‹ ŒuvresChapitre 39 sur 67 · I.VCIKDE · texte numérisé non relu

I.VCIKDE

Je n'ai de chagrin , que lorsque je te yois toi-même dans l'inquiétude.

éRASTE.

Âh f quelle bonté !

L V CINDE.

Souviens -toi qu'il y a par milliers des personnes plus malheureuses que nous.

Faut -il qu'un mécontentement volontaire nous rende plus malheureux qu'elles l

ÉRASTE

Il ne nous rendroit pas plus pauvres , ma chère y ( les oiseaux du ciel le sont moins que nous. ) Hélas ! nous n'avons rien dans notre cabane, qui puisse nous servir de nourriture. Je viens de courir d'une montagne à l'antre ; j'espérois que ma chasse me donneroit quelque ressource ; mais je n'ai pas rencontré le moindre gibier.

Affreuse indigence ! je la supporterois cependant ; ton coulée suffiroît pour ranimer le mien : nura quand mes regarda tombent sur nos enfans ^ quand je leur Tois les larmes aux yeux ; des larmes qu'ils s'efforcent de retenir de peur de nous affliger 2 À Dieu ! comment la douleur la plus lire ne percecost^lle. pas mon cœur I

L U CI NDE.

' Mon ami y un malheur qui n'existe encore que dans Pimagination y ne doit pas abattre notre courage. Notre fils aine est allé dans la forêt voisine pour y cueillir des fruits , il ne reviendra pas sans en apporter. Nous pouvons d'ailleurs espérer beaucoup des soins de Simon, qui arrivera bientôt de la ville.

iRASTE.

Je suis honteux, ma chère, de voir que la crainte a tant de pouvoir sur moi.

LUCINDE , lui montrant une piçce

de broderie.

Outre cela , voici un ouvrage que je

ICO SRASTE,

viens d*achever. Simon pourra le porter à la ville , et le vendr^à cette marchande qui a toujours très-bien payé mes ouvrages.

Ne perdons point patience y mon cher. Bappelle-toi le passe. Nous nous sommes souvent trouvés dans des circonstances désespérées, et le secours a été toujours plus près de nous que nous ne le croyions.

lÊRASTE.

La noblesse de ton ame met en toi un fond inépuisable de consolation. Pour moi, je ne puis me mettre à Tabri des inquiétudes. Que deviendront enfin nos enfans ?

Abandonnés de tout le monde y quelles voies pourrons-nous leur indiquer pour les conduire à une fortune honnête ?

LUCINDE

Les voies de la vertu , mon cher ; elles sont infaillibles.

iRASTE.

Oui. Mais la vertu dans les souffrances présente cependant un triste spectacle. Et qu'il est difficile de conserver, sans at-

PASTORALE. lOl

teinte y la vertu dans le sein de son arae , lorsqu'on est assiégé au dehors par toutes sortes de malheurs. Ah! tout le bonheur que je leur désire , c'est qu'ils puissent traîner leur vie sans être confondus avec la yile populace. Hélas! ils seront toujours fort au-dessous du rang auquel leur naissance les destinoit. Fasse le ciel ^ ô mon pere I fasse le ciel que les soupirs que ta sévérité m'arrache, ne tourmentent jamais ton ame ! Qu'ils ne se fassent pas même sentir à toi , lT>rsque tes petits-fils un jour , sans ôtre connus , demanderont à ta porte le pain des malheureux. Âh y Dieu !

LUCINDE

Pourquoi accroître cette misère y dont l'avenir peut-être les garantira? La providence a ouvert une infinité de voies qui mènent à la fortune.

JÈRASTE.

Oui y sans doute ; mais est - il possible de les suivre , lorsqu'on est une fois plongé dans U plus affreuse misère % Rappelle-

toi ce qui nous est arrivé ! A peine mon père nous eut -il abandonnés; à peine le peu de bien que j'avois encore, consumé par nos l^esoins , nous eut laissés dans la pauvreté ; à peine nous nous yimes sans ressources et sans espérances , que tout le monde fut contre nous. Que nous est-il resté?

LUCIND£. .

Le seul parti de quitter le monde , de nous sauver dans la solitude , d'établir notre séjour dans une des plus belles contrées de la terre , et d'y remettre notre sort entre les mains de la providence.

JÉRA8TE.

Fort bien y ma chère; mais ce n'est pas là le bonheur que je désire pour mes en- £ans. Quel bonheur y juste ciel , que celui où l'on a besoin de toutes les forces dç la raison pour ne pas succomber au désespoir !

ruxiNDE.

lia situation où la providence nous a placés y dans des vues, sans dûate, très*

PASTOHALE. lo3

sages 9 n'est pas si désespérée. Il est injuste de murmurer contre elle. Je 'viens de rendre yisite à notre voisine. Son sort n'est-il pas beaucoup plus malheureux que le nôtre? Chargée d'années , plus destituée de secours, et plus pauvre que nous; tourmentée depuis long-temps par une maladie cruelle : hélas I toutes les sombres perspectives de sa vie ne sont qu'une pauvreté et qu'une douleur continuelles. Il est trèsrare cependant que j'aie vu en elle des momens d'impatience. £Ue n'a d'espérance que dans la meurt, qui peut-être ne terminera sa vie qu'après de longs tourmens.

Nous donc, qui avons eu le bonheur de recevoir une meilleure éducation , nous ,.

dont l'esprit a été plus cultivé , nous nous rendrions plus malheureux qu'elle par foiblesse , et nous aurions la lâcheté de n'en pas supporter l'infortune %

iaASTE.

Non, cela lie sera pas, ma chère.

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