‹ Œuvres de VoltaireChapitre 73 sur 125 · SUR LA MODESTIE DE WARBURTOIT · texte numérisé non relu

SUR LA MODESTIE DE WARBURTOIT

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Sur la inodettie de Warborton, et sur son système antimosalque.

La nature de i^homme est si faible, et on a tant d'af* faires clans cette vie, que j*ai oublie, en parlant de ce cher Warburton, de remarquer combien cet ëvéque serait pernicieux à la religion chrétienne, et à toute religion, si mon oncle ne s'était pas opposé vigou» reusement à sa hardiesse.

« IjCS anciens sages, dit Warburton', crurent légicf time et utile au public de dire le contraire de ce <c quMIs pensaient. »

«^L'utilité, et non la vérité, était le but de la realigion.v

Il emploie un chapitre entier à fortifier ce système par tous les exemples qu'il peut accumuler.

Remarquez que, pour prouver que les Juifs étaient une nation instruite par Dieu même , il dit que la doctrine de l'immortalité de l'ame et d'un jugement après la mort est d'une nécessité absolue, et que les Juifs ne la connaissaient pas. « Tout le monde , dit-il (^all man'^ a kind) , et spécialement les nations les plus savantes « et les plus sages de l'antiquité , sont convenues de «ce principe%»

Voyez, mon cher lecteur, quelle horreur et quelle erreur dans ce peu de paroles qui font le sujet de son

* Tome il , page 89. — ^ Tome II , psge 91. — * Tome I, page 87.

364 CHAFITmE XYIl.

livre. Si toat FtiDiTers, et particalîèremeiit les natioos les plus sages et les plus savantes, crojaieot rimmortalité de Famé, les Juifs, qui oe la croyairat pas, u'étaieot dooc qu*uo peuple de brutes et d^inseosés que Dieu oe conduisait pas. Voilà rhorrenr daos un prêtre qui insulte les pauvres laiaues. Hélas! que n'eût-il point dit contre un laïque qui eût avancé les mêmes propositions! Voici maintenant Terreur.

C*est que, du temps que les Juifs éUiient une petite horde de Bédouins , errante dans les déserts de FArabie pétrée, on ne peut prouver que toutes les nations du monde crussent Famé immortelle. L'abbé Bazin était persuadé, à la vérité, que cette opinion était reçue chez les Chaldéens, chez les Persans, chez les Égyp* tiens, c'est-à-dire chez les philosophes de ces nations; mais il est certain que les Chinois n'en avaient aucune connaissance, et qu'il n'en est point parlé dans les Cinq KlngSf qui sont antérieurs de plusieurs siècles au temps de Fhabitation des Juifs dans les déserts d'Oreb et de Cadès-Barné.

Comment donc ce Warburton, en avançant des choses si dangereuses, et en se trompant si grossièrement, a-t-il pu attaquer les philosophes , et particulièrement Fabbé Bazin , dont il aurait dû rechercher le suffrage?

N'attribuez cette inconséquence , mes frères, qu'à la vanité. C'est elle qui nous fait agir contre nos intérêts. La raison dit : Nous hasardons une entreprise difficile, ayons des partisans. L'amour-propre crie: Ecrasons tout pour régner. On croit Famour-propre; alors on finit par être écrasé soi-même.

sua LA HODESTI£ DE WARBURTOU , ETC. 365

J'ajouterai encore à ce petit appendix que l'abbë Bazin est le premier qui ait prouvé que les Égyptiens sont un peuple très nouveau ^ quoiqu'ils soient beaucoup plus anciens que les Juifs. Nul savant n'a contredit la raison qu'il en apporte; c'est qu'un pays inondé quatre mois de l'année depuis qu'il est coupé par des canaux, devait éti*e inondé au moins huit mois de Tannée , avant que ces canaux eussent été faits. Or un pays toujours inondé était inhabitable. Il a fallu des travaux immenses , et par conséquent une multitude de siècles pour former l'Egypte.

Par conséquent les Syriens , les Babyloniens, les Pei*sans, les Indiens, les Chinois, les Japonais, etc., durent être formés en corps de peuples très longtemps avant que l'Egypte pût devenir une habitation tolérable. On tirera de cette vérité les conclusions qu'on voudra, cela ne me regarde pas. Mais y a-t-il bien des gens qui se soucient de l'antiquité égyptienne?

Des hommes de difTérentes couleurs.

Mon devoir m'oblige de dire que l'abbé Bazin admirait la sagesse éternelle dans cette profusion de variétés dont elle a couvert notre petit globe. Il ne pensait pas que les huîtres d'Angleterre fussent engendrées des crocodiles du Nil , ni que les girofliers des lies Moluques tirassent leur origine des sapins

'YoycE lone XV, page 48. B.

366 CHAP. XVIIl. DES HOMMES

des Pyrénées. Il respectait également les barbes des Orientauk, et les mentons dépourvus à jamais de poil follet, que Dieu a donnés aux Américains. Les yeux de perdrix des albinos ; leurs cheveux , qui sont de la plus belle soie et du plus beau blond; la blancheur éclatante de leur peau , leurs longues oreilles , leur petite taille d'environ trois pieds et demi, le ravissaient en extase quand il les comparait aux nègres leurs voisins, qui ont de la laine sur la tête, et de la barbe au menton^ que Dieu a refusée aux albinos. Il avait vu des hommes rougeë , il en avait vu de couleur dé cuivre, il avait manié le tablier qui pend aux Hottentots et aux Hottentotes depuis le nombril jusqu'à la moitié des cuisses* O profusion de richesses ! s'écriait-iL O que la nature est féconde !

Je suis bien aise de révéler ici aux cinq ou six lecteurs qui voudront s'instruire dans cette diatribe, que l'abbé Bazin a été violeniment attaqué dans un journal nommé Économique^ que j'ai acheté jusqu'à présent, et que je n'achèterai plus. J'ai été sensiblement affligé que cet économe, après m'avoir donné une recette infaillible contre les punaises et contre la rage,*et après m'avoir appris le secret d'éteindre en un moment le feu d'une cheminée, s'exprime sur l'abbé Bazin avec une cruauté que vous allez voir.

a * L'opinion de M. l'abbé Bazin % qui croit ou fait

"P^e 309. Recueil de 1765.

> Duiftie Journal économique de juillet 1765, ptge Sog, on lit : «L^opî « nion de M. de Voltaire qui croit, etc. « ht Jonmal écànomiqtte tL eoninencé en 1751. Chacune des années 1751, Sa, 53, a six volumes in-ia. Lei années 1754 à 1757 ont chacune quatre volumes iu-ta. Les années 1758 à 1771 inclus forment chacune un tolune grand in -S*. B.

DE diffbreutes couleurs. 367

«semblant de croire qu'il y a plusieurs espèces « d'hommes , est aussi absurde que celle de quelques a philosophes païens , qui ont imaginé des atomes « blancs et des atomes noirs , dont la réunion fortuite a a produit divers hommes et divers animaux. »

M. l'abbé Bazin avait vu dans ses voyages une partie du reticulum mucosum d'un nègre, lequel était entièrement noir; c'est un fait connu de tous les anatomistes de l'Europe. Quiconque voudra faire disséquer un nègre (j'entends après sa mort), trouvera cette membrane muqueuse noire comme de l'encre de la tête aux pieds. Or si ce réseau est noir chez les nègres, et blanc chez nous, c'est donc une différence spécifique. Or une différence spécifique entre deux races forme assurément deux races différentes. Cela n'a nul rapport aux atomes blancs 9t rouges d'Anaxa* gore , qui vivait environ deux mille trois cents ans avant mon oncle.

Il vit non seulement des nègres et des albinos qu'il examina très soigneusement, mais il vit aussi quatre rouges qui vinrent en France en 1735. Le même économe lui a nié ces rouges. Il prétend que les habitants des îles Caraïbes ne sont rouges que lorsqu'ils sont peints. On voit bien que cet homme-là n'a pas voyagé en Amérique. Je ne dirai pas que mon oncle y ait été, car je suis vrai; mais voie! une lettre que je viens de recevoir d'un homme qui a résidé longtemps à la Guadeloupe 9 en qualité d'officier du roi.

« Il y a réellement à la Guadeloupe, dans un quar- « tier de la grande terre nommée le Pistolet y dépen- «dant de la pai-oisse de l'anse Bertrand, cinq ou six

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