DES PERSÉCUTIONS CHRÉTIENNES. I
et barbare*, on en avait fait périr plus de cent mille dans les supplices. I^s Occidentaux entendant confiisëment parler de ces boutheries, s'accoutumèrent à nomm^ manichéens tous ceux qui combattaient quelques dogmes de rÉglise papiste , et à les poursuivre avec la même barbarie. . C'est ainsi qu'un Robert de France fit brûler à ses yeux le confesseur de sa femme et plusieurs prêtres.
Quand les Vaudois et les Albigeois parurent, on les appela manichéens, pour les rendi*e plus odieux.
Qui ne connaît les cruautés horribles exercées dans les provinces méridionales de France, contre ces malheureux dont le crime était de nier qu'on pût faire Dieu avec des paroles?
Lorsque ensuite les disciples de notre Wiclef, de Jean Eus, et enfin ceux de Luther et de Zuingle, voulurent secouer le joug papal, on sait que l'Europe presque entière fut bientôt partagée en deux espèces, l'une de bourreaux, et l'autre de suppliciés. T^s ré< formés firent ensuite ce qu'avaient fait les chrétiens des quatrième et cinquième siècles; après avoir été persécutés, ils devinrent persécuteurs à leur tour. Si on voulait compter les guerres civiles que les dispu-
* Est-il possible que ceUe horrible proscription, celte Saint-Berthélcini anticipée soit si peu connue ! die s*est perdue dans U foule. Cependant Fleurj n'omet pas cette horreur dans son livre quarante-huitième , sous Tannée 85o; il en parle comme d*un événement très ordinaire. Bayle, à l'article pAouciaHs, aurait bien dû. en faire quelque mention; d'autant plus que les pauliciens échappés à ce massacre se joignirent aux musulmans , et les aidèrent k détruire ce détestable empire d'Orient, qui savait proscrire , et qui ne savait plus combattre. Mais ce qui met le comble à l'atrocité chrétienne, c*est que cette furie de Théodora fut déclarée sainte , et qu'on a long-temps célébré sa fête dans l'Église grecque. 177 '•
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tes sur le chrlstianisine ont excitées, on verrait qu'il y en a plus de cent. Notre Grande-Bretagne a été saccagée : les massacres d'Irlande sont comparables à ceux de la Saint-Barthélemi; et je ne sais s'il y eut plus d'abominations commises, plus de sang répandu en France qu'en Irlande. La femme de Sir Henri Spotswood * , sœur de ma bisaïeule , fut égorgée avec deux de ses filles. Ainsi, dans cet examen, j'ai toujours à venger le genre humain et moi-même.
Que dirai-je du tribunal de l'inquisition qui subsiste encore? Les sacrifices de sang humain qu'on reproche aux anciennes nations ont été plus rares que ceux dont les Espagnols et les Portugais se sont souillés dans leurs actes de foi.
Est-il quelqu'un maintenant qui veuille comparer
* Mllord BolÎDgbroke a bien raison de comparer les massacres d'Irlande à ceux de la Saint-Bartbélemi en France ; je crois même <{ue le nombre des assassinats irlandais surpassa celui des assassinats français.
Il fut prouvé juridiquement par Henri Shampart, James Shaw, et autres, que les confesseurs des catholiques leur avaient dénoncé Texcommunication et la damnation étemelle, s'ils ne tuaient pas tous les protestants, avec les femmes et les enfants qu'ils pourraient mettre à mort; et que les mêmes confesseurs leur enjoignirent de ne pas épargner le bétail appartenant aun Anglais, afin de mieux ressembler au saint peuple juif, quand Dieu lui livra Jéricho.
On trouva dans la poche du lord Macguire, lorsquUl fut pris, une bulle du pape Urbain Vm, du a5 mai 1643, laquelle promettait aux Irlandais la rémission de tous les crimes, et les relevait de tous leurs vœux, excepté de celui de chasteté.
Le chevalier Clarendon et le chevalier Temple disent que , depuis l'automne de 1O41 jusqu'à Tété de 1643, il y eut cent cinquante mille protestants d'assassinés , et qu'on n'épargna ni les enfants, ni les femmes. Un Irlandais, nommé Brooke, zélé pour son pajrs, prétend qu'on n'en égorgea que quarante mille. Prenons un terme moyen, nous aurons quatra-vingtquinze mille victimes en vingt et un mpis. 1771.
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ce long amas de destruction et de carnage au martyre de sainte Potamienne, de sainte Barbe , de saint Pionius, et de saint Eustache? Nous avons nagé dans le sang comme des tigres acharnés, pendant des siècles, et nous osons flétrir les Trajan et les Antonin du nom de persécuteurs !
Il m'est arrivé quelquefois de représenter à des prêtres l'énormité de toutes ces désolations dont nos aïeux ont été les victimes; ils me répondaient froidement que c'était un bon arbre qui avait produit de mauvais fruits : je leur disais que c'était un blas^ phème de prétendre qu'un arbre qui avait porté tant et de si horribles poisons, a été planté des mains de Dieu même. En vérité il n'y a point de prêtre qui ne doive baisser les yeux et rougir devant un honnête homme.
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Excès de l'Église romaine.
Ce n'est que dans l'Église romaine incorporée avec la férocité des descendants des Huns, des Goths, et des Vandales , qu'on voit cette série continue de scandales et de barbaries inconnues chez tous les prêtres des autres religions du monde.
Les prêtres ont partout abusé, parcequ'ils sont hommes. Il fut même , et il est encore chez les brames des fripons et des scélérats, quoique cette an-
* Chapitre ajouté en 1771 : voyez ma note, page 4i* B.
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cienne secte soit saas contredit la plus honnête de toutes. L'Église romaine l'a emporté en crimes sur toutes les sectes du monde, parcequ'elle a eu des richesses et du pouvoir.
Elle l'a emporté en débauches obscènes, parceque, pour mieux gouverner les hommes, elle s'est interdit le mariage, qui est le plus grand frein à l'impudicité viUgivague et à la pédérastie.
Je m'en tiens à ce que j'ai vu de mes yeux , et à ce qui s'est passé peu d'années avant ma naissance. Y eut-il jamais un brigand qui respectât moins la foi publique, le sang des hommes, et l'honneur des femmes, que ce Bernard Yan^Galen, évéque de Munster, qui se fesait soudoyer tantôt par les Hollandais contre ses voisins, tantôt par Louis XIY contre les Hollandais? Il s'enivra de vin et de sang toute sa vie. Il passait du lit de ses concubines aux champs du meurtre , comme une béte en rut et carnassière. Le sot peuple cependant se mettait à genoux devant lui, et recevait humblement sa bénédiction.
Tai vu un de ses bâtards, qui, malgré sa naissance, trpuva le moyen d'être chanoine d'une collégiale; il était plus méchant que son père, et beaucoup plus dissolu : je sais qu'il assassina une de ses maîtresses.
Je demande s'il n'est pas probable que l'évêque, marié à une Allemande femme de bien, et son fils, né en légitime mariage et bien élevé, auraient mené l'un et l'autre une vie moins abominable. Je demande s'il y a quelque chose au monde plus capable de mo-
DB l'ÉGLISS romaine. SOI
dérer nos fureurs que les regards d'une épouse et d'une mère respectée, si les devoirs d'un père de famille n'ont pas étouffé mille crimes dans leur germe.
Combien d'assassinats commis par des prêtres n'aije pas vus en Italie il n'y a pas quarante ans? Je n'exagère point; il y avait peu de jours où un prêtre corse n'allât, après avoir dit la messe, arquebuser son ennemi ou son rival derrière un buisson ; et quand l'assassiné respirait encore, le prêtre lui offrait de le confesser et de lui donner l'absolution. C'est ainsi que ceux que le pape Alexandre YI fesait égorger pour s'emparer de leur bien , lui demandaient unam mdulgentiam in articiUo mortis.
Je lisais hier ce qui est rapporté dans nos histoires d'un évêque de Liège, du temps de notre Henri Y. Cet évêque n'est appelé que Jean sans pitié. Il avait un prêtre qui lui servait de bourreau ; et après l'a*voir employé à pendre, à rouer, à éventrer plus de deux mille personnes, il le fit pendre lui-même.
Que dirai -je de l'archevêque d'Upsal, nommé Troll, qui, de concert avec le roi de Danemark, Christian II, fit massacrer devant lui quatre-vingtquatorze sénateurs, et livra la ville de Stockholm au pillage, une bulle du pape à la main?
Il n'y a point d'état chrétien oîi les prêtres n'aient étalé des scènes à peu près semblables.
On me dira que je ne parle que des crimes ecclésiastiques, et que je passe sous silence ceux des séculiers. C'est que les abominations des prêtres, et surtout des prêtres papistes , font un plus grand con-
2lOa CH. XXXVIII. EXCÈS DE l'IÎGL. ROM.
traste avec ce qu'ils enseignent au peuple; c'est qu'ils joignent à la foule de leurs forfaits un crime non moins affireux, s'il est possible, celui de l'hypocrisie; c'est que plus leurs mœurs doivent être pures, plus ils sont coupables. Ils insultent au genre humain ; ils persuadent à des imbéciles de s'enterrer vivants dans un monastère. Us prêchent une vêture, ils administrent leurs huiles; et au sortir de là ils vont se plonger dans la volupté ou dans le carnage; c'est ainsi que l'Église fut gouvernée depuis les fureurs d'Athanase et d'Arius jusqu'à nos jours.
Qu'on me parle avec la même bonne foi que je m'explique; pense-t-on qu'il y ait eu un seul de ces monstres qui ait cru les dogmes impertinents qu'ils ont prêches? Y a-t-il eu un seul pape qui, pour peu qu'il ait eu de sens commun , ait cru l'incarnation de Dieu , la mort de Dieu , la résurrection de Dieu , la Trinité de Dieu , la transsubstantiation de la farine en Dieu, et toutes ces odieuses chimères qui ont mis les chrétiens au-dessous des brutes? certes ils n'en ont rien cru ; et parcequ'ils ont senti l'horrible absurdité du christianisme, ils se sont imaginé qu'il n'y a point de Dieu. C'est là l'origine de toutes les horreurs dont ils se sont souillés; prenons -y garde, c'est l'absurdité des dogmes chrétiens qui fait les athées.