vous parlons, nous serons
■MaUL., Il, JÏ.
' i5-3i. fi.
Ddier du comtt de Boulaiai»/lieri (yy
ST DES FAUSSES PRÉDICTIONS. Il5
« emportés dam les nuëes pour aller au<^evatit du « Seigneur au milieu de Tair. »
Que chacun s'interroge ici : qu'il voie si l'on peut pousser plus loin l'imposture et la bêtise du fanatisme. Quand on vit qu'on avait mis eu avant des mensonges si grossiers, les Pères de l'Église ne manquèrent pas de dire que Luc et Paul avaient entendu, par ces prédictions, la ruine de Jérusalem. Mais quel rapport, je vous prie, de la prise de Jérusalem avec Jésus venant dans les nuées avec grande puissance et grande majesté*?
Il y a dans VÉvangile attribué à Jean un passage qui fait bien voir que ce livre ne fut pas composé par un juif. Jésus dit: a *" Je vous fais un commandement oc nouveau I c'est que vous vous aimiez mutuellece ment. » Ce commandement, loin d'être nouveau, &e trouve expressément, et d'une manière bien plus forte , dans le Lévîtique *" : a Tu aimeras ton prochain a comme toi-même. »
Enfin, quiconque se donnera la peine de lire avec attention, ne trouvera dans tous les passages oii l'on allègue r^/sc/e/z Testament y qu'un manifeste abus de paroles, et le sceau du mensonge presque à chaque
page.
* Oa fîit si lon^-temps iufatué de cette attente de la fin du monde, qu*aui «îxièaie, septième, et huitième sièdes, beaucoup de Chartres, de donationf aux moines commencent ainsi : « Christ régnant , la fin du monde appro- « cbaot, moi , pour le remède de mou ame , etc. » z 771.
** Jean , xiii , 34. — * Lévitique, la , 1 0.