A RAT ES
Oui.
PYRRHUS
Ke renoncerois - tu pas volontiers à la
28 évANDRE|
triste vie que tu menés ici ^ pour nous suivre à la yille î
ivANDRE.
Moi ? Ha ! ha ! je m'en garderai bien.
J'allai une fois à Delphes , lorsque je n'étois encore qu'un jeune enfant. J'étois émerveillé de tout ce que j'y voyois : mais je ne changerois pas notre beau pays pour la ville, où il faut parcourir tant de rues ayant d'arriver dans la pleine campagne.
PYRRHUS
Tu es simple , tu te feras aisément à la .
vie qu'on y mené.
Je n'iroîs qu'avec peine habiter parmi des gens qui ont une fa^on de vivre toute différente de la nôtre. Us rient de notre simplicité. Kous sommes cependant aussi heureux qu'ils le sont ; ils ont besoin de tant de choses pour l'être ; mais nous , nous sommes contens de ce que nous avons; nous cultivons en paix nos champs ; nous soignons nos troupeaux^ et leur féconditë
I|A8TORAI.£. 29
est le salaire de nos travaux. A entendre ces gens y notre abondance n'est que pauvreté ; cette idée est assez singulière. Non, je ne voudrois pas retourner à la ville.
Lorsque j*y allois , je m'arrétois à chaque pas ; j'ouvrois de grands yeux à la vue des grandes maisons hautes comme des mon« tagnes y et dont les habitans^ sont plus petits que nous. Les passans se moquoient de moi, sur- tout quand je leur faisois des questions. » Jeune berger , disoit Pun , sais-tu chan- » terl Oui, disoîs-je, je sais chanter; »
et alors je chantois à pleine voix ma plus jolie chanson. On s'attroupoît autour de moi, et on me railloit; je chante cependant bien, tous les bergers en conviennent. Les femmes n*y sont pas plus honnêtes. Quand j'en saluois quelqu'une avec amitié , elle passoit son chemin comme si elle ne m'eût pas vu ; elles ne sont cependant ni si fraîches , ni si belles que nos bergères.
PYRRHUS
Si tu m^aimes autant que je t'aime, tu ne refuseras pas de venir avec moi.
Zo ^VANB&Ey
Je TOUS ai aimé dès que je tous ai tu.
Mais pour vous suivie à la ville , abandonnerai-je mon père que j'aime aussi, et dont la vieillesse a besoin de secours 1 II a pris les soins les plus tendres de ma jeunesse ; ne dois - je pas , par reconnoissance , lui rendre ces soins dans son âge avancé I Demeurez avec nous , messieurs ; nous vous donnerons ce que nos arbres et nos troupeaux nous fournissent de meilleur ; mais vous me faites jaser ici , et vous ne me dites pas où je pourrai trouver le prince.
ARATES.
Dis-nous ce que tu lui veux.
ivANDRE.
Mon père m'a chargé de lui porter ces fruits ; je les ai cueillis sur des arbres qu'il a plantés il y a dix -huit ans , lorsque j'entroîs, m'a -t- il dit, dans mon premier printemps. Ils sont mûrs et doux comme du miel. Oà le trouverai- je, messieurs?
PASTOAALE. Ol
FY&RHus, à Arates.
Dieux! mon fils a cet &ge.* Celui à qui il fut confié deyoit planter des arbres dans ce même printemps où je le lui envoyai.
ArateS) ah ! si c*étoit mon fils !
ARATES.
Votre conjecture est yraisemblable. Quel autre berger tous enyerroit des fruits ?
Mais vous ne me dites pas oà je trouverai le prince. Il faut que je m'en aille ; j*ai encore bien des choses à faire dans notre jardin fruitier , et auprès de notre troupeau; d'ailleurs ma bergère m'attend à la fontaine.
PYRRHUS
£h bien ! jeune homme , apprends que c'est moi que tu cherches.
ivANDRE.
Vous êtes le prince de Krissa?
3a ]évANDRE,
PYRRHUS
Oui y c^est moi. Où est ton père comment s'appelle-t-iï ?
évAKBRE.
Mon père demeure derrière ce boiî se nomme Lamon.
PYRRHUS, à Arates,
O mon ami! je ne sais qui m'emp de Pembrasser ; c'est-Ià le nom de ce qui on Pa remis.
ARATES.
Je n'en douterois presque plus.
Tenez, yoilà mon père lui-même vient.
SCENEIII.
PYRRHUS, ARATES, LAMON, iVANDRE, un DOMESTIQUE de Pyrrhus.
lE DOMESTIQUE, à Pyrrhus,
IVl o N prince ! c'est - là Tliomme à qui votre fils a été confié il y a dix-huit ans.
PTHKHUs, à Lamon,
Mon ami , est - ce tous à qui on remit un jeune enfant , il y a dix-huit ans %
XAMON.
Oui , mon prince , c'est moi ; et ce jeune enfant y c'est celui qui tous a porté des fruits. Ils ont été cueillis sur les arbres que j'ai plantés dans le printemps où il me fut confié ; et voici le billet cacheté qu'on me remit avec lui.
EVANDRE
Dieux! qu'ai-je entendu?
34 évANDRE y
' . PYRRHus^à Êvandre,
'Je ne me suis pas. trompé : embrassemoi, tu es mon fils : embrasse ton heureux père. {Ih s'embrassent,)
EYANDRE, à Pyrrhus.
Mon père y que les Dieux tous bénissent !
PYRRHUS
Oui, je suis ton père. Quelques mois après ta naissance , les dieux m'ordonnèrent de t'éloigner de la maison paternelle; c'est pour leur obéir que j'ai confié à ce berger ta tendre enfance.
ivANDRE 9 à Lamon.
Et toi , tu n'es donc pas mon père % Oh ! je te donnerai toujou]:s ce nom , que ton amitié pour moi t'a si justementmérité.
PYRRHUS
Dieux ! recevez mes actions de grâces , pour m'avoir donné un fils si sensible et si reconnoissant. Mais toi , mon ami ( q, I4I'
mon ) y comment pourrois-je m'acquitter de tout ce que je te doîsl
LAMON.
Que les Dieux soient loués ! Ils ont rempli mes vœux. Je me croirai bien payé des soins que j*ai pris de son enfance ^ sUl m'aime toujours , et s'il est heureux. Je n'ai aucun besoin de tout ce que tous pourriez me donner.
PTRIIHUS.
Bergers, que votre sort est digne d'envie l Mais , Arates , je ne veux pas me livrer plus long -temps à ma j<Me, sans en remercier les Dieux; hâtons -nous d'aller leur offrir un sacrifice. Pour toi, mon fils, je te reverrai bientôt : reste ici , ma cour va se rendre auprès de toi , empressée de voir son prince, et charmée de l'avoir retrouvé.