‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 24 sur 47 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Ils passèrent tous deux k miit clans det songes agréables. Mais à pe^ne I*hiro»delle maûneuse eût-elle salué Paabe du jonr, que tout-à-conp le chant des bergères et les flûtes des bergers dissipèrent les songes de Dapfanis. Les hergen et leors belles montoient dé}a le côtean y en se tenant par la main^ et chantolenc pour Daphnis , et devant sa cabane , un joyeux épithalame. Transporté de joie y Daphnie ee levé : Je te salue y s'écria-t-ii à plusieurs reprises ; je te salue y 6 le plus heureax de mes jours ! Bientôt il parut couronné de fleurs y ses cheveux bruna noués avec un ruban neuf, et paré pour la fête. H 6'avança légèrement an 'milieu des jeunes garçons et des jeunes £lles y qui le reçurent en poussant des cris d'alégresse. péja Aristns et Amyntas s^étolent mêlés parmi cette jeunesse , et se réjouissoient de la voir paroître à la fête de ]>aphnis. • Ils descendirent ensuite le cdteau ; et les

vieillards les suivoient des yeux y d'un air satisfait. Arrivés au bord du fleuve, ils sautèrent dans les bateaux rangés sur la rive y et décorés d'un beau berceau de vèrdttre. Ils passèrent , en chantant y à l'autire rive ^ où plusieurs bateaux , pareillement décSorés de feuillages et de banderoles , attendoient les bergers et les berge^rtis d$ c^ bord^. Ils sortent des batçaux , ils les .attachent y et s^avancent, en chan^ tant à haute voix ,. vers la cabane de Pbilis, où une troupe nombreuse de jeunes Elles 6t de jeunes garçons etoit assemblée. Ils se méjen^ gaiement ense^ible ; mais Daphnis vdie dans la caban,e où Philis l'accueillit par mille baisers.

Pendant ce temps , les bergers et les bergères ' attendoient en chantant. Un jeune berger ^ d'une rare beauté , doiit les Jongs cheveu^ étoâentblonds^y oonduisoit la jeunesse dâ J'autre rive. Il portoit sous son bras une lyre . 4*ivoire avec laquelle il ressembloit au bel Apollon , lorsque ce dieu lulomépfe étoit berger. Aucun l^ergeir 4^ ces cantons ! «ç l'égalât pour les grâces

LITILE.TllOISIEME. IQ9

et la sagesse. Il ayoit une grande connoissonce de ^influence des astres , delà vertu des simples ; et malgré sa jeunesse f il étoit déjà l'oracle des contrées d'alentour. D'ailleurs il étoit aussi le meilleur faiseur de chansons ; et si-tôt qu'il en paroissoit une nouvelle de lui , tout le canton la chantoit. C'étoit la vertu , l'amour et les plaisirs de la jeunesse qui étoient l'objet de ses chants : on chantent ses hymnes dans les temples 9 les iours> solemnels. Quand il étoit aux pâturages , assis auprès. de son troupeau, les jeunes filles et les jeunes garons venoient s'y rendre ; et ils le prioient de chanter un air aux accords de sa lyre. Ils s'asseyoient autpur de lui, comme. les agiteau^ qui se reposent, pendant l'ardeur du midi , autour de la tige ^un arbre qui étend sur eux ses branches et son ombrage. Les accens de sa voix se marioient si mélodieusement aux sons de sa lyre , qu'ilsoublioient tout , et qu'ils eroyoi^nt. être parmi les dieux. La nature l'avoit doiiéule bien d'autres talens; car il saroit tray^iUei;. artist^mest dessjtatues

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en bois j qu'il plaçoit dans les temples :

celles des nymphes de la grotte ëtoient de sa main savante ; et dans le bocage Toîsin ) ii avoit placé y sous le chêne* le plus élevé y la figure de Pan.

Il ayoit aussi sculpté na' cupidon : on auroit reconnu le petit dieu , quand même il auroit été sans flèche et sans carquois.

La gaieté de son sourire y la vivacité de sa contenance déoonvroient que c'étoit Amour. Il plaça cette statue dans un berceau de son verger. Un jour le jeune homme y étant dans le berceau à répéter , au clair de la lune y une chanson d*amour , entendit un bruit doux , comme quand le zéphyr se joue dans le feuillage y .ou que les abeilles font entendre leurs bourdonnemens : et un parfum plus délicieux que celui des roses , se répandit autour de lui.

Cétoit le fils de Vénus ^ escorté d^une troupe d'Amours folâtres , qui descendoie dans le berceau^ sur un nuage argentin.»

Les petits Amours étoieitt répandus ei»

partie sur les rameaux qui sebalaiîçoienty en partie sur des flèurs comme dea abeilles.

LIVILE TILOISZEME. 111

Jeune homme , dit PAmour y c'est à moi qjoie tout Punivers bâtit des autels ; c'est moi que tout POiympe révère ; ce hit moi qui rendis autrefois les dieux jaloux du* séjour d'Apollon parmi les bergers ; c'est moi qui aiguise l'esprit ^ qui rends les mortels plus humain», et les cœurs droits plus sensibles à la yertu. Le prince m'honore sur son trône y comme le berger dans son hameau : j'enflamme le TÎcieux pour son châtiment ; mais je comble la vie de l'homme de bien y des plus grands plaisirs qu'un mortel puisse goûter : je lui fais éprou* Ter les désirs voluptueux y la douleur tendre 9 les transports languissans. Mais il est peu de mortels qui m'aient révéré encore avec un cœur aussi sensible que toi : je veux te rendre heureux; nul mortel ne le sera- autant que toi. Amour dit et disparut.

Le jeune homme éprouva y depuis ce momeiit y des sentimens nouveaux. Une douce passion pour une beauté qu'il ne connoissoit encore qu'en idée , l'entretenoit dans une délicieuse mélancolie. Dès que

llfl . ? DAPHNIS.

1^8 oiseaux saluoient le retour de l'aurore , ai-tôt que la lune commençoit à paroitre , il se remdoit dans le berceau du dieu d* Amour ; et toutes les fois qu'il y arrivoit le matin , il trouFoit la tête de son Amoi^*. couronnée d'une guirlande fraîche. Sur-, pris , il prit cela pour un heureux présage.

Un soir , étant dans le berceau , il réfléchit sur les guirlandes 9 et résolut de veiller auprès de la statue. Il veilla en silence , Jusqu'au milieu de la nuit ; alors , il entendit du bruit : il se tint caché derrière la statue ) et une jeune fille traversa doucement les bosquets qui couronnoient son )ardin. Intimidée , elles'avançoit, àpetits> pas y vers le berceau ; une robe blanche couvroit , en voltigeant, son corps délié; les boucles de sa brune chevelure iiottoient sur son vêtement blanc , et le long de ses épaules découvertes. Sa taille avantageuse la faisoit ressembler à Junon, mais sa gravité étoit plus riante. Entrée daiis le berceau, elle fixa d'un ceil languissant la statue» Amour I dit-elle en. soupirant, jusqu^à quand me dois-tu faire éprouver tea tour-

t.tT&£ T&OI8XBMB. ^]3

iiielia I H^las ! je soupire ^ je languit 1 Aà Dàmon ! ai tn Toyois cea larméa , . ai i ta TOyoia ces laimea de teUdreàte ^ qvâtwiÊt aeletit . de mes yeux languia^aia y tt^ 4ea eaftuierois par des baisera ; tju aoupireifoia | ta mWmerois i Quand est-ce que ^ penchée dans tés bras /je serai heureuse 1 Quand ett<e y 6 Amour ! que je chanterai tes louanges , en versant deé larm^ de joi,e (>

A ces mots 9 elle ceignit la tétç dé l'A* mour d'une guirlande de fleurs. 'Damon^ tout transporté, l'avoit entenduCé L'Amour s*ëtoit puissaminent enkparé de son cœnr palpitant : il soupire , il s'avance en trem* blantet sans parler; il se précipite à|>ras ouverts dans ceux de la jeune fille y qui le reçoit ; et il éprouve dans ce moment. ^ qu'il est le plus heureux des mortels.' Tet étoît le berger qui conduisoit la jemliAa^ de l'autre rive.

Le soleil du matin s'élevoit de derrière les montagnes y et les prairies .sourioient à l'éclat de ses rayons. Philia sortit enfin de sa cabane t les bergers et les bergères la saluèrent par des cris de îoiie* Daphnis,

ai4 DAPHNIS.

I)éau comme le jeune Bacchns > et souriaiit cenimeLpAmour y^ la conduieoit par laramn^ ec fe' mère de Plnlis les accompegnoit y mkm gaie que' les jeunes bergères. Ils se.

rendirefir tous , deux à deux, dans l€t liateflux V et cette grande flotte traversa iê fleure. On dit qu'on vit alor» dés Amoui^s voltiger diEUiS' les feuillages dés bateofux^ e'tqive ce furent le doux frémissement des féiiillés , le parfum des roses ,' et leurs jeux folfttreS dans les mbans et dans léë fleurs Stti^Wsein des belles , qui les firent décou* tHr^' Atritës snr la rire ,< chaque' berger pressbnr doucement sa bergère. , ' i'enleiva du* bâtéftu. Dapbnis et Philîs ^ morchaht lés premiers , les; conduisirent sUr le oô« teA)i^'d*-oii Amyntas y pénétré de la joie la plus vire, rint au-devant de là mère do Philip -ette^feçut'à brss ouverts» Je t« salue , lui disoit-il y en lui serrant les deux moivf s ; je té salue , ^ épouse du meilleur dè^'m^s^^âmîsl Que d'heureisx jaurs^ sont t^9ét^f^à k notre^ vwiltesse ! Je te salue.

At^liis €t Pbilétfts^ à qui Amyslas avqxk donne: ^ (Ail»âite f accourur^ti ftussLt aH<^

LIVIlJft TAOISXEME. Il5

defàat ;de i^hilit : ils ]a bénirent et l^m^ lurasserent.

Cependant les bergers et les bei^.res ^ formant un i^ercle ^ se rangèrent éomtne iuie!cdu]!onne 4e Hiettrs' autour àe l*%vtéi tànstrnît {Mmr TAmoiur ; ils chantèrent des lépitihàlaflies. Daphnie et Philis se tenoient devant l'autsl^ fakaîa «onple plus beau , plus tendre y n'a voit sacrifié à 1* Amour.

Des. couronnes de roses blanches et langes ceignoient leurs têtes 7 une chaîne de fleurs diapré es déscendoit de leurs épaules^ e( entour6it leurs reins. Daphnis tenait dans *88 main un tonrt^eau , Philis aine tourterelle ; ils égorgèrent ceà întao- «ena «animaux ^ qui 4>Bttoieiit doucement de leurs > ailes hés mafns qui leur donnoient kk fflortr* Philis^ touchée de «Compassion, trembloit *, ils posèrent ensuite les yîctimes sur la pierve destinée au sacrifice , et les cofii^rant ût petite» branches aromatiques , ibjreffsérens du miel et de Phuile pardessBS- Chaque couple de jeunes filles et de jenaes garçons s'avança , posa une guirlande sur' le sacrifice , qui fut bientôt

%l6 ,SAFB»IS.

«nibràaë ; et une nuée de doiuz purfomi monta , avec les chants et les ymux, y vers

roi^pe. '

O Amour! chantèrent les* beiges: et leà bejrgeres , accompagnés par des fiâtes ^ » dieu charmant de la tendresse, oh qu'il ». est doux d'aimer et d'étiré aimé ! Tout 9> ,aime ! Les divinités des boia , x:elles dés » fleuves ressentent les effets de rAmoui^ >> Le rossignol , pendant les nuits silencieiila>.ses , chante ton pouvoir ! Tout aime y 6 » Amour ! dieu charmant de la tendresse i

». L'Amour ne germe-t-il pas déjà dans ■> l'enfant qui balbutie, lorsque ^ d'un air » riant, il joue avec des fleurai Oui^- il » germe , comme , aux premiers jours idm a» printemps , une jeune fleur germe dani » le bouton. O Amour I 4ieU, charmant dé » la tendresse ! ( .

»> Celui qui n'ainie pas ,.paS8e ses jours » dans un hiver aride; il esf sembUble à M une eau dormante qui ne mufsuure pas^ » à un oiseau de nuit qui ne çhsÉnte poôat ^ M à un arbre stérile qui ne fleurit jamais. O u Amour ! dieu charinant de la tendresoeK

LIVaE T&OI6tEME. Il7

.itt'YQasqtti: aimez et qui êtes aiméaJ » l«a fl^fira n'ex|ia)fat«lle8 paa pour voua a» ;Hti pairfmn plpia doux que pour les au- 1» très J J^es fontaines ne vous charment- » ellea pas par )eur murmure 1 Tous les 1^ oiseaux ne vous gisent-ils paa , par leurs » chants, y des aira amoureux 1 O Amour !

w dieù charmant ,de la tendresse !

.,» Que i^an protège vos troupeaux y et M C^rès et Bajcchus vos fruits et y0B pam- )^;pre$:.que vos Pénates habitent avec » plaisirs vos cal^anés ! et toi hymen, se- MiCOue ton flambeau sur les époux , afin tt qiie leur «mobr ne se refroidisse )a- » mais. O hymen! dieu charmant de l*hys» menée, w

Fendant ce temps y le père de Dapfanis , ArisKus' et Philétas , retirés sur le pen* ehani; du. çèteau., avoient offert une victime à Panb, leàieu tutélaire deThomme champêtre : ils lui avoient sacrifié un béhéVy dont les cornes étoient entourées de Hei^e et de. rejetons de sapins. La mère 4e iPhilîs «dressa dès prières* aecrettes àtla dé^SHI d^ mystères des femmes ^ et fit

llB STAPKKIS^'

quelqit^s cërémonites particulières. Tmis 8e rassemblèrent eBsuite dans' le berceau , où la mère de Philis avôit ew soin d'oimer de fleurs une longue table , et de la courrir de mets et de fruits savoureux! Ils commencèrent à entourer la table i Phîli»

et Daphnis ëtoient au haut bout, ainsi que dans une guirlande bien faite > le lys «r la rose se trouvent placés sué* le iront blanc d*une jeune fille qui se- pare. Le petit enfant de Philétas éroit assis à côté de Philis ; la joie et les grâces sourioient sur ses joues ; sans cesse il levoit lea yeux sur elle , et lui baisoit la main. Aristnt et la mère de Philis, Amyntas et Philéta»

étoient assis ensuite : l'amitié et la satîs^ faction rajeunissoient leurs fronts.' lies doux souris, les contes qu'on faisoit Jt ses voisins , les mots basset enjoués qu*oi»

disoit à Poreille de - sa bergère , tout -aiinonçoit la liberté , la jotè et le bonheur.- Mais bientôt la vive jeunesse quitta ^ le»

berceau pour commencer des jeux plus gais. Ils dansèrent d'abord tons en rond , >»se tenant fortement par U maim Otiph*

LXVB.E TI10X8IEME. IIÇ

nîs étoît le premier dans le rond, Philit la dernière; et qpand le rond ce fermoit, ils se joignoient et s^embrassoient. Ensuitç toute la bande formoit un cercle en dansant* Il fallut ^ussi que Daphnis et Philis dansassent quelquefois seuls au milieu du rond : alors les filles et les garçons dansoient autour d'eux ; ou bien les meilleurs danseurs et les meilleures danseuses figu»

xoient les danses du mpissonneur, ou'd^ semeur, ou du yend^ngenr, ou du marinier , qu'ils caractérisoien^ par leurs mou- Temens : pendant ce temps, les autres chan<* toient les airs du moissonneur, du semeur, du yendangeur et du marinier. Les garçons, d^s des mouvemeps rapides, ^ouleyoient en tournant les filles riantes , de manieïe que leur yétement léger yoloit en l^air. Enfin , fatigués par la danse , ils retournèrent dans le berceau pour se rafraîchir à l'ombre , pour manger des fruits j pour folâtrer , et pûur se raconter des ayentures.

Une fois mon berger s'étoitb^en trompé, dit une Jeune . bergère eiy passant la main

120 DAPHKXS.

SOUS le menton de son berger; il s'étoit bien trompé y dit - elle , en adressant la parole à Philis : je lui ayois promis de l'aller joindre au bocage à nne certaine Heure; mais le pauvre berger fut obligé de m'attendre bien long- temps. J'arrivai enfin tout essoufflée , sans fleurs , mes cheveux en désordre y et ma guirlande déchirée. . . . Oui , oui y l'interrompit le berger. ... et la gorge toute découverte....

Je voulus me précipiter dans ses bras, contîivua la bergère en rougissant; mais il recula : Berger, lui dis- je , je n'ai pas pu arriver plutôt ; comme je me hàtois de venir te trouver y Damœt a couru après moi y et s'étant jeté sur mon sein y il m'a déchiré malicieusement ma guirlande; il m'a enlevé mes fleurs > et m'a dé£iit mes rubans : ainsi disois-je, et je voulus Pem-' brasser ; mais lui y plein de colère y prit la fuite. Berger ne me fuis pas ! m'écriaije ; il m'apportera d'a,utres fleurs. A ces mots il couroit encore plus fort. Je le suivis des yeux, et je vis qu'il frappoit la terre de son pied, et.... Oui, l'inter-

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