I.^OFFICIER
Pourquoi , mon prince 1
évANDRE.
Parce que vous êtes toujours sur vos gardes. Il faut que vous ayez bien des loups et d'autres bêtes carnassières. Pour
nous , nous n^avons pas besoin de prendre ces précautions. Il est bien rare que ces animaux attaquent nos troupeaux. Votre pays n'est donc pas bon pour les troupeaux 1
l'officier.
Nous vivons dans un pays où Pon ne connoît ces botes féroces que de nom.
ivANDRE.
C'est donc sans nécessité que vous gardez votre prince avec tant de soin 1
l'officier.
Sans nécessité , mon prince ! Notre souverain peut avoir parmi ses sujets des ennemis cachés y qu'il faut écarter de sa personne.
ÉYANDRE.
Il £aut donc que ce soit un méchant peuple , chez qui je ne voudroîs pas vivre.
J'aimerois autant qu'on gardât un père contre ses enfans. Dieux! dans quel pays voudroit-on m'emmener! Mais vous avez,
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sans doute, autre chose à faire qu'à yeiller sur les jours de votre maître "i
l'oFFICIEB..
Oui y mon prince , nous l'accompagnons encore à la guerre. Quand un prince veut étendre ses états , nous marchons en grand nombre sur les terres de ses voisins , qui nous opposent autant d'hommes armés comme nous, ou même davantage. Des deux côtés, on se range en bon ordre ; on en vient aux mains , et on tue le plus de monde qu'on peut : on érige à ceux qui ont été les plus braves
. évAKDRE.
Avec ta permission , qu'est - ce qu'un homme brave 1 A qui donnes-tu ce nom "i
L^ OFFICIER, d part.
O dieux ! quelle simplicité ! Je vois bien qu'il faut lui parler comme à un enfant ; il n'a aucune idée du courage et de la gloire.
Çau prince.) Les plus braves sont ceux qui ont tué le plus d'ennemis , et qui leur ont fait le plus de mal. Pour illustrer leur mé-
pastob.al£. fyj
moire y on leur érige des statues de bronze ou de marbre.
EVANDRE
Cest affreux. Oh ! je n'en veux pas savoir davantage ; je frissonne encore de ce que je viens d'entendre. Mais mon père cependant n'est pas un prince cruel.
X^OFFICIEB..
Non , c'est un prince pacifique ; aussi nous vieillissons dans Tétat honorable que nous tenons auprès de sa personne , et il nous prive des occasions d'acquérir de la gloire.
iyAKDRE.
Et tu t'en plains ! O dieux ! c'est en égorgeant des hommes qu'on acquiert de la gloire ! Parmi nous y on regarderoit avec horreur celui qui s'empareroit du champ de son voisin ; et cependant ce né seroit en comparaison qu'une petite injustice, -
l'officier.
Oui ; mais le cas est différent. On pen< droit cet homme-là sans miséricorde.
48 ivANDRE ,
lêvANDKE.
Oh ! je n'y puis plus tenir. Retîre-toî :
mon cœur est réyolté de tout ce que tu m'as dit ; je ne veux plus faire de questions ; je ne veux plus voir personne
Mais en voilà déjà un autre qui vient.