LA NUIT
elles Toient qu'une jeune beauté les a cueillies et les a placées sur son sein.
O vous y mes amis, ensevelis maintenant dans un lâche sommeil ^ ah! que n*étes- TOUS ici! Pour moi, si de loin j'avois vu briller à travers le feuillage la lumière qui TOUS éclaire ; si de loin j'avois entendu vos chansons, conune faurois volé dans vos bras! et enivré de joie, comme j'aurois mêlé ma voix aux refreins de vos airs !
Mais qu'est-ce que j'éprouve % quest-ce que j'entends? La gaieté, les jeux et les ris montent la colline : seroit-ce Bacchus , accompagné de son joyeux cortège 1
Mais non. Ah! quel transport de joie! Cest vous que je vois , ô mes amis ! vous montez la colline! Ça, couronnons - nous de bourgeons de vignes; asseyons-nous en
rond dans ce berceau Qui de nous
entonnera une chanson bachique ? Je veux qu'elle retentisse à travers le bocage voisin; je veux que les antres d'alentour la disent aux antres lointains.
Le faune qui dort dans sa grotte l'en-
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tend et se réveille : étonné , il prête une oreille attentive; il se levé en santant, répète notre chanson , et entame son outre de vin.
Phébns, lorsqu'il s'avance dans son char d'or, de derrière cette montagne , nous trouve encore assemblés. Hélas! s'écrie-t-il alors, depuis que je suis Phébus, je n'ai jamais été si gai que ces mortels. Il dit, et amassant de tristes nuages , il fait pleuvoir pendant toute une journée.
TABLEAU
DU DÉLUGE
JLléJA. les tours de marbre étoient ensevelies sous les flots y déjà des vagues noires rouloient l^urs masses énormes sur les t^tes des montagnes. Le front spurcilleux d'un rocher s'élevoît seul encQre du £ond des eaux . Un tumulte affreux régnoit autour 4e ses flancs battus par les flots ; les maU bcureux qui, dans leur désespoir, cherchoient à gravir sa cime, poussoient des cris lamentables , pendant que la mort , •portée sur les ondes, pour^uilvoit la plante de leurs pieds. Là, une portipn de I9.
■montagne «e détache , et se précipite avec tout son .fardeau d'hommes gémissans dans l'es Bpî» mutinés : ici , des courans impér fueiix, formés par les pluies orageuses;, temportent le fils, qui. cherche vaineinent k sauver son père mourant » ou à traîne )r plus haut sa mère désolée, : entourée: de
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char d'argent ; elle poussé un profond soupir, la chaste déesse.
La belle cessa de chanter. Déjà dans les grottes d'alentonr, Écho avait répété trois fois les demiefs sons de sa t(hx : la nature célébrok encére ses chantflf; le rossignol muet refttoit encore perché sur les branches tonffves 3 alors je m'approchai de la jeune fiJle. Beàitté diyine ! déesse! • . . . . Ainsi lui dis -je en balbutiant, en lui pressant la main, et en soupirant. Interdite, la jeune fille balssiet les yeux ^ elle rougit, elle sourit^ Sans force je tombai à ses côtés ; mes paroles entrecoupées, mes lèvres tremblantes, lui peignirent alcM's mon trouble et mes inexprimables transpcnrts.
Ma main gasuiche jouoiti a^éc ses mains mignones , posées Sur ses genoux légèrement vénis , tandis que nion braS droit étoit entrelacé autour de ion cou d^albâ^e , ombragé par les ondes^ de sa chevelure , et que ma main descendoit snr son sein palpitant. La belle alors soupira; je le sentis : pleine de langueur^ elle baissa les
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yeux; et, par foi foible effort, elle détourna ma main de son sein sonlevë. Intimidé, j'abandonnai le sein de la belle, et je renonçai mal -à -propos à tine victoire certaine.
Ah ! jeune beauté ! jeune beauté ! qu'est- , ce que j*éprouye? Je crains bien que tout volage que je suis, tu n'aies fait de moi un éternel esclave.
Mais, dieux! qu'aperçois- je là-bas sur cette plaine obscurcie ? Je vois des flammes bondir avec des flammes; je les Tois fuir et se poursuivre : les voilà qui dansent en cercle ; les voilà qui s'élancent avec la rapidité des éclairs par-dessus les forêts et les coteaux.
Vous êtes des dieux : le pieux villageois tremble à votre aspect, et l'audacieux philosophe vous nomme , d'une bouche impie, des vapeurs enflammées. Oui, \Qji9 êtes des divinités bienfaisantes, qui daignez apparoitre la nuit, pour conduire l'amant égaré auprès de son amante, qui l'attend avec impatience; ou, vous éclai-
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rez leurs pas lorsqu'ils Tont chercher les bocages discrets : mais vous égarez les jaloux et les envieux qui voudroient les trahir ; vous les conduisez dans des marais fangeux.
Mais, qu'êtes- vous devenues, divinités fugitives 1 Échappées à mes yeux, je ne vois plus de feux dans la contrée ténébreuse : je n'y apperçois plus qu'un petit Termisseau, qui, semblable à une petite lampe , brille suspendu à la tige d'une plante : il jette une foible lumière, comme la lampe expirante du cabinet d'un grave savant, qui s'est endormi au milieu des in-folio, tandis que sa chère moitié , pleine de dépit, occupe seule la couche nuptiale.
Muse , dis-moi , tu le sais , pourquoi des insectes portent-ils une lumière sur la partie inférieure de leur corps l D^où vient ce prodige? Jupiter aima un jour, comme il lui arrivoit assez souvent, une belle mortelle. Junon, toujours tourmentée par sa vieille jalousie, le poursuivît sans cesse.
Bile îgnoroit, la bonne déesse, les mœurs
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plus doiuîes des daines de nos jours, qui sourient sans oolere, et qui savent prendre une Tengeance plus modérée , lorsqu'elles Yoient que leurs maris içs négligent, pour •ppaiser l'ardeur de leurs feux auprès d'une suivante plus jeune et plus fringante. Enflammée de colère , ses yeux yigilans éclairèrent toutes ses démarches : elle le trouva un jour à la clarté de la lune , à l'abri d'un bocage solitaire, métamorphosé en scarabée, qui folàtroit sur le sein naissant, et dans les plis de la robe d'une jeune et belle fille; dans sa bouillante fureur, elle considéra long-temps du haut d'un nuage cette scène merveilleuse. » Les insectes n'ai- » ment d'ordinaire que les insectes. Quel M prodige de voir un vermisseau ailé, brûs> 1er pour une jeune fille! m Ainsi, ditelle , avec une raillerie amere, lorsque Jupiter reprit sa première forme, et serra dans ses bras la belle effrayée. » Malheu- »> reusc! s'écria Junon en fureur, tu seras 1» ce qu'il étoit tout à l'heure. » Et soudain la jeune fille, en punition de l'outrage fait