‹ Œuvres de VoltaireChapitre 99 sur 125 · DS WOOL8TOV · texte numérisé non relu

DS WOOL8TOV

Le trop fameux Thomas Woolston, maître-ès-arts de Cambridge, se distingua, vers l'an 1726, par ses discours contre les miracles de JésusrChrist,et leva l'étendard si hautement, qu'il fesait vendre à T^ondres son ouvrage dans sa propre maison. On en fit trois éditions coup sur coup de dix mille exemplaj;res chacune.

Personne n'avait encore porté si loin la témérité et le scandale. Il traite de contes puérils et extravagants les miracles et la résurrection de notre Sauveur. Il dit que quand Jésus-Christ changea l'eau en vin pour des convives qui étaient déjà ivres, c'est qu'apparemment il fit du punch. Dieu emporté par le diable sur le pinacle du temple, et sur une montagne dont on voyait tous les royaumes de la terre, lui parait un blasphème monstrueux. Le diable envoyé dans un troupeau de deux mille cochons, le figuier séché pour n'avoir pas porté de figues quand ce n'était pas le temps des figues, la transfiguration de Jésus, ses habits devenus tout blancs, sa convei^ sation avec Moïse et Élic, enfin toute son histoire

sacrée est travestie en roman ridicule. Woolston n'épargne pas les termes les plus injurieux et les plus méprisants. Il appelle souvent notre Seigneur Jésus-Christ The felloWy ce compagnon, ce garnement, a wandererj un yagabond , a mendicant friar, un frère coupe-chou mendiant.

Il se sauve pourtant à la faveur du sens mystique , en disant que ces miracles sont de pieuses allégories. Tous les bons chrétiens n'en ont pas moins eu son livre en horreur.

Il y eut un jour une dévote qui, en le voyant passer dans la rue, lui cracha au visage. Il s'essuya tranquillement, et lui dit : C'est ainsi que les Juifs ont traité votre Dieu. Il mourut en paix en disant : 'Tis a pass everj man must corne to , c'est un tergie où tout homme doit arriver. Vous trouverez dans le Dictionnaire portatif àe l'abbé Ladvocat, et dans un nouveau Dictionnaire portatif ^j oii les mêmes erreurs sont copiées, que Woolston est mort en prison, en 1733. Rien n'est plus faux; plusieurs de mes amis l'ont vu dans sa maison ; il est mort libi*e chez lui.

On a regardé Warburton, évêque de Glocesler, comme un des plus hardis infidèles qui aient jamais écrit, parcequ'après avoir commenté Shakespeare, dont les comédies , et même quelquefois les tragédies , fourmillent de quolibets licencieux , il a soutenu , dans sa Légation de Moïse j que Dieu n'a point enseigné

* Celui de Ghaudou ; voyez ma aute , tome XiX , page 35. B.

à son peuple chëri l'iramortalité de l'ame. II se peut qu'on ait jugé cet évêque trop durement, et que l'orgueil et l'esprit satirique qu'on lui reprocha aient soulevé toute la nation. On a beaucoup écrit contre lui. Les deux premiers volumes de son ouvrage n'ont paru qu'un vain fatras d'érudition erronée, dans lesquels il ne traite pas même son sujet, et qui de plus sont contraires à son sujet, puisqu'ils ne tendent qu'à prouver que tous les législateurs ont établi pour principe de leurs religions l'immortalité de l'ame; en quoi même Warburton se trompe, car ni Sanchoniathon le Phénicien , ni le livre des cinq Kings chinois, ni Confucius, n'admettent ce principe.

Mais jamais Warburton dans tous ses faux-fuyants n'a pu répondre aux grands arguments personnels dont on l'a accablé. Vous prétendez que tous les sages ont posé pour fondement de la religion l'immortalité de l'ame, les peines et les récompenses après la mort; or. Moïse n'en parle ni dans son Décaloguej ni dans aucune de ses lois; donc Moïse, de votre aveu, n'était pas un sage.

'Ou il était instruit de ce grand dogme, ou il l'ignorait. S'il en était instruit, il est coupable de ne l'avoir pas enseigné; s'il l'ignorait, il était indigne d'être législateur.

Ou Dieu inspirait Moïse, ou ce n'était qu'un charlatan. Si Dieu inspirait Moïse, il ne pouvait lui cacher l'immortalité de l'ame; et s'il ne lui a pas appris ce que tous les Égyptiens savaient , Dieu l'a trompé

I Voyez la note, tome XXVI, pages iii-aa. B.

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et a trompé tont son peuple. Si Moise n'était qu'un charlatan, vous détruisez toute la loi mosaïque, et par conséquent vous sapez par le fondement la religion chrétienne bâtie sur la mosaïque. Enfin , si Dieu a trompé Moïse, vous faites de l'Être infiniment parfait un séducteur et un fripon. De quelque côté que vous vous tourniez, vous blasphémez.

Vous croyez vous tirer d'affaire en disant que Dieu payait son peuple comptant, en le punissant temporellement de ses transgressions, et en le récompensant par les biens de la terre quand il était fidèle. Cette évasion est pitoyable ; car combien de transgresseurs ont passé leurs jours dans les délices! témoin Salomon. Ne faut- il pas avoir perdu le bon sens ou la pudeur pour dire que chez les Juifs aucun scélérat n'échappait à la punition temporelle ? N'estil pas parlé cent fois du bonheur des méchants dans l'Écriture ?

Nous savions avant vous que ni le Décalogue ni le LêvUique ne font mention de l'immortalité de l'ame, ni de sa spiritualité, ni des peines et des récompenses dans une autre vie ; mais ce n'était pas à vous à le dire. Ce qui est pardonnable à un laïque ne l'est pasT à un prêtre ; et surtout vous ne devez pas le dire dans quatre volumes ennuyeux <.

Voilà ce que l'on objecte à Warburton; il a répondu par des injures atroces ; et il a cru enfin qu'il avait raison , parceque son évéché lui vaut deux mille cinq cents guinées de rentes. Toute l'Angleterre s'est

> Le traité de la Divine légation de Moise, par Warburton , a cinq volames; voyez la note, page 41 5. B.

dëclarée contre lui malgré ses guinées. Il s'est rendu odieux par la virulence de son insolent caractère, beaucoup plus que par l'absurdité de son système.

DS BOUVOBKOUI.

Milord Bolingbroke a été plus audacieux que Warburton , et de meilleure foi. Il ne cesse de dire , dans ses OEuvres philosophique^ y que les athées sont beaucoup moins dangereux que les théologiens. Il raisonnait en ministre d'état qui savait combien de sang les querelles théologiques ont coûté à l'Angleterre ; mais il devait s'en tenir à proscrire la théologie, et non la religion chrétienne dont tout homme d'état peut tirer de très grands avantages, pour le genre humain, en la resserrant dans ses bornes, si elle les a franchies. On a publié après la mort du lord Bolingbroke quelques uns de ses ouvrages ' plus violents encore que son Recueil philosophique; il y déploie une éloquence funeste. Personne n'a jamais écrit rien de plus fort; on voit qu'il avait la religion chrétienne en horreur. Il est triste qu'un si' sublime génie ait voulu couper par la racine un arbre qu'il pouvait rendre très utile en élaguant les branches, et en nettoyant sa mousse.

On peut épurer la religion '. On commença ce grand ouvrage il y a près de deux cent cinquante années; mais les hommes ne s'éclairent que par de-

I Toluîre Teal parier de XExamm imfnfrkuitp qa*îl donna mus le non de Bolingbroke, et qui &it partie du présent volume ; voyez p. 3g et suiv. B.

* Cet alinéa a été reproduit par Voltaire dans le 94* Dialogue de son A. B. C; Voyei tome XLY. B.

grès. Qui aurait prévu alors qu'on analyserait tes rayons du soleil , qu'on électriserait avec le tonnerre , et qu'on découvrirait la loi de gravitation universelle,loi qui préside à l'univers? Il est temps, selon Bolingbroke, qu'on bannisse la théologie, comme on a banni l'astrologie judiciaire, la soicellerie, la possession du diable, la baguette divinatoire, la panacée universelle, et les jésuites. La lliéologie n'a jamais servi qu'à renverser les 'lois vt qu a corrompre les cœurs; elle seule fait les athées; car te grand nombre des théologiens qui est assez sensé pour voir le ridicule de cette science chimérique, n'en sait pas assez pour lui substituer une saine pliilosophie. La théologie, disent-ils, est, selon la siguiBcntion du mot, la science de Dieu. Or, les polissons qui ont profané cette science ont donné de Dieu des idées absurdes; et de ta ils concluent que la Divinité est une chimère, parceqtie la théologie es) c)iiniérique. C'est précisément dire qu'il ne faut ni prendre du quinquina pour la Sèvre, ni faire diète dans \a pléthore, ni être saigné dans l'apoplexie, parccqu'il y a eu de mauvais médecins; c'est nier la connaissance du cours des astres, parcequ'il y a eu des astrologues; c'est nier les effets évidents de la chimie, parceque des chimistes charlatans ont prétendu faire de l'or. Les gens du monde, encore plus ignorants que ces petits théologiens, disent: Voilà des bacheliers et des licenciés qui ne croient pas en Dieu ; pourquoi y croirions-nous? Voilà quelle est la suite funeste de l'esprit théologique. Une fausse science fait les athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la Divi-

nité; elle rend juste et sage celui que l'abus de la théologie a rendu inique et insensé.

os THOMAS CHUBB'.

Thomas Chubb est un philosophe formé par la nature. La subtilité de son génie, dont il abusa , lui fit embrasser non seulement le parti des sociniens, qui ne regardent Jésus -Christ que comme un homme, mais enfin celui des théistes rigides, qui reconnaissent un Dieu, et n'admettent aucun mystère. Ses égarements sont méthodiques : il voudrait réunir tous les hommes dans une religion qu'il croit épurée, parcequ'elle est simple. Le mot de christianisme est à chaque page dans ses divers ouvrages , mais la chose ne s y trouve pas. Il ose penser que Jésus -Christ a été de la religion de Thomas Chubb; mais il n'est pas de la religion de Jésus-(Mirist. Un abus perpétuel des mots est le fondement de sa persuasion. Jésus-Christ a dit : Aimez Dieu et votre prochain , voilà toute la loi , voilà tout l'homme. Chubb s'en tient à ces paroles , il écarte tout le reste. Notre Sauveur lui paraît un philosophe comme Socrate, qui fut mis à mort comme lui pour avoir combattu les superstitions et les prêtres de son pays. D'ailleurs il a écrit avec retenue , il s'est toujours couvert d'un voile. Les obscurités dans lesquelles il s'enveloppe lui ont donné plus de réputation que de lecteurs.

> Né en 1679, mort eo 1747. B.

MiLAjroBs. VII. 3 s

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