SE GES8KER
licatesse de son goût. Et poiirroi8-)e m'appuyer sur une preuve plus solide , que mei œuvres ont quelque mérite , que le chois que vous en faites pour entreprendre un travail qui tous coûtera tant de temps et tant d'application. En même temps je vois que l'approbation de la France , qui flaue le plus mon ambition , se soutient, et J'ose me flatter que diez elle, comme chez toute nation de bon goût , je serai immortalisé avec vous et par vous.
Dans vos lettres, monsieur, vous me détaillez les mêmes principes que je vouloir suivre dans ma grande édition ; mais j'ai resté bien au-dessous dans l'exécution : il faut être de votre force pour les atteindre* Le poëte qui veut écrira dans le genre pas* toral, gagne beaucoup en mettant la scène dans les âges les plus reculés; le seul moyen de gagner de la vraisemblance. G*est l'ancienne Grèce qui lui procure les plus grands avantages , tant par la noble simplicité des mœurs, que par la mythologie, qui est un fond infiniment riche pour les beautés poé-
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tiques les plus gracieuses et les plus variées. C'est là que j*ai mis mes scènes, tâchant de leur donner autant de cet air simple et antique qu*il me fût possible. Si l'artiste qui en veut tracer les tableaux n'entre pas entièrement dans les mêmes idées , si par exemple ses figures ont un air moderne , il impose au lecteur , altère le vrai point de yue , et il lui fera voir et se figurer les personnages et les scènes tout autrement que le pocte les a rues et pensées. Mais que dis-je ! vous avez mieux développé ces idées dans vos lettres, et vous les suivrez mieux que je ne le saurois, vous qui avec des talens supérieurs avez formé votre goût , votre théorie et votre art d'après le plus beau qui nous restç de l'antiquité.
M. Meister a le goût le plus épuré et le sentiment le plus fin. Sa délicatesse le rend toujours inquiet , lors même qu'il a l'admiration de tous les gens de goût. Sa traduction est un chef-d'œuvre y et pourtant il y trouve à retoucher. ''' La traduction de M.
* Voici ce qu'il en disoit à M. l'abbé Bertola : » lo mi professo obbligato anche piii al
DE GESSNER. !i,5'/
Huber a eu Papprobation de i^otre nation ; mais je n'ignore pas que M. Meister n*en est pas satisfait : lui qui connoît parfaitement bien les deux langues, en jugera beaucoup mieux que moi ; mais si elle a ses foiblesses y que faire "i
Je n'ai rien à vous envoyer y mon cher ami y mon porte-feuille est tout vuidë. Ma vie n'est plus cette vie tranquille ; des affaires en dérobent une partie , et je consacre le reste à Part et à mes amis. Mes ouvrages renferment ce que j'ai écrit, et ce que j'ai trouvé digne d'être imprimé.
Je vous avoue qu'il me feroit bien du plaisir de voir seulement une épreuve d'une ou de deux estampes qui sont destinées pour votre ouvrage.
M. Girardot de Marigni possède quatre tableaux qui sont de ma main ; si par hazard TOUS les voyez , ce seroit me rendre le ser-
» sig. Meister traduttore de' nuovi idili* il >* quale giurerei che abbia guardato il piu delle » volte non nelle mie poésie , ma nel fondo M della mia anima. » Yoy. Elogio di Gessner , «789, pag. 75.
TÎce le plus intéressant , si vous aviez la bonté de m'en dire yotre sentiment et votre critique un peu détaillée.
Que je regrette k doux plaisir de ne pas TOUS avoir vu^ comme vous passiez par la Suisse. Charmé peut-être de ce qu'elle a de curieux , vous la reverrez ; que ]e serois heureux si alors je pouvois embrasser celui pour lequel j'ai à jamais les sentimens de la plus parfaite considération et amitié.
J'ai l'honneur d'être ,
MONSIB VK)
Votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
S. Gessnsr.
•DE, GESSNEE. 25û
Zarich , du 5 aug. 1 780.
Monsieur,
Je ii*ai reçu que bien tard le premier cahier de votre excellent ouvrage. Une maladie qui retint notre ami Brandovin à Lausanne y en a été la cause. Que vous m^avez imposé d'obligation par votre présent ! L'estime que vous me témoignez par votre entreprise me concilie celle de toute nation qui sait priser les arts. Je suis assez Heureux d'obtenir les suffrages de votre nation ; mais c'est vous qui me faites aller à l'immortalité chez elle ; c'est vous qui procurez à mes ouvrages une place dans les bibliothèques et dans les cabinets où l'on rassemble les chefs - d'œuvre de l'art ; et nous deux y comme un emblème de l'amitié y unis dans le même grouppe y nous intéresserons tous ceux qui ont du sentiment et du goût ; c'est pour moi le point de vue le plus intéressant. Nous sommes des amis , et la postérité saura que nous l'avons été.
C'est cette noble simplicité que je me
T0U8 avez bien youlu entrer, pour me communiquer Tos idées et vos sentimens sur eux ; qu'ils aient eu le bonheur dé tous plaire y Toilà ce qui m'encouragera y et que je cherche à mettre à profit vos remarques ^ c'est ce que tous verrez , j'espère , dans des ouvrages postérieurs.
Il paroît qu'un petit paquetà votre adresse, recommandé à M. l'Esprit, ne vous a point encore été remis : il contient le second volume de mes écrits. Il m'importe beaucoup de connoitre votre jugement sur les estampes et sur les vignettes qui s'y trouvent.
Agréez les assurances des sentimens d'amitié et d'admiration aTec lesquels je suis ,
MONSI EUR ,
Votre très-humble et trèsobéissant serviteur.
S. Gessner.