CHAP. XIV, LES JUIFS HAÏSSAIENT
encore aujourd'hui, s'il avait tâté d'un mouton tué par un étranger, s'il s'était servi d'une marmite étrangère. II est donc constant que leur loi les rendait nécessairement les ennemis du genre humain. La Genèse y il est vrai, fait descendre toutes les nations du même père. Les Persans, les Phéniciens, les Babyloniens, les Égyptiens, les Indiens, venaient de Noé, comme les Juifs : qu'est-ce que cela prouve, sinon que les Juifs haïssaient leurs frères? Les Anglais sont aussi les frères des Français. Cette consanguinité empeche*t-elle queWarburton ne nous haïsse? Il hait jusqu'à ses compatriotes, qui le lui rendent bien.
Il a beau dire que les Juifs de haïssaient que l'idolâtrie des autres nations, il ne sait pas absolument ce qu'il dit. Les Persans n'étaient point idolâtres, et ils étaient l'objet de la haine juive. Les Persans adoraient un seul Dieu , et n'avaient point alors de simulacres. Les Juifs adoraient un seul Dieu, et avaient des simulacres, douze bœufs dans le temple, deux chérubins dans le saint des saints. Us devaient regarder tous leurs voisins comme leurs ennemis, puisqu'on leur avait promis qu'ils domineraient d'une mer à l'autre, et depuis les bords du Nil jusqu'à ceux de l'Ëuphrate. Cette étendue de terrain leur aurait composé un empire immense. Leur loi , qui leur promettait cet empire, les rendait donc nécessairement ennemis de tous les peuples qui habitaient depuis l'Ëuphrate jusqu'à la Méditerranée. Leur extrême ignorance ne leur per^ mettait pas de connaître d'autres nations; et, en détestant tout ce qu'ils connaissaient, ils croyaient détester toute la terre.
TOUTES LE» KATIONS. 355
Voilà Texacte vérité. Warburton prétend que Tabbé Bazio ne s'est exprimé ainsi que parcequ'un Juif, qu'il appelle grand babillard^ avait fait autrefois une banqueroute audit abbé Bazin. Il est vrai que le Juif Médina fit une banqueroute considérable à mon oncle; mais cela empéche-t-il que Josué n'ait ftiit pendre trente et un rois, selon les saintes Écritures? Je demande à Warburtou si Ton aime les gens que Ton fait pendre. Hang him ' .
De Warburton.
Contredites un homme qui se donne pour savant, et soyez sûr alors de vous attirer des volumes d'injures. Quand mon oncle apprit que Warburton , après avoir commenté Shakespeare, commentait Moïse, et qu'il avait déjà fait deux gros volumes pour démontrer que les Juifs, instruits par Dieu même, n'avaient aucune idée ni de l'immortalité de l'ame, ni d'un jugement après la mort, cette entreprise lui parut monstrueuse, ainsi qu'à toutes les consciences timorées de l'Angleterre. Il en écrivit son sentiment à M. S....* avec sa modération ordinaire. Voici ce que M. S.... lui répondit:
* Pflndec-lc. B.
* Cette initiale désigne M. SilHouette, ministre d*état sons Louis XV, à f\n\ Von doit les Dissertations sur t union Je ia religion » de la morale» et de îa fiàMfmé , tiféêi d'an ottprage de M, fFèràurton ; 1 7 4« » 9 toI. in- 1 a. B.
a Monsieur ,
« C'est une entreprise merveilleusement scandaleuse dans un prêtre, £ is an undertaking wonderfuUy scofidalous in a priest, de s'attacher à détruire l'opinion la plus ancienne et la plus utile aux hommes. U vaudrait bien mieux que ce Warburton commentât l'opéra des gueux, The beggar*s opéra, après avoir très mal commenté Shakespeare, que d'entasser une érudition si mal digérée et si erronée pour détruire la religion. Car enfin notre sainte religion est fondée sur la juive. Si Dieu a laissé le peuple de l'Ancien Testament dans l'ignorance de l'immortalité de l'ame, et des peines et des i*écompenses après la mort, il a trompé son peuple chéri; la religion juive est donc fausse ; la chrétienne , fondée sur la juive , ne s'appuie donc que sur un tronc pourri. Quel est le but de cet homme audacieux? je n'en sais encore rien. U flatte le gouvernement: s'il obtient un évêché, il sera chrétien; s'il n'en obtient point, j'ignore ce qu'il sera. Il a déjà fait deux gros volumes sur la légation de Moïse, dans lesquels il ne dit pas un seul mot de son sujet. Cela ressemble au chapitre des coches y où Montaigne parle de tout, excepté de coches; c'est un chaos de citations dont on ne peut tirer aucune lumière. U a senti le danger de son audace, et il a voulu l'envelopper dans les obscurités de son style. Il se montre enfin plus à découvert dans son troisième volume. C'est là qu'il entasse tous les passages favorables à son impiété, et qu'il écarte tous ceux qui appuient l'opinion commune. 11 va chercher dans Job,