A WARBURTON
Tu exerces ton insolence et tes fureurs sur les étrangers comme sur tes compatriotes. Tu voulais que ton nom fût partout en horreur, tu as réussi : après avoir commenté Shakespeare, tu as commenté Moïse; tu as écrit une rapsodie en quatre gros volumes ', pour montrer que Dieu n'a jamais enseigné l'immortalité de Famé pendant près de quatre mille ans; et tandis qu'Homère l'annonce, tu veux qu'elle soit ignorée dans V Écriture sainte. Ce dogme est celui de toutes les nations policées; et tu prétends que les Juifs ne le connaissaient pas.
Ayant mis ainsi le vrai Dieu au-dessous des faux dieux, tu feins de soutenir une religion que tu as violemment combattue; tu crois expier ton scandale en attaquant les sages; tu penses te laver en les couvrant de ton ordure; tu crois écraser d'une main la religion chrétienne, et tous les littérateurs de l'autre : tel est ton caractère. Ce mélange d'orgueil, d'envie,
< Dilcmbert, dans i» lettre du 4 aogiute 1767, • Voltaire , lui dit que cette répoofle à Warburtoo était trop amère , encore bien que le patriarche ne fît qu'user de représailles contre le pédant évèque de Glocester ; et Grimm , tout en avouant , dans sa Cormspondanee , que cette Icltre n*est pas tendre» ajoute que Warburton pouvait passer, en Angleterre , pour le La Baumelle de Voltaira ; œ qui s'accorde avec ce qu'en dit ce dernier dans les chapitres XIII, xnr et xv de la Défense de mon oncle. Nous pensons, au surplus, que cette soi-disant fi^étie fut composée vers le mois de juillet 1767. Cl. — Voyei aussi, ci-dessus, le chap. xv de la Défense démon oncle, B.
* Divine légation ofMoses; 1 766 , cinq volumes in-8*. Ci..
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et de témérité, n'est pas ordinaire. Il t'a effrayé toimême ; tu t'es enveloppé dans les nuages de l'antiquité, et dans l'obscurité de ton style; tu as couvert d'un masque ton affreux visage. Voyons si l'on peut faire tomber d'un seul coup ce masque ridicule.
Tous les sages s'accordent à penser que la législation des Juifs les rendait nécessairement les ennemis des nations.
Tu contredis cette opinion si générale, et si vraie, dans ton style de BillingsgcUe *. Voici tes paroles : « Je tf ne crois pas qu'il soit aisé d'entasser, même dans le «plus sale égout de l'irréligion, tant de faussetés, «d'absurdités, et de malice.... Comment peut-il souoc tenir à visage découvert, et à la face du soleil, que « la loi mosaïque ordonnait aux Juifs d'entreprendre a de vastes conquêtes, ou qu'elle les y encourageait, oc puisqu'elle leur assignait un district très borné?»
Je passe sous silence les injures aussi grossières que lâches , dignes des porte-faix de Londres et de toi , et je viens à ce que tu oses appeler des raisons : elles sont moins fortes que tes injures.
Voyons d'abord s'il est vrai qu'on ait promis aux Juifs un si petit district.
« £n ce jour ', le Seigneur fit un pacte avec Abracc ham , et lui dit : Je donnerai à ta semence la terre « depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve d'Eu- « phrate. »
C'était promettre aux Juifs, par serment, l'isthme
I Bittingsgate signifie langage des halles. B. * Genèse, XT, 18. B.
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de Suez, une partie de l'Egypte, l'Arabie entière, tout ce qui fut depuis le royaume des Séleucides. Si c*est là un petit pays 9 il faut que les Juifs fussent dif* ficiles t il est vrai qu'ils ne l'ont pas possédé, mais il ne leur a pas été moins promis.
' Les Juifs renfermés dans le Canaan vécurent des siècles sans connaître ces vastes contrées , et ils n'eurent guère de notions de l'Euphrate et du Tigre que pour y être traînés en esclavage. Mais voici bien d'autres promesses; voyez Isaîe au chap. xux'.
a Le Seigneur a dit : J'étendrai mes mains sur « toutes les nations : j'élèverai mon signe sur les peu- «c pies ; ils vous apporteront leurs fils dans leurs bras, a et leurs filles sur leurs épaules; les rois seront vos cr nourriciers, et leurs filles vos nourrices; ils vous «adoreront, le visage en terre, et ils lécheront la a poudre de vos pieds. »
N'est-ce pas leur promettre évidemment qu'Us seront les maîtres du monde, et que tous les rois seront leurs esclaves? Eh bien! Warburtoo, que dis-tu de ce petit district ?
Tu sais sur combien de passages les Juifs fondaient leur orgueil et leurs vaines espérances; mais ceux-ci suffisent pour démontrer que tu n'as pas même entendu les livres saints contre lesquels tu as écrit. Vois si le sale égout de l'irréligion n'est pas celui dans lequel tu barbotes.
Venons maintenant ' à la haine invétérée que les
> Verwt ma. B. — * Voyw toaie XV, pt^e 190. B. MiLAaasB. VIL s;
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Israélites avaient conçue contre toutes les nations. ' Dis-moi si on égorge les pères et les mères, les fils et les filles, les enfants à la mamelle, et les animaux même sans ha!r ? Tu hais, tu calomnies; on te déteste dans ton pays , et tu détestes ; mais si tu avais trempé dans le sang tes mains qui dégouttent de fiel et d'encre, oserais-tu dire que tu aurais assassiné sans co- 1ère et sans haine ? Relis tous les passages où il est ordonné aux Juifs de ne pas laisser une ame en vie, et dis, si tu en as le front, qu'il ne leur était pas permis de haïr. £st«il possible qu'un cœur tel que le tien se trompe si grossièrement sur la haine? C'est un usurier qui ne sait pas compter.
Quoi ! ordonner qu'on ne mange pas dans le plat dont un étranger s'est servi , de ne pas toucher ses habits , ce n'est pas ordonner l'aversion pour les étrangers ?
On me dira qu'il y a beaucoup d'honnêtes gens qui, sans te montrer de colère, ne veulent pas dîner avec toi, par la seule raison que ton pédantisme les ennuie, et que ton insolence les révolte; mais sois sûr qu'ils te haïssent, toi et tous les pédants barbares qui te ressemblent.
Les Juifs, dis«tn, ne haïssent que l'idolâtrie, et non les idolâtres : plaisante distinction!
Un jour un tigre rassasié de carnage rencontra des brebis qui prirent la fuite; il courut après elles, et leur dit : Mes enfants , vous vous imaginez que je ne vous aime point, vous avez tort; c'est votre bêlement que je hais; mais j'ai du goAt pour vos personnes, et
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je VOUS chéris au point que je ne veux faire qu'une chair avec vous; je m'unis à vous par la chair et le sang. Je bois l'un, je mange l'autre pour vous incorporer à moi : jugez si l'on peut aimer plus intimement.
Bonsoir, Warburton.