CHAP. XII. DS8 CHINOIS
plusieurs autres grands personnages du siècle. Dismoi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es.
De rinde , et du Veidam.
L'abbé Bazin, avant de mourir, envoya à la Bibliothèque du roi le plus précieux manuscrit qui soit dans tout rOrient. C'est un ancien commentaire d'un brame nommé Shumontou % sur le Feidam^ qui est le livre sacré des anciens brachmanes. Ce manuscrit ^ est in-
' Nommé Cbumontou , tome XV, page 298. B.
> Le maouscrit dont parle Voltaire , et deux copies de la traduction française , se trouTeot encore au cabinet des manuscrits orientaux de la Riblio» thèque du roi. La traduction française fut publiée Tannée même de la mort de Voltaire, par le baron de Sainte-Croix, sous le titre de : V Ètour-Vedam om Ancien commentaire du Vedam , contenant Fej^sition des opinions reRgieutet et philosophiques des Indiens, traduit du samscretan par un brame , revu et publié avec des ohserviUions préliminaires^ des notes, et des éelaircis' sements; Yverdon, 17789 deux volumes in- 1 a. Mais Voltaire et Sainte- Croix ont été dupes d'une imposture littéraire et religieuse. Le Vedam , ou plutôt les Vedams, car ils sont au nombre de quatre , à savoir : Âig-Fetla, Yadjour-Feda, Sama-Veda , et Atharvana-Feda , sont rédigés dans un andeu idiome samscrit qui n*esl plus entendu que d*un très petit nombre de savants. Or, le manuscrit dont parle Voltaire est écrit dans uu dialecte vulgaire. D'ailleurs, bien loin de renfermer la véritable doctrine des anciens brames , ce manuscrit tend à saper cette doctrine pour la remplacer par celle du christianisme. Tout porte à croire que ce prétendu Veda ou commentaire du Veda a été fabriqué par quelque missionnaire catholique, dans le but d'attirer plus facilemeut les Indous au christianisme. Il existe des e\emples Ile supercheries semblables ; on a même retrouvé dans la bibliothèque des missionnaires de Poudicfaéri les autres parties du Veda travesties de la même manière. Voyez , à ce sujet , le Mémoire que M. Francis Ellis a inséré dans le volume XFV des Asiatick rtsearches ou Mémoires de la société de Calcutta ; Calcutta, iSsta , in-4*. {Note communiquée par M, Reinaudde la Bibliothèque du roi) B.
CH. XIII. DE l'iNDR, £T DU VEIDAH. 349
coatestablement du temps où TaDcienne religion des gymnosophistes comoiençait à se corrompre; c'est, après nos livres sacrés, le monument le plus respectable de la croyance de Tunité de Dieu. Il est intitulé Êzour-Veidcun ' , comme qui dirait, le vrai Veidamy le yeidani expliqué^ le pur Feidam. On ne peut pas douter qu'il n'ait été écrit avant l'expédition d'Alexandre dans les Indes, puisque, long-temps avant Alexandre , l'ancienne religion bramine ou abramine, l'ancien culte enseigné par Brama , avait été corrompu par des superstitions et par des fables. Ces superstitions même avaient pénétré jusqu'à la Chine du temps de Confutzée, qui vivait environ trois cents ans avant Alexandre. L'auteur de YÉzour^Fèidam combat toutes ces superstitions qui commençaient à naiti'e de son temps. Or, pour qu'elles aient pu pénétrer de l'Inde à la Chine, il faut un assez grand nombre d'années : ainsi , quand nous supposerons que ce rare manuscrit a été écrit environ quatre cents ans avant la conquête d'une partie de l'Inde par Alexandre, nous ne nous éloignerons pas beaucoup de la vérité.
Shumontou combat toutes les espèces d'idolâtrie dont les Indiens commençaient alors à être infectés; et, ce qui est extrêmement important, c'est qu'il ra|v porte les propres paroles du f^eidam^ dont aucun homme en Europe, jusqu'à présent, n'avait connu
> Toltaire «Tait déjà pwlé de Vt»ow> Fêid^m, tome XT, pi^ies 80 et ^g». Il en repariii, en 1769, dans le Préeh du Siàeie de VouU XV (Toyex tome XXI, page 967 ); et , en 177 1, dana ice QuMCioiM iM (voyea toaaeXXIX, page agS). E.
35o CHAP. XIII. DE l'iNOK,
uo seul passag^^ Voici donc ces propres paroles du Feidam attribué à Brama, citées dans VÉzour^Fèi'^ dam:
« C'est l'Être .suprême ' qui a tout créë^ le sensible CI et l'insensible : il y a eu quatre âges différents; tout a périt à la fin de chaque âge, tout est submergé^ et ff le déluge est un passage d'un âge à l'autre, etc.
« Lorsque Dieu existait seul , et que nul autre être « n'existait avec lui , il forma le dessein de créer le « monde. Il créa d'abord le temps, ensuite l'eau et la « terre; et du mélange des cinq éléments, à savoir, la « terre, l'eau, le feu, l'air, et la lumière, il en forma « les différents corps, et leur donna la terre pour leur « base. Il fit ce globe , que nous habitons , en forme a ovale comme un œuf. Au milieu de la terre est la « plus haute de toutes les montagnes, nommée Mérou «(c'est rimmaûs). Adimo (c'est le nom du premier c homme) sortit des mains de Dieu. Procriti est le « nom de son épouse^ D' Adimo * naquit Brama , qui <c fut le législateur des nations et le père des brames.»
Une preuve non moins forte que ce livre fut écrit long-temps avant Alexandre, c'est que les noms des fleuves et des montagnes de l'Inde sont les mêmes que dans le Hanscrit, qui est la langoe sacrée des brachmanes* On ne trouve pas dans X Ézour^Veidam un seul des noms que les Grecs donnèrent aux pays iftt'ils subjuguèrent. L'Inde s'appelle Zomboudipo; le Gange, Zanoubi; le mont Immaûs, MéroUj etc.
Notre ennemi, jaloux des services que l'abbé Bazin
> ▼«jM» tome XY, ptfB «98. R.
> Ibid., pages a6 et 299. B.
ET BU YEIDA^M. 35 1
a rendus aux lettres, à la religion, et à la patrie, se ligue avec le plus implacable ennemi de notre chère patrie, de nos lettres, et de notre religion , le docteur Warburton, devenu, je ne sais comment, évéque de Glocester', commentateur de Shakespeare, et auteur d'un fatras contre l'immortalité de l'âme, sous le nom de la divine légation de Moïse : il rapporte une objec* tion de ce brave prêtre hérétique contre l'opinion de l'abbé Bazin, bon catholique, et contre l'évidence que VÉzour^Feidam a été écrit avant Alexandre. Voici l'objection de l'évèque.
« Cela est aussi judicieux qu'il le serait d'observer (c que les annales des Sarrasins et des Turcs ont été a écrites avant les conquêtes d'Alexandre, parcequé « nous n'y remait{uons point les noms que les Grecs « imposèrent aux rivières, aux villes, et aux contrées «qu'ils conquirent dans l'Asie mineure, et qu'on n'y (c lit que les noms anciens qu'elles avaient depuis les ce premiers temps. Il n'est jamais entré dans la tète dé « ce poète que les Indiens et les Arabes pouvaient « exactement avoir la même envie de rendre les noms a primitifs aux lieux d'où les Grecs avaient été chas* «ses. »
Warburton ne connaît pas plus les vraisemblances que les bienséances. Les Turcs et les Grecs modernes ignorent aujourd'hui les anciens noms du pays que les uns habitent en vainqueurs et les autres en es-* claves. Si nous déterrions un ancien manuscrit grec^ dans lequel Stamboul fût appelé Constantinople ;
■ Voyet , daoA le prèient ▼olume » Topiucale intitulé A Warburton, B.
35a CH. XIII. D£ LllfDE, ET DU VEIDAM.
rAtmëidam, Hippodrome; Scutarî, le faubourg de Chalcédoine; ie cap Janissari , promootoire de Sigée; Cara Deoguis, le Pont-Euxin , etc. ; nous conclurions que ce manuscrit est d'un temps qui a précédé Maho* met II, et nous jugerions ce manuscrit très ancien, s'il ne contenait que les dogmes de la primitive Église.
Il est donc très vraisemblable que le brachmane qui écrivait daus leZomboudipo, c'est-à-dire dans l'Inde, écrivait avant Alexandre, qui donna un autre nom au Zomboudipo ; et cette probabilité devient une certitude , lorsque ce brachmane écrit dans les premiers temps de la corruption de sa religion, époque évidemment antérieure à l'expédition d'Alexandre.
Warburton , de qui l'abbé Bazin avait relevé quelques fautes avec sa circonspection ordinaire ' , s'en est vengé avec toute l'âcreté du pédantisme. Il s'est imaginé, selon l'ancien usage, que des injures étaient des raisons; et il a poursuivi l'abbé Bazin avec toute la fureur que l'Angleterre entière lui reproche. On n'a qu'à s'informer dans Paris à un ancien membre du parlement de Tjondres qui vient d'y fixer son séjour, du caractère de cet évêque Warbuiton , commentateur de Shakespeare, et calomniateur de Moïse; on saura ce qu'on doit penser de cet homme, et l'on apprendra comment les savants d'Angleterre, et surtout le célèbre évêque Tx>wth , ont réprimé son orgueil et confondu ses erreurs.
< Yoyei tome XT, pages 60 et 169. B.