‹ Œuvres de VoltaireChapitre 71 sur 125 · DE WARBURTON · texte numérisé non relu

DE WARBURTON

qui n'était pas Hébreu, ce passage équivoque': a Comme le nuage qui se dissipe et s'évanouit , ainsi est «au tombeau Fhomme qui ne reviendra plus. »

« Et ce vain discours d'une pauvre femme à David ' : a Nous devons mourir; nous sommes comme l'eau rea pandue sur la terre, qu'on ne peut plus ramasser. »

ce Et ces versets du psaume lxxxviii^: « Les morts a ne peuvent se souvenir de toi. Qui pourra te rendre a des actions de grâce dans la tombe? que me revienccdra-t-il de mon sang, quand je descendrai dans la a fosse? La poussière t'adressera-t-elle des vœux ? déa clarera-t-elle la vérité ?

ce Montreras-tu tes merveilles aux morts? Les morts «se lèveront-ils? Auras-tu d'eux des prières?»

a Le livre de rEcclésiaste, dit-il page 1 70, est encore plus positif, a Les vivants savent qu'ils mourront^, a mais les morts ne savent rien ; point de récompense <c pour eux , leur mémoire périt à jamais. »

« Il met ainsi à contribution Ézéchiel , Jéremie , et tout ce qu'il peut trouver de favorable à son système.

« Cet acharnement à répandre le dogme funeste de la mortalité de l'ame a soulevé contre lui tout le clergé. Il a tremblé que son patron, qui pense comme lui, ne fut pas assez puissant pour lui faire avoir un

^ Job, Tii, 9. B. — * IL Rois, xit, 14. B.

3 Je ne les ai pas troarés dans le psaume lxxxtxii. Je ii*ai même pu trou- ▼er les deux premières phrases de la citation dans aucun psaume. lies deux qui les suivent sont dans le psaume xxn , Terset xi : Qiut utUitas in sanguine mêo, etc. La fin est en partie dans le psaume ulxxtxi , verset 11 et

SOÎT. B.

4 EeclésUute, ix, 5. B.

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ëvécbé. Quel parti a-t-il pris alors? celui de dire deft injures à tous les philosophes.

m Quis tulerit Gfacchos de seditione qnereotes? »

JmFui^ sat. II , ▼. 94.

ce II a élevé l'étendard du fanatisme d'une main , tandis que de Fautre il déployait celui de l'irréligion. Par là il a ébloui la cour; et en enseignant réellement la mortalité de l'ame, et feignaut ensuite de l'admettre, il aura probablement l'évâché qu'il désire. Chez vous , tout chemin mène à Rome; et chez nous, tout chemin mène à l'évéché. »

Voilà ce que M. S.... écrivait en i'jS'j; et tout ce qu'il a prédit est arrivé. Warburton jouit d'un bon évéché; il insulte les philosophes. En vain l'évêque Lowlh a pulvérisé son livre , il n'en est que plus audacieux, il cherche même à persécuter; et, s'il pouvait, il ressemblerait au Peachuni in the beggar^s opera^ qui se donne le plaisir de faire pendre ses complices. La plupart des hypocrites ont le regard doux du chat, et cachent leurs griffes; celui-ci découvre les siennes en levant une tête hardie. Il a été ouvertement délateur, et il voudrait être persécuteur.

Les philosophes d'Angleterre lui reprochent l'excès de la mauvaise foi et celui de l'orgueil. L'Église anglicane le regarde comme un homme dangereux ; les gens de lettres, comme un écrivain sans goût et sans méthode, qui ne sait qu'entasser citations sur citations; lespoHtiques, comme un brouillon qui ferait revivre, s'il pouvait , la chambre étoilée : mais il se moque de tout cela.

DE WARBURTOK. SSg

Warburton me répondra peut-être qu'il n'a fait que suivre le sentiment de mon oncle, et de plusieurs autres savants qui ont tous avoué qu'il n'est pas parle expressément de l'immortalité de l'ame dans la loi judaïque. Cela est vrai ; il n'y a que des ignorants qui en doutent, et des gens de mauvaise foi qui affectent d'en douter; mais le pieux Bazin disait que cette doctrine, sans laquelle il n'est point de religion , n'étant pas expliquée dans l'Ancien Testament, y doit être sous-entendue; qu'elle y est virtuellement; que si on ne l'y trouve pas totidem verbis^ elle y est totidem litierisj et qu'enfin, si elle n'y est point du tout, ce n'est pas à un évêque à le dire.

Mais mon oncle a toujours soutenu que Dieu est bon; qu'il a donné l'intelligence à ceux qu'il a favorisés; qu'il a suppléé à notre ignorance. Mon oncle n'a point dit d'injures aux savants; il n'a jamais cherché à persécuter personne : au contraire, il a écrit contre l'intolérance le livre le plus honnête', le plus circonspect, le plus chrétien, le plus rempli de piété, qu'on ait fait depuis Thomas à-Kempis. Mon oncle , quoique un peu enclin à la raillerie, était pétri de douceur et d'indulgence. Il fit plusieurs pièces de théâtre dans sa jeunesse, tandis que l'évêque Warburton ne pouvait que commenter des comédies. Mon oncle, quand on sifHait ses pièces , sifflait comme les autres. Si Warburton a fait imprimer Guillaume Shakespeare avec des notes, l'abbé Bazin a fait imprimer ^ierre Cor-

< Trmiié sur /« toiértatee; voyei tome XLI , plg^ a 1 3. B.

36o CHAP. XV. DK WARBURTOSr.

iieille aussi avec des notes'. Si Warburton gouverne une église, Tabbé Bazin en a fait bâtir une qui n*approche pas à la vérité de la magnificence de M. Le Franc de Pompignan % mais enfin qui estassez propre. £n un motj je prendrai toujours le parti de mon oncle.

Conclusion des chapitres précédents.

Tout le monde connaît cette réponse prudente d'un cocher à un batelier: Si tu me dis que mon carrosse est un belitre, je te dirai que ton bateau est un maraud. Le batelier qui a écrit contre mon oncle a trouvé en moi un cocher qui le mène grand train. Ce sont là de ces Honnêtetés littéraires^ dont on ne saurait fournir trop d'exemples pour former les jeunes gens à la politesse et au beau ton. Mais je préfère encore au beau discours de ce cocher l'apophthegme de Montaigne : <c Ne regarde pas qui est le plus savant, mais qui est le <c mieux savant ^. » La science ne consiste pas à répéter au hasard ce que les autres ont dit; à coudre à un passage hébreu qu'on n'entend point un passage grec qu'on entend mal; à mettre dans un nouvel in-douze ce qu'on a trouvé dans un vieil in-folio; à crier,

* Le Théâtre de P. ComeiUeavec des commentaires, 1 764, douze volume» in«>8" ; voyez ma PréSice du tome XXXV. B.

* Voyez la Lettre de M. de L'Écluse, tome XLI^ page 3. B.

3 Voyez tome XLII, pa|;e 63a. B.

4 Voyez ri-desBUS , page 345. B.

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