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qui le persécutèrent. On le chassa de sou siège au concile d'Éphèse ; mais aussi trente évéques de ce même concile déposèrent ce saint Cyrille, l'ennemi mortel de Nestorius; et tout l'Orient fut partagé.
Ce n'était pas assez; il fallut savoir précisément si ce Jésus avait eu deux natures, deux personnes, deux âmes, deux volontés; si, quand il fesait les fonctions animales de l'homme^ la partie divine s'en mêlait ou ne s'en mêlait pas. Toutes ces questions ne méritaient d'être traitées que par Rabelais, ou par notre cher doyen Swift, ou par Punch *. Cela fit trois partis dans l'empire par le fanatisme d'un Eutychès, misérable moine ennemi de Nestorius, et combattu par d'autres moines. On voyait, dans toutes ces disputes, monastères opposés a monastères, dévotes à dévotes, eunuques à eunuques, conciles à conciles, et souvent empereurs à eropereui*s.
Pendant que les descendants des Camille, des Brutus, des Scipion, des Caton, mêlés aux Grecs et aux barbares, barbotaient ainsi dans la fange de la théologie, et que l'esprit de vertige était répandu sur la face de l'empire romain, des brigands du Nord, qui ne savaient que combattre, vinrent démembrer ce grand colosse devenu faible et ridicule.
Quand ils eurent vaincu, il fallut gouverner des peuples fanatiques; il fallut prendre leur religion, et
* Appelons les choses par leur nom. On a poussé le Uasphème jusqu'à faire nn article de loi que Dieu est Tenu chier et pisser sur la terre ; que nous le mangeons après qn*il a été pendu ; que nous le chions et que nous le pissons. Et on dispute gravement si c'était la nature divine ou la nature humaine qui chiait et qui pissait I grand Dieu! — C^tle note est de 1776, sauf les deu& derniers mots qui ont été ajoutés dans les éditions de Kehl. B.
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mener ces bêtes de somme par les licous qu'elles s'é* teient faits elles-mêmes.
Les ëvêques de chaque secte tâchèrent de séduire leurs vainqueurs; ainsi les princes ostrogoths, visigoths, et bourguignons, se firent ariens; les princes francs furent athanasiens *.
liempire romain d'Occident détruit fut partagé en provinces ruisselantes de sang, qui continuèrent à s'anathématiser avec une sainteté réciproque. Il y eut autant de confusion et une abjection aussi misérable dans la religion que dans l'empire.
Les méprisables empereurs de Conslantinople affectèrent de prétendre toujours sur l'Italie, et sur les autres provinces qu'ils n'avaient plus, les droits qu'ils croyaient avoir. Mais au septième siècle il s'éleva une religion nouvelle qui ruina bientôt les sectes chrétiennes dans l'Asie, dans l'Afrique, et dans une grande partie de l'Europe.
Le mahoinétisme était sans doute plus sensé que le christianisme. On n'y adorait point un Juif en abhorrant les Juifs; on n'y appelait point une Juive mère de Dieu ; on n'y tombait point dans le blasphème extravagant de dire que trois dieux font un dieu ; enfin on n'y mangeait pas ce dieu qu'on adorait, et on n'allait pas rendre à la selle son créateur. Croire un seul
* Quel athanasieD, quel bon catholique que ce Clovis, qui fit massacrer trois rois, ses Toisins, pour voler leur argent comptant! Quels bous catholiques que ses fils, qui égorgèreni de leurs propres mains leurs ueveux au berceau ! Bjr Godl En lisant l'histoire des premiers rois chrétiens , on croit lire lliistoire des rois de Juda et d'Israël , ou celle des voleurs de grands chemins. — Ce qui forme cette note fut ajouté en 1 776, mais fesait alors partie du texte. B.
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Dieu tout puissant était le seul dogme; et si ou n'y avait pas ajouté que Mahomet est son prophète, c'eût été une religion aussi pure, aussi belle que celle des lettrés chinois. C'était le simple théisme, la religion naturelle, et par conséquent la seule véritable. Mais oo peut dire que les musulmans étaient en quelque sorte excusables d'appeler Mahomet l'organe de Dieu, puisque en effet il avait enseigné aux Arabes qu'il n'y a qu'un Dieu.
Les musulmans, par les armes et par la parole, firent taire le christianisme jusqu'aux portes de Constantinople; et les chrétiens, resserrés dans quelques provinces d'Occident, continuèrent à disputer et à se déchirer.
Discours sommaire des usurpations papales*.
Ce fut un état bien déplorable que celui où l'inondation des barbares réduisit l'Europe. Il n'y eut que le temps de Théodoric et de Charlemague qui fut signalé par quelques bonnes lois ; encore Charlemague, moitié Franc, moitié Germain, exerça des barbaries dont aucun souverain n'oserait se souiller aujourd'hui. Il n'y a que de lâches écrivains de la secte ro-
> Addition de 1767 : voyez ma note , page 41. B.
* Miiord ne parle pas assez de la tyrannie des papes. Grégoire surtout , somoomié le Gtand, brûla tous les auteurs latins <{u*il put trouver. Il y a enoon de lui une lettre à un évéque de Cagliari, dans laquelle il lui dit : «levMJLqn^oaforoetouslespaïeiisdelaSMdttgneàseeonTertir.» 1771.
MiLAHOBs. Vn. i3
ig4 GHAP XXXVI. DISCOUBS SOMMAIRE
maine qui puissent louer ce prince d'avoir égorgé la moitié des Saxons pour convertir Tautre.
Les évêques de Rome, dans la décadence de la famille de Charlemagne, commencèrent à tenter de s'atti*ibuer un pouvoir souverain , et de ressembler aux califes, qui réunissaient les droits du trône et de l'autel. Les divisions des princes et l'ignorance des peuples favorisèrent bientôt leur entreprise. L'évêque de Rome, Grégoire YII, fut celui qui étala ces desseins audacieux avec le plus d'insolence. Heureusement pour nous, Guillaume de Normandie, qui avait usurpé noti*e trône ^ ne distinguant plus la gloire de notre nation de la sienne propre, réprima l'insolence de Grégoire VU , et empêcha quelque temps que nous ne payassions le denier de saint Pierre, que nous avions donné d'abord comme une aumône, et que les évêques de Rome exigeaient comme un tribut.
^Tous nos rois n'eurent pas la même fermeté; et lorsque les papes, si peu puissants par leur petit territoire , devinrent les maîtres de l'Europe par les croisades et par les moines; lorsqu'ils eurent déposé tant d'eippereurs et de rois, et qu'ils eurent fait de la religion unç arme terrible qui perçait tous les souverains, notre île vit le misérable roi Jean-sans-terre se déclarer à genoux vassal du pape, faire serment de fidélité aux pieds du légat Pandolfe, s'obliger lui et ses successeurs à payer aux évêques de Rome un tribut annuel de mille marcs'; ce qui fesait presque le revenu de
* Le légat foula a ses pieds l'argent avant de l'emporler. Notre ile était alors un pays d'obédience. Nous étions réellement ser£i du pape. Quel esclavage! grand Dieu! Nous ne sommes pas assez vengés. Nous
DIS USURPATIONS PAPALES. IqS
la couronne. Gomme un de mes ancêtres eut le malheur de signer ce traité ', le plus infâme des traités, je dois en parler avec plus d'horreur qu'un autre; c'est une amende honorable que je dois à la dignité de la nature humaine avilie.
De l'excès épouvantable des persécutions chrétiennes.
Il ne faut pas douter que les nouveaux dogmes inventés chaque jour ne contribuassent beaucoup à for<tifier les usurpations des papes. Le hocus pocus^, ou la transsubstantiation y dont le nom seul est ridicule, s'établit peu-à-peu , après avoir été inconnu aux premiers siècles du christianisme. On peut se figurer quelle vénération s'attirait un prêtre, un moine, qui fesait un dieu avec quatre paroles, et non seulement un dieu , mais autant de dieux qu'il voulait : avec quel respect voisin de l'adoration ne devait-on pas regarder celui qui s'était rendu le maître absolu de
avons envoyé des vaisseaux de guerre à Gibraltar» et nous n*en avons pas envoyé au Tibre! — La première pbrase de celte note est de 1771; le reste, de 1776. B.
> Cette pbrase est peut-être une plaisanterie de Voltaire : je n'ai trouvé ce traité dans aucune des trois éditions du recueil de Rymer intitulé : Fœdera, Conventioneâ , etc. B.
> Addition de 1 767 : voyez ma note , page 41. B.
* Nous appelons hocus poeus un tour de gobelets, un tour de gibecière, un escamotage de cbarlatan. Ce sont deux mots latins abrégés, ou plutét estropiés, d*après ces paroles de la messe latine, hoc est corpus mcum,
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tous ces feseurs de dieux? Il était le souverain des .prêtres, îl l'était des rois; il était dieu lui-même; et à Rome encore, quand le pape ofiîcie, on dit : Le vénérable porte le vénérable.
Cependant, au milieu de cette fange dans laquelle l'espèce humaine était plongée en Europe, il s'éleva toujours des hommes qui protestèrent contre ces nouveautés : ils savaient que , dans les premiers siècles de l'Église, on n'avait jamais prétendu changer du pain en dieu dans le souper du Seigneur; que la cène faite par Jésus avait été un agneau cuit avec des laitues, que cela ne ressemblait nullement à la communion de la messe; que les premiers dirétiens avaient eu les images en horreur; t\ue même encore sous Charlemagne, le fameux concile de Francfort les avait proscrites.
Plusieurs autres articles les révollalciit; ils osaient même douter quelquefois que le pape, tout dieu qu'il était, pût de droit divin déposer un roi, pour avoir épousé sa commère ou sa parente au septième degré. Ils rejetaient donc secrètement quelques points de la créance chrétienne, et ils en admettaient d'autres non moins absurdes; semblables aux animaux, qu'on prétendit autrefois être formés du limon du Nil, et qui avaieut la vie dans une partie de leur corps, tandis que l'autre n'était encore que de la houe.
Mais quand ils voulurent parler, comment furentils traités? On avait, dans l'Orieut, employé dix siècles de persécutions à exterminer les manichéens; et sous la régence d'une impératrice Théodora, dévote